Cette revue de presse couvre trois thématiques :

  • les tendances à venir dans les industries de défense en lien avec la guerre en Ukraine et le retour la haute intensité
  • les reconfigurations géopolitiques à l’œuvre depuis la guerre en Ukraine, en particulier au Moyen-Orient
  • un focus sur la situation critique que connaît le Sri Lanka depuis la pandémie de Covid-19

Industries de défense

Vincent Lamigeon, « Chassé-croisé franco-allemand sur les budgets militaires », Challenges, avril 2022

Le budget militaire allemand dépasse celui de la France depuis 2018 et s’établit à près de 53 milliards d’euros en 2021. Cet écart est appelé à se creuser, le chancelier Scholz ayant annoncé la création d’un fonds de 100 milliards d’euros pour la Bundeswehr. De plus, cet argent ne profitera pas au secteur européen de l’armement puisque les dernières commandes de l’Allemagne ont été faites aux Etats-Unis et à Israël.

Antoine Jacob, « L’Allemagne sacrifie tous ses totems », Challenges, avril 2022

Le chancelier Scholz fait beaucoup parler de lui. Il a été critiqué pour son manque d’engagement contre Vladimir Poutine au début du conflit ukrainien. On lui a également reproché sur apparente indifférence face à l’appel à l’aide du président ukrainien Zelensky le 17 mars. Le chancelier allemand n’est pas un expert en communication et s’exprime rarement dans les médias. Il a pourtant défrayé la chronique en annonçant que l’Allemagne comptait consacrer plus de 2 % de son PIB à la défense. Cette ambition répond à une demande de l’opinion publique, inquiète d’une possible guerre outre-Rhin. A cela s’ajoute de mauvaises perspectives de croissance et une dépendance plus que jamais visible vis-à-vis du gaz russe. Face aux défis énergétique, sanitaire et social, les partis au pouvoir ont donc dû sacrifier leurs « totems » : le ministre libéral des Finances dépense pour faire baisser le pris de l’essence, le ministre écologiste de l’Économie signe un contrat gazier avec Doha et Scholz affiche sa volonté de doter le pays d’un « dôme d’acier » antimissile.

Vincent Lamigeon, « Le drone turc B2 inspire l’armée française », Challenges, avril 2022

Les drones turcs Bayraktar TB2 ont été mis en avant dans la guerre en Ukraine. Robustes et endurants, ces engins peuvent embarquer quatre missiles guidés au laser. Bon marché, ils intéressent désormais la France.

Sébastien Pommier, « La guerre, tournant majeur pour la défense française », L’Express, 13 avril 2022

Le futur Eurodrone, conçu par Airbus, aura un moteur… américain.

En février 2022, les députés Patricia Mirallès et Jean-Louis Thiérot ont rendu un rapport sur la préparation des forces françaises au combat de haute intensité. Ils constatent tout d’abord le désarmement important de la France depuis trois décennies. Si la dernière loi de programmation militaire a cependant permis de contenir cette tendance, il revient à la prochaine de donner à l’armée française les moyens de se moderniser. Cet effort financier à venir rassure les entreprises françaises de la défense. Dans ce contexte, la guerre en Ukraine agit comme un déclencheur parmi les pays européens ; l’Allemagne et la Suède ont décidé de se réarmer. Toutefois, les patrons de l’industrie française de l’armement regrettent que ces pays se tournent vers Washington, rendant plus compliquée l’émergence d’une industrie de défense européenne. A cela s’ajoute la nouvelle taxonomie européenne qui dissuade certains investisseurs à s’engager dans le secteur de la défense. Pourtant, les besoins sont énormes, par exemple dans la Marine française, qui doit être entièrement renouvelée.

Guerre en Ukraine

Antoine Jacob, « Les pays baltes choisissent la voie de la radicalité », Challenges, avril 2022

Gitanas Nauseda sur la base lituanienne de l’Otan, le 3 mars. « Si nous pouvons rompre les liens énergétiques avec l’agresseur, le reste de l’Europe peut le faire aussi », a assuré le chef de l’Etat lituanien.

Grâce au port de Klaipeda, la Lituanie a pu se fermer au gaz russe en avril 2022. Elle enjoint désormais ses voisins à se défaire de la dépendance vis-à-vis de Moscou. Un projet est en cours entre l’Estonie, la Lettonie et la Finlande en vue d’un terminal permettant d’importer du gaz d’autres pays. Les dirigeants baltes appellent également à armer plus massivement Kiev.

Orwa Khalifeh, « Les pays arabes contraints au grand écart », Al-Jumhuriya [Courrier international], 4 mars 2022

Si certains pays arabes, comme l’Algérie, ont affiché leur soutien à Moscou, les pays du Golfe n’ont pas condamné l’invasion russe de l’Ukraine et ont cherché à maintenir une position de neutralité. Doha s’est contenté d’exprimer son rejet de l’utilisation de la force et son attachement à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Dubaï s’est tardivement résolu à condamner la Russie. L’Égypte s’est aussi ravisée après un temps de neutralité.

Comment expliquer la position des pays du Golfe ? Dubaï a peut-être échangé son abstention lors du vote de l’Assemblée générale du Conseil de Sécurité condamnant la Russie contre un vote concernant la livraison d’armes aux rebelles houthistes du Yémen. Le contexte pétrolier permet également de comprendre les positions de l’Arabie saoudite : Riyad souhaite envoyer un message aux États-Unis en raison de leur faible engagement au Yémen et contre l’Iran, en maintenant des prix élevés, en concertation avec les membres de l’OPEP+, forme étendue de l’OPEP qui inclut la Russie. Quant au Qatar, il ne veut pas perdre sa bonne entente avec Moscou. De plus, les armées d’Égypte, d’Algérie et de Libye ont d’excellents rapports avec la Russie, dont ils dépendent pour leurs équipements. Enfin, les dirigeants de ces pays ressentent une fascination pour le régime russe, aussi puissant que leur acrimonie vis-à-vis de Washington.

