Si l’on a beaucoup évoqué le bicentenaire de la désastreuse campagne de Russie de 1812, en Europe en général, en Russie et en France tout particulièrement, cela n’ a pas été le cas vraiment pour cette seconde guerre d’indépendance américaine qui aurait pu marquer, en cas de défaite, la fin des espoirs suscités par la déclaration de 1776, et le traité de Paris en 1783.

Cette guerre de 1812, qui se déroule outre atlantique alors que les puissances européennes sont évidemment préoccupées par ce qui se passe sur leur continent est pourtant particulièrement intéressante et permet de comprendre bien des aspects des États-Unis d’Amérique et de leur histoire contemporaine. Cela va même au delà. Les Britanniques en attaquant les navires américains qui commercent avec la France impériale, se livrent à une guerre économique indirecte contre leurs anciennes colonies mais aussi contre la France. Il s’agit là d’une réponse indirecte au blocus continental. Cette seconde guerre d’indépendance a été déclenchée par les États-Unis et c’est le successeur de Thomas Jefferson, James Madison qui engage son pays dans cette aventure hasardeuse. La liberté pour les héritiers des révoltés anti-fiscaux de Boston est d’abord celle de commercer, en dépit du blocus naval que les britanniques font subir aux Français.

Devant l’aventurisme des américains, les britanniques saisissent l’occasion de prendre leur revanche. Cette fois-ci la France ne viendra pas au secours du Congrés continental, comme pendant la première guerre d’indépendance. L’Empire qui a tout de même vendu la Louisiane en 1803 aux États-Unis n’a pas de La Fayette disponible ! C’est la raison pour laquelle, c’est une véritable lutte à mort qui s’engage et Washington sera d’ailleurs la proie des flammes. Les britanniques utilisent tous les moyens, à partir de leurs positions au Canada, évidemment et en se livrant à une guerre navale sur les grands lacs, qui séparent les deux ensembles mais également en suscitant des révoltes indiennes contre les américains. Le chef Shawnee Tecumseh, qui a donné son nom à une marque de moteurs d’ailleurs, crée une confédération de tribus qui se bas aux côtés des anglais avec une grande efficacité. On comprend mieux ainsi pourquoi la question indienne a longtemps été la mauvaise conscience de l’Amérique pendant à peu près une siècle. Les indiens étaient considérés comme des ennemis « naturels » du progrès et de la liberté des États-Unis. De la même façon, les britanniques suscitent des mouvements en faveur de l’émancipation des esclaves noirs, une façon de gonfler leurs effectifs.

Un plan britannique d’encerclement

Face à ce plan particulièrement agressif des britanniques qui s’appuient également sur une supériorité navale écrasante. (Plus de 800 bâtiments de guerre), les jeunes forces américaines apparaissent bien faibles. La prévention américaine originelle contre les armées permanentes les a conduits à dissoudre les unités constituées lors de la première guerre d’indépendance. Les constituants fondateurs des États-Unis sont favorables aux milices, c’est à dire à des groupes de civils en armes, ce qui explique le deuxième amendement sur « le droit qu’à le peuple de détenir et de porter des armes qui ne sera pas transgressé. » Lorsque la guerre commence, une guerre que le Président Madison présente comme « une promenade de santé » dans les possessions britanniques du Canada, les troupes américaines connaissent des échecs cuisants. Les descendants des colons loyalistes de la première guerre d’indépendance, réfugiés au Canada, ont peu de sympathie pour les héritiers de ceux qui les sont contraints à l’exil. Paradoxalement, c’est sur la mer que la toute jeune US Navy, pourtant bien moins nombreuse que la Royal Navy remporte ses premiers succès. Toutefois, la guerre s’installe sur tous les fronts, prend aussi bien l’allure d’une guerre de guerilla dans laquelle les tribus indiennes excellent que celle d’une attaque de lignes selon les règles européennes en usage à l’époque. (Artillerie mobile et attaques en ligne.) La guerre ne concerne pas seulement le Nord des États-Unis mais également le Sud avec le soulèvement des tribus indiennes de la rive gauche du Mississippi comme les Creeks et les Choktaws, rivaux des Cherokee. Ce sont les Creeks influencés par Tecumseh qui engageront la lutte dans l’état du Mississippi contre les garnisons américaines. C’est là que le futur Président Andrew Jackson fera ses premières armes.

Du Pacifique au Golfe du Mexique

La guerre navale contre la Royal Navy aura également lieu dans le Pacifique avec l’USS Essex et l’USS Georgiana, un ancien navire marchand capturé et armé. En 1814, la situation peut pourtant apparaître difficile pour les américains après l’offensive anglaise de la Chesapeake. Les Anglais bien organisés et disciplinés, réunissant des vétérans des guerres napoléoniennes infligent à Bladensburg en août 1814 une défaite cinglante aux américains qui permet aux troupes du Général Ross d’atteindre Washington, d’incendier la Maison blanche, la bibliothèque du Congrès et les bâtimenst qui abritent le Sénat et la Chambre des représentants. Toutefois les troupes anglaises se retrouvent isolées, en situation difficile et en infériorité numérique face à des miliciens cette fois ci motivés et déterminés ce qui les amène, après la mort du Général Ross à se retirer en ayant échoué à s’emparer de Baltimore. La Campagne de la Chesapeake n’est finalement pas le succès attendu malgré la chute symbolique mais temporaire de la Capitale fédérale.

Les négociations se sont ouvertes à Gand le 2 décembre 1814. Les britanniques en ayant conquis Washington estiment être sortis la tête haute de ce conflit. Dans le même temps ils essaient de s’emparer de la Nouvelle Orléans pour négocier en position de force, mais cela ne réussi pas et au final, le statu quo ante bellum est acquis à la fin décembre 1814, même si des combats continuent au Sud, face à la nouvelle Orléans et à la frontière canadienne où des francophones finissent par se rallier à la cause américaine.

Guerre mal connue par le public européen, sauf peut-être par les spécialistes britanniques, cette guerre de 1812 – 1814 a quand même fixé des bases, y compris de la vie politique américaine. Pendant cette guerre en effet se sont opposés les fédéralistes, souhaitant maintenir des liens avec la Grande Bretagne et les Républicains – démocrates, alors regroupés souhaitant au contraire couper les ponts et maintenir les États-Unis dans une certaine neutralité à l’égard du vieux continent. Les incursions navales étasuniennes dans le Pacifique marquent aussi le début d’une expansion future.

L’auteur, Sylvain Roussillon qui a également publié une histoire des volontaires étrangers pro-franquistes pendant la guerre d’Espagne, un aspect très peu connu également, démontre une belle aisance de plume et surtout une capacité à synthétiser des confrontations très dispersées dans l’espace. Assurément les éditions Giovanangeli spécialisées dans l’histoire militaire sous tous ses aspects démontrent une fois de plus leur capacité à enrichir leur catalogue sur des sujets peu connus et pourtant importants.

Bruno Modica