Fiche de lecture réalisée par Gabrielle Peyrelongue, étudiante en hypokhâgne AL au lycée Sainte-Marie de Neuilly

« Le monde se masculinise » The Wall Street Journal – Jonathan Last in 7 milliards d’hommes Problèmes économiques n°3046 juin 2012

Le Monde se masculinise est un article de Jonathan Last qui commente l’ouvrage de Mara Hvistendahl Unnatural Selection. Choosing boys over girls and the consequences of a world full of Men. Jonathan Last présente les faits que décrit Mara Hvistendahl sur le déséquilibre entre le nombre de femmes et le nombre d’hommes aujourd’hui sur terre, puis il expose les causes et les conséquences qu’aura ce phénomène selon elle. Enfin, il reprend les arguments recueillis par Mara Hvistendahl des principaux économistes et scientifiques qui présentent des objections à sa réflexion. L’intérêt de cet article réside dans le fait que J. Last présente un large aperçu du livre de Mara Hvistendahl, et que l’on a un exposé complet sur le phénomène de la masculinisation, avec les problèmes qu’il soulève et des amorces de solutions.

Jonathan Last est journaliste au Weekly Standard, Daily et Philadelphia Inquirer, de plus il contribue au Wall Street Journal et au Los Angeles Times. C’est un spécialiste des problématiques de démographie, en effet bon nombre de ses articles traitent de ce sujet, et il a déjà publié plusieurs articles sur le phénomène du déséquilibre du rapport de masculinité auparavant.

Tout d’abord, Jonathan Last présente les faits exposés par Mara Hvistendahl dans son livre Unnatural Selection. Choosing boys over girls and the consequences of a world full of Men. Celle-ci expose le déséquilibre entre le nombre d’hommes et de femmes, c’est-à-dire le rapport de masculinité, sur la planète : ce rapport, lorsqu’il est naturel, est entre 104 et 106, tandis qu’actuellement le rapport de masculinité mondial est de 107, ce qui constitue à ses yeux une « aberration biologique ». Mara Hvistendahl cite comme principaux responsables l’Inde et la Chine.

Mara Hvistendahl désigne pour cause principale de ce phénomène de masculinisation l’avortement sélectif permis par le développement de l’échographie. Cet avortement a d’abord été pratiqué dans les couches urbaines éduquées et riches de la société avant de se répandre aux autres couches de la société et devenir depuis une norme culturelle.
Jonathan Last reprend ensuite les conséquences de ce déséquilibre énoncées par Mara Hvistendahl : tout d’abord, elle déduit au vu de l’histoire une corrélation entre les sociétés ayant un rapport de masculinité anormal et les sociétés violentes, instables. Elle cite en exemple Athènes au IVe siècle avant JC, ou la Chine au milieu du XIXe siècle. Dans ces sociétés, les hommes sont en surnombre et ont donc des difficultés à se marier, surtout dans les milieux défavorisés. Ce problème du mariage est prépondérant selon Mara Hvistendahl : en effet la difficulté des hommes à trouver une jeune fille à épouser dans une société où le nombre de femmes est bien inférieur à celui des hommes conduit à des dérives. Ainsi, elle présente l’apparition d’une nouvelle sorte de prostitution, où les jeunes filles se vendent comme épouse. Ce problème du mariage qui conduit les hommes à « acheter » une fiancée dans certaines sociétés montre l’absurdité de la réflexion des parents, dont la principale raison de favoriser la naissance d’un garçon est l’idée d’économiser la dot des filles. Dans ce cas-ci, ils doivent cependant économiser pour « payer » une femme à leur fils. (Ces conclusions-là ne sont valables que dans un certain type de société où l’on dote la fille.)

Jonathan Last présente également les avis que Mara Hvistendahl a recueillis lors de son étude et qui s’opposent à ses conclusions. Ces avis dans l’ensemble ne voient que les conséquences positives de l’avortement sélectif et n’envisagent pas les effets néfastes du déséquilibre du rapport de masculinité. D’une part, Gary Becker voit une conséquence positive à la masculinisation car la valeur des femmes augmente selon lui. Cependant Mara Hvistendahl y répond que c’est la valeur marchande de la femme qui augmente, ce qui aurait tendance à accentuer le phénomène de prostitution et de « prostitution du mariage » et sur le long-terme constituer une « sous-classe » féminine dans les PED (Lena Edlund). Paul Ehrlich y voit un résultat positif dans la mesure ou l’avortement sélectif permet de réduire le nombre de naissances en général en ce que les couples ne vont plus avoir de nombreux enfants dans le simple but d’attendre d’avoir une garçon. Dans le cas des sociétés occidentales, bien que le phénomène soit moins répandu, l’avortement sélectif a également été favorisé en tant que moyen de contrôle démographique : c’est l’opinion du directeur médical du planning familial en 1976 Malcom Potts pour qui c’est un moyen plus simple de contrôle démographique que le contrôle des naissances dans les PED. Enfin, Sheldon Segal du Population Council présente l’avortement sélectif comme un moyen de combattre l’explosion démographique. La principale critique qu’oppose Mara Hvistendahl à celui-ci et aux malthusiens est qu’ils expérimentent cette solution avant même que le problème ne soit réellement posé.

Enfin J. Last rapporte les solutions proposées par Mara Hvistendahl, dans le but de mettre un terme aux abus mais sans remettre en cause le droit à l’avortement. Pour cela, elle propose l’interdiction de révéler le sexe de l’enfant aux parents lors de l’échographie et d’instaurer des moyens de contrôle coercitifs afin que cela soit réellement appliqué, ce qui permettrait toujours l’avortement, mais justifié par une raison autre que le problème du sexe de l’enfant.

Dans cet article, le problème du rapport de masculinité apparaît donc lié à celui de l’explosion démographique. Il résulte des solutions mises en place pour réduire la croissance démographique : en effet l’avortement sélectif est fortement encouragé dans les sociétés chinoises, indienne par les dirigeants eux-mêmes. La politique de l’enfant unique en Chine par exemple a eu pour conséquence un déséquilibre du nombre de femmes par rapport à celui des hommes en encourageant indirectement l’avortement sélectif, puisque les couples n’étant autorisés à n’avoir qu’un enfant, ils ont favorisé généralement la naissance d’un garçon. Ce choix semble être une pratique culturelle avant tout, le fait d’avoir une fille paraissant être plus handicapant dans ces sociétés. Cependant cet article présente le problème comme issu des pays en voie de développement et donne moins d’informations sur les pays développés. L’avortement sélectif est-il une caractéristique des pays en explosion démographique ?
Il est intéressant d’avoir des avis contraires à l’exposé de Mara Hvistendahl, cependant ces avis portent plus sur les effets de l’avortement sélectif que sur la masculinisation en général.

Gabrielle Peyrelongue ©Les Clionautes

voir le Cr général de Jean-Pierre Costille : http://clio-cr.clionautes.org/spip.php?article4102