Imprimés et éducation / Le monde de l’imprimé en Europe occidentale, 1470-1680

Introduction

Etudier les usages pédagogiques de l’imprimé implique de faire une histoire précise et concrète des gestes d’enseignement. Sur ce dernier point, on s’intéressera aux gestes éducatifs propres aux humanistes, en lien avec l’imprimé.

Aux XVIe et XVIIe siècles, on observe un foisonnement d’institutions d’éducation, qui produisent des imprimés de toutes sortes : livres de classe, récits d’entrées royales (étudiés par S. Van Damme), abécédaires, catéchismes, etc. Ces ouvrages soulèvent de forts enjeux sociaux, de reconnaissance notamment. De plus, ces écrits circulent, projetant parfois loin l’influence de leurs producteurs.

L’offre éducative correspond à une demande. En effet, l’éducation devient une préoccupation centrale des familles à l’époque moderne. Cela dit, il ne faut pas considérer l’imprimé éducatif ou universitaire comme pur et le déconnecter des enjeux sociaux et politiques. Ainsi, les soutenances de thèses en France au XVIIe siècle, dont Olivier Lefevre d’Ormesson a apporté un précieux témoignage, sont avant tout de grands événements mondains, et ces productions écrites donnent lieu à beaux placards imprimés qui font la fierté des familles. Sur les thèses sous le règne de Louis XIV, on se reportera à l’ouvrage de V. Meyer, Pour la plus grande gloire du roi. Louis XIV en thèses (2017).

De fait, la scolarisation progresse à l’époque moderne. L. Stone a évoqué une « révolution éducative » dans un article de 1964 consacré au cas anglais. Ainsi, au cours de la seconde moitié du XVIe siècle, le nombre d’étudiants inscrits dans les Inns of Cours d’Oxford et Cambridge double. Bien sûr, ce phénomène, observable également en France et en Espagne, concerne les enfants des élites urbaines (bien que l’éducation populaire soit en progression aussi). Dans les pays catholiques, la progression de l’instruction des enfants est à relier au contexte de la Contre Réforme – le clergé entend former de bons chrétiens et encadrer les familles – et de besoins croissants de formations pour divers métiers.

L’aspect économique du sujet doit être souligné, puisque, par nature, l’imprimé éducatif implique une production massive et d’importants marchés.

Une source incontournable sur ce sujet demeure le serment de catholicité des maîtres d’école de Venise de 1587. Ce document contient une liste des enseignants, une description des pratiques pédagogiques et un aperçu de la variété des imprimés mobilisés. Toutefois, bien qu’il s’agisse d’une production massive, l’imprimé éducatif a généralement laissé peu de traces pour l’historien. Publiées sous forme de brochures peu durables et fabriquées rapidement, ces imprimés ont beaucoup circulé, ce qui a entraîné une usure prématurée et de nombreuses pertes.

I. La dynamique des institutions d’éducation

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