« En quoi consiste à vos yeux la notion de responsabilité, élément essentiel dans l’exercice de votre fonction . »

À l’heure de la crise du COVID19, alors même que l’on s’interroge sur les possibilités de résolution à court terme, le débat public tourne très souvent autour de la notion de responsabilité, notamment des services de l’État.

À chaque échelon de commandement, civil ou militaire, cette notion est centrale. Paradoxalement elle apparaît à bien des égards comme une épée de Damoclès au-dessus de chaque chef ou responsable. Pourtant elle est essentielle dans l’exercice du commandement.

La responsabilité peut être définie comme une obligation morale de remplir un devoir ou un engagement, d’accomplir une mission.

Dans le cadre militaire cette notion nous pousse à nous demander quelle est la place de la responsabilité dans le commandement.

Je défendrai l’idée maîtresse suivante :

Cette place est centrale dans l’exercice du commandement tant elle oblige le chef envers sa hiérarchie et ses subordonnés.

I. La responsabilité du chef décharge ses subordonnés

A. Grace à sa compétence (le chef est un cadre expérimenté et instruit qui a reçu une formation exigeante), les subordonnés peuvent donc en toute conscience s’en remettre à lui dans la conduite de la mission.

Je prendrai l’exemple du chef de section, dans l’opération sentinelle qui prendra, en coordination avec les autres forces de sécurité, la décision d’un déploiement dans un secteur particulier. Sa responsabilité sera globale et transmise par délégation à ses subordonnés.

Cela permet d’affirmer que, dans le cadre militaire, la responsabilité est associée à la segmentation des tâches.

B. Chaque soldat, chef compris, a ses fonctions. La responsabilité de chacun exonère les autres des siennes, par conséquent le chef est aussi responsable devant ses hommes qui attendent de lui, en fonction de la responsabilité qui est la sienne, des ordres clairs, qui l’engagent.

J’ai montré qu’elle était la fonction de la responsabilité du chef à l’égard de ses subordonnés, il convient, dans ma 2e partie, d’en montrer les exigences.

II. La responsabilité implique simultanément la conception et l’exécution, elle recentre le chef sur ces fonctions.

  1. À chaque niveau du commandement, le chef doit être en mesure de concevoir, en fonction des ordres de l’échelon supérieur, de ses hommes et des moyens dont il dispose, un cadre global d’exécution. Cela peut concerner la gestion des ressources humaines, comme la présentation des candidats de la compagnie à un concours ou à une formation. Un autre exemple serait, en fonction d’une situation précise, l’élaboration d’un programme d’entraînement, pour le maintien en condition opérationnelle.

 

  1. Au niveau tactique, le chef doit concevoir la manœuvre de sa section, dont il est responsable, en se donnant les moyens d’exécuter les ordres qu’il reçoit de l’échelon supérieur. Le chef est en effet responsable de l’efficacité opérationnelle dans l’accomplissement de la mission, et de la protection des hommes qui lui sont confiés.

J’ai présenté dans les parties précédentes la responsabilité du chef dans la conception et l’exécution de la mission, ainsi que dans sa délégation aux échelons subalternes. Mon approche ne serait pas complète si je n’abordais pas la responsabilité comme instrument de contrôle de l’exercice du commandement.

III. Le chef responsable devant sa hiérarchie et devant la loi.

A. L’action du chef est soumise au contrôle et à l’évaluation de l’échelon supérieur. Le responsable doit rendre compte de l’accomplissement de la mission. Il reçoit un retour de la part du commandement dont il doit tenir compte impérativement. Cette notion du « rendre compte » est effectivement centrale. L’acceptation du retour, quelle qu’en soit la nature, critique, disciplinaire, bienveillant, est une conséquence de la responsabilité que l’on occupe.

B. Le code du soldat s’applique évidemment aux chefs.

Les articles 3 et 4 les impliquent directement. III – Maître de sa force, il respecte l’adversaire et veille à épargner les populations. – IV – Il obéit aux ordres dans le respect des lois, des coutumes de la guerre et des conventions internationales. Dans ce domaine, les chefs devront rendre compte de toute faute d’un subordonné qui peut leur être reprochée. À cet égard on retrouve bien, dans cet exemple, la part de responsabilité qui est attachée à la fonction.

Conclusion :

Accéder à des fonctions de commandement implique différentes exigences, l’exemplarité, la rigueur, l’autorité. Mais l’exercice de ses fonctions implique à tout moment un sens des responsabilités. Il est consubstantiel à l’engagement qui est le nôtre, au sein de nos armées. C’est aussi, et même surtout, ce qui lui donne du sens.

J’en ai maintenant terminé mon général, et je suis prêt à répondre à vos questions.