La réhabilitation posthume de Frédéric II de Prusse, d’après Étienne François, l’histoire numéro 112, juin 1988.
À partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, dans la galerie de souverains de l’époque moderne, Frédéric II de Prusse occupe une place à part. Son règne s’étend sur une longue période, de 1740 à 1786. Pendant tout son règne il a contribué à accroître la puissance de ce qui était au début de la période un royaume de seconde catégorie, fragile et archaïque et faiblement peuplée avec à peine plus de 2 millions d’habitants. Le royaume de Prusse est dominé par une grande propriété nobiliaire basée sur le servage des paysans et sur la domination de grands nobles, les Junkers.

À la fin de son règne, en 1786, la superficie du royaume est passée de 120 000 à 195 000 km² et sa population approche les 6 millions d’habitants. La Prusse s’est opposée à l’Autriche et elle devient une sorte d’arbitre de l’Europe qui pèse dans le concert des grandes puissances européennes, qu’il faut se garder pour le moment d’appeler : « le concert des nations ».
La politique de Frédéric de a été particulièrement agressive.

  • D’abord contre l’Autriche avec la conquête de la Silésie polonaise, au moment de la guerre de succession d’Autriche entre 1740 1748.
  • Deuxième étape, une agression surprise contre la Saxe en 1756 qui prend de vitesse la France, l’Autriche et la Russie, qui s’étaient alliées contre : « le perturbateur de la paix publique ».
    C’est cette politique de conquête qui plonge l’Europe dans un conflit particulièrement sanglant, la guerre de sept ans, entre 1756 et 1763.

  • Enfin la troisième étape est le premier partage de la Pologne, décidé en 1772, avec les anciens adversaires, la Russie et l’Autriche, qui permet au passage la conquête de la Prusse orientale.
  • Frédéric II s’inscrit dans la continuité des monarques absolus et des rois guerriers à l’instar de Louis XIV. Le royaume de Prusse apparaît, au vu des effectifs de son armée par rapport à la population totale, de 80 000 à 200 000 hommes en 1786, comme un royaume militarisé.

L’essentiel des ressources de la monarchie de 73 % 1740 à 63 % en 1786 est consacré à l’armée, tandis que que l’on maintient le système de recrutement qui avait été mis en place par le père de Frédéric II, Frédéric Ier, que l’on appelait déjà, le roi sergent. L’organisation de ce recrutement était basée sur des cantons sur lequel étaient positionnés des régiments qui recrutaient sur leur territoire les effectifs dont ils avaient besoin. Cela préfigure le service militaire obligatoire. Pour les officiers le recrutement se fait exclusivement de la noblesse, mais avec une obligation de service.

Enfin, le système prussien est basé sur l’infrastructure administrative efficace et rationnellement organisée.
L’administration royale poursuit trois objectifs prioritaires :

  • renforcer la cohésion des provinces avec un travail d’unification législative dont l’aboutissement sera la publication en 1794 du code général de droit prussien.
  • Veiller à la gestion rigoureuse du domaine royal et à une meilleure rentrée des impôts qui augmentent pendant la durée du règne de 30 %.
  • Contribuer à l’augmentation de la population est implanter celle-ci sur tous les points du territoire par un système de colonisation. Cela représente pendant la durée du règne près de 350 000 hommes et la création de 1500 villages sur des terres bonifiées et mises en culture. Cela représente la conquête d’une province en temps de paix.

Dans le même temps, Frédéric II apparaît comme un roi philosophe, qui avait déjà manifesté des velléités d’indépendance contre son père, lorsqu’il avait essayé de fuir le royaume en 1730.
Frédéric II est aussi un homme de lettres, parfaitement francophone, auteur de près de 30 volumes dans tous les domaines de la pensée. Il s’intéresse à l’histoire et à ce que l’on qualifierait aujourd’hui les sciences politiques.
Particulièrement critique sur les fondements de ses propres pratiques, il rédige même un ouvrage : « l’antimachiavel » dans lequel il dénonce les principes de « la fin justifie les moyens ». Cela ne l’empêche pas de conduire différentes guerres d’agression pendant tout son règne. À la mort de Frédéric II, en 1786, au terme de 46 ans de règne, la réaction dominante est le rejet.
Il faut attendre 1815, et surtout la montée des idées libérales, pour que paradoxalement, ce roi autoritaire soit réhabilité. Au moment où se constitue l’Europe contre révolutionnaire de la Sainte alliance avec l’Autriche de Metternich, le tsar Alexandre, et la Prusse de Frédéric Guillaume IV, Frédéric II, le roi ami de Voltaire, apparaît, malgré la réalité historique de son règne, comme une sorte de précurseur des idées nouvelles.

Repères chronologiques

  • 24 JANVIER 1712 : naissance de Frédéric, troisième enfant du roi de Prusse Frédéric-Guillaume Ier (« Roi-Sergent ») et de sa femme Sophie-Dorothée de Hanovre.
  • 1730: tentative de fuite du prince royal révolté contre son père ; arrêté sur ordre du roi, Frédéric est jugé par un tribunal militaire, est contraint d’assister à l’exécution de son ami Katte.
  • 1733: pour amadouer son père, Frédéric accepte le mariage arrangé pour lui par ce dernier ; il retrouve la liberté et s’installe au château de Rheinsberg.
  • 1736 : première lettre à Voltaire.
  • 1740 : mort du « Roi-Sergent » et aveement de Frédéric (31 mai) ; publication (par les soins de Voltaire) de l’Antimachiavel ; mort de l’empereur Charles VI (20 octobre) ; invasion de la Silésie par les troupes prussiennes, début de la guerre de Succession d’Autriche.
  • 1741 : victoire de Frédéric sur les Autrichiens à Mollwitz.
  • 1742 : l’Autriche cède à la Prusse la Haute et la Basse-Silésie.
  • 1745 : victoires de Hohenfriedberg et Kesseldorf.
  • 1747 : inauguration du château de Sans-Souci.
  • 1748 : paix d’Aix-la-Chapelle ; reconnaissance internationale de l’annexion de la Silésie par la Prusse.
  • 1750 : publication des OEuvres du philosophe de Sans-Souci.
  • 1756 : invasion de l’électorat de Saxe par la Prusse ; début de la guerre de Sept Ans qui oppose l’Angleterre et la Prusse à l’Autriche, à la France et à la Russie.
  • 1757 : victoire des Autrichiens sur les Prussiens à Kollin ; victoires prussiennes sur les Français et les Impériaux à Rossbach et Leuthen.
  • 1759 : victoire des Russes à Kunersdorf. 1760 : les Russes occupent Berlin.
  • 1762 : mort de la tsarine Élisabeth Petrovna. Son successeur Pierre III conclut une alliance avec Frédéric II.
  • 1763 : paix d’Hubertsbourg qui met fin au conflit et confirme la possession de la Silésie par la Prusse.
  • 1772 : premier partage de la Pologne organisé en commun avec l’Autriche et la Russie ; la Prusse annexe la province de Prusse occidentale.
  • 1775 : Histoire de mon temps. 1780 : De la littérature allemande.
  • 1785 : « Ligue des princes allemands » : Frédéric II se pose en « défenseur de la liberté germanique » contre les ambitions de l’Autriche.
  • 1786 (17 août) : mort de Frédéric II.