« Le Golfe opère un réalignement », Courrier international, avril 2022

La guerre en Ukraine n’a fait qu’accentuer la tendance au divorce entre les pétromonarchies arabes et Washington. L’Arabie saoudite les Émirats Arabes Unis ne se sont pas joints au sanctions occidentales. A cela s’ajoute un refus d’augmenter la production de pétrole afin de réduire le prix de l’énergie. Riyad agit ainsi en raison du manque de soutien des États-Unis sur les dossiers yéménite et iranien. Plus généralement, cette prise de distance des pétromonarchies par rapport à leur traditionnel allié américain se traduit dans un rapprochement avec Moscou, en particulier dans le domaine militaire. Ces pays se tournent aussi de plus en plus vers la Chine.

Olayinka Ajala, « L’ambigue neutralité de l’Afrique », The Conversation [Courrier international], 30 mars 2022

Le 2 mars 2022, 26 des 54 États africains se sont montrés neutres lors du vote du Conseil de Sécurité condamnant l’intervention russe en Ukraine. Quatre raisons à ce choix : une méfiance vis-à-vis de l’OTAN vu comme le déclencheur et l’agresseur en raison de son extension vers l’Est, une dépendance importante par rapport à l’aide militaire de Moscou qui leur a permis de juguler des rébellions, des importations croissantes de blé d’Ukraine et de Russie, une impression de retour au temps de la Guerre froide qui se traduit par un conflit par procuration dans lequel il n’est pas question de s’impliquer.

Jean-Michel Bezat, « L’Europe se convertir à marche forcée au GNL », Le Monde, 20 avril 2022

L’Europe devrait acheter de plus en plus de GNL, en provenance des États-Unis. Le 8 mars 2022, l’UE a dévoilé un plan de réduction de ses approvisionnements en gaz. Ainsi, au premier trimestre 2022, le GNL est devenue la première source de gaz de l’Europe, devant le gaz russe. Les États-Unis réorientent donc leurs exportations et profitent de la situation. Pour assurer des livraisons croissantes, de nouveaux terminaux d’exportation sont en construction dans le golfe du Mexique. Il faut aussi augmenter le nombre d’usines de liquéfaction du gaz. Outre les États-Unis, les pays européens se tournent vers le Qatar, les Émirats Arabes Unis et l’Algérie pour leur GNL. En aval de la chaîne du GNL, les pays importateurs doivent s’équiper de terminaux de regazéification. Enfin, le réseau européen de pipelines doit être densifié afin d’améliorer les connexions et d’assurer les approvisionnements. Cela dit, cette ambition de se passer du gaz russe aura un coût économique et écologique important.

Vincent Collen, « Pourquoi l’Europe hésite encore à se passer du pétrole russe », Les Échos, 20 avril 2022

L’UE a réussi à stopper les importants de charbon russe, mais il sera plus difficile de s’entendre concernant le gaz compte tenu de la forte dépendance de certains pays comme l’Allemagne. Quant au pétrole, en l’absence de consensus sur un embargo total, les pays s’entendent pour des pénalités indirectes. Le pétrole russe importé par les pays européens couvre le pétrole brut et ses dérivés raffinés comme le diesel. On pourrait croire que se passer du pétrole russe est simple, car, contrairement au gaz, il n’engage pas les pays sur plus de dix ans et ne circule pas pipelines. Plus souple et acheminé par navire, le pétrole est un hydrocarbure qui autorise les pays européens à changer rapidement leurs approvisionnements, ce qu’il ont commencé à faire. Ainsi, l’Asie prend le relais de la Russie pour les exportations de pétrole à destination du Vieux Continent. Cela dit, plusieurs obstacles existent : une partie du pétrole russe arrive en Europe par oléoduc, les raffineries européennes sont configurées traiter le brut russe et changer de fournisseur nécessite des adaptations. Toutes ces changements dans les trajectoires des navires approvisionneurs et les processus de raffinage ont également un coût. Enfin, les 1 à 1,5 millions de barils russes qui ne trouveront pas preneurs vont contribuer à l’augmentation du prix de l’énergie.

Monde

Meera Srinivasan, « Sri Lanka. Une économie à genoux, un peuple à bout », The Hindu [Courrier international], 2 avril 2022

Veillée à Colombo pour condamner les tirs de la police sur des manifestants à Rambukkuna, le 19 avril 2022

Le pays connaît une grave crise économique depuis la pandémie de Covid-19. Les pénuries concernent tous les secteurs : gaz, électricité, pain, matériel médical, etc. La population accuse le gouvernement de Gotabya Rajapaksa, qui a accédé au pouvoir en novembre 2019. Un mouvement de fond exigeant le départ du clan Rajapaksa, jugé incompétent et indifférent à la crise économique, a pris son essor. Il faut dire que tout n’est pas la faute de ce gouvernement, le Covid ayant eu des répercussions majeures sur les sources de revenus du pays que sont le tourisme, les exportations de thé et les remises. Mais la population reproche au gouvernement son manque de vision et ses choix malheureux. Parmi ces choix, le plus désastreux a été celui de limiter les importations d’intrants agricoles et de produits alimentaires en 2020, ce qui a obligé le pays à se convertir brutalement à l’agriculture biologique et porté un coup dur aux agriculteurs. Dans ce contexte, le nombre de pauvres a explosé et l’ombre de la famine plane sur le Sri Lanka. Les dirigeants cherchent désespéramment des créanciers. Le FMI a été sollicité pour un prêt.