Poche – 11 mai 2016
de (Auteur)

Avant-propos

– Une avalanche ininterrompue de discours sur l’islam s’abat sur le public français. Tout ne cesse de pointer vers cette religion. Chacun y va de son avis, et les experts se précipitent sur les plateaux télévisés. Les témoignages et coups de gueules alimentent les réseaux sociaux.
– Un paradoxe de l’omniprésence de l’islam dans le débat public : plus on l’explique, moins le comprend. Les analyses n’aboutissent jamais à un résultat clair, les experts ne sont jamais d’accord. Pourtant, l’islam « nous » concerne, c’est-à-dire notre société où l’islam est la deuxième religion. Les médias donnent un tour terrifiant à nos interrogations : faut-il avoir peur ? les musulmans menacent-ils nos cultures ? l’islam est-il par essence violent ?
– Dans tous les cas, il n’existe pas de réponse simple aux questions que la société se pose sur l’islam.

1. Deux impasses pour un paradoxe

a) Où l’on cherche en vain l’essence de l’islam

– Première erreur : croire que l’islam existe, c’est-à-dire croire que les musulmans ne sont que des musulmans. Leur identité religieuse recouvrirait tout le reste. Or, personne ne se résume simplement à ses croyances et pratiques religieuses. Certes, certains prédicateurs musulmans affirment que l’islam est une religion totale. Toutefois, en admettant que cette ambition existe, elle est impossible à mettre en pratique. En effet, trop de déterminismes (politiques, sociaux, familiaux) pèsent sur nous.
– Renoncer à croire que l’islam existe, c’est s’ouvrir aux diverses façons de vivre l’islam. Parler d’islams, et ne pas essentialiser (l’islam). Car la diversité de l’islam est autant liée aux nations (Indonésie, Sénégal, etc.) qu’aux théologies (sunnisme, chiisme, kharidjisme, chacun étant lui-même composé de nombreux courants). Les seuls points d’accord : un Dieu unique dont Mahomet est le prophète, le Coran témoigne de la volonté de Dieu pour les hommes, un jugement divin attend les hommes au dernier jour, la croyance aux anges.
– On pourrait penser qu’il existe tout de même un islam un peu objectif : celui du Coran. Or, il s’agit d’un texte incompréhensible, dont le sens des mots arabes est bien souvent conjectural. On s’appuie généralement sur les commentateurs classiques, mais que savent-ils vraiment du sens originel des mots ? Comment l’ont-ils appris ? Il est impossible de le savoir. Même lu à partir d’un choix d’interprétation qui le rend plus accessible, le Coran demeure mystérieux. Pourtant, tout texte appelle nécessairement une traduction, mais cela ne signifie pas que l’on puisse faire tout dire au Coran ! Le Coran fournit un cadre d’interprétation… et un imaginaire. Le musulman prend donc parti sans pouvoir affirmer qu’il s’agit de l’interprétation la plus juste.
– Nous nous faisons souvent une fausse idée du Coran. Nous y voyons un pourvoyeur d’enseignements, un ensemble de règles. D’où notre focalisation sur la signification. Pourtant, partout dans le monde arabe, le Coran, texte sacré dicté par Dieu, est davantage qu’un texte communiquant : il est la présence divine même, dans sa récitation. Le Coran est une poésie dont la récitation est un art sacré.
– L’islam ne résume évidemment pas au Coran. Les milliers de hadiths ont l’avantage d’être plus clairs que le texte sacré. Ils permettent généralement d’en clarifier le sens. De fait, faut-il se référer seulement aux hadiths ? Non, car il s’agit encore d’un corpus immense et touffu, truffé de contradictions. De plus, sunnites et chiites n’ont pas les mêmes collections de hadiths. Au sein même du sunnisme, tous les hadiths ne se valent pas. La hiérarchie entre hadiths est alors élaborée en fonction de la chaîne des transmetteurs, ce qui requiert une érudition hors de portée du profane. Aux écoles d’interprétation du Coran s’ajoutent donc les écoles d’interprétation des hadiths.
– Et la « charia » ? Sur ce point les malentendus sont innombrables. Nous en avons des visions inquiétantes, aux accents moyenâgeux (mains coupées, femmes lapidées…). En arabe, « charia » a un sens assez large : volonté de Dieu. Ainsi, tout musulman est favorable à la charia, mais souhaite-t-il pour autant couper la main des voleurs ? Il est vrai que dans l’islam classique la charia a progressivement pris la forme d’un corpus juridique, soit un ensemble de règles. Mais il ne s’agit pas d’un « code » comme nous le connaissons chez nous, mais bien plutôt d’un droit jurisprudentiel complexe constitué de différentes écoles avec leur procédures d’interprétation et leur règles. En outre, la charia a toujours cohabité avec d’autres forme de droit.

b) Où l’on comprend, cependant, que l’islam existe bel et bien

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