Cette mise en ligne qui est la reprise d’un master de sciences-po présente l’intérêt de traiter du point de vue de la France de la place de l’Iran pendant les 10 premières années qui ont précédé la Révolution islamique. L’auteur a largement traité de la perception que l’on pouvait avoir de la situation intérieure de ce pays qui est un « cas à part » au Moyen-Orient, du point de vue de sa diversité ethnique et de sa spécificité religieuse, entre autres.
Un document vidéo permet de faire le point sur la situation en Iran, vue par le Président Valéry Giscard D’Estaing, en 1978, alors que l’Ayatollah Khomeiny est présent sur le sol français.

Rencontre entre le Shah d’Iran et le Président Georges Pompidou, les débuts d’une coopération dans le domaine nucléaire.

Introduction

En Occident, il est coutume d’analyser les révolutions comme des ruptures dans le cours plus ou moins paisible des choses. Au mieux les considère-t-on comme les conséquences de quelques événements antérieurs : on identifie un faisceau de causes puissantes dont la conjonction aurait provoqué, à un moment précis, le basculement. Mais l’idée de révolution comme point de rupture et apogée de la tension demeure profondément ancrée dans l’esprit de l’historien occidental.

À rebours de cette vision, les stratèges de l’antiquité chinoise nous enseignent qu’il n’est pas de rupture pour celui qui sait observer :

« Tout son art (…) est de détecter au plus tôt les moindres tendances qui sont portées à se déployer : en les décelant, à peine elles commencent à orienter, en secret, le cours ininterrompu des choses; avant donc qu’elles aient eu le temps d’émerger et de manifester leurs effets, il est en mesure de prévoir à quoi elles conduisent. (…) La mise en mouvement qui s’amorce à peine, mais comme telle est déjà critique, évolue du subtil au manifeste ; aussi le stratège clairvoyant est-il celui qui l’appréhende à ce stade initial, alors qu’elle n’a pas encore offert de signe patent et n’est pas actualisée. À ce stade (…) le déclenchement de la crise [est] encore secret. (…) Cette réflexion a trouvé à s’illustrer sous l’angle de la fissuration (…). D’abord, la moindre fissure présente des signes avant-coureurs qui, à titre à la fois d’indices et de prodromes, permettent à l’œil attentif de la détecter ; d’autre part, à moins qu’on ne la bouche aussitôt, la moindre fissure est portée d’elle-même à se déployer : à la fois elle s’ouvre et se creuse – elle devient successivement fente, faille, crevasse. De la fissure à la brèche, le devenir est prévisible puisqu’il est impliqué, la modification est d’ores et déjà annoncée, il suffit de laisser le temps jouer. » François Jullien, Traité de l’efficacité, Paris, Le Livre de Poche, 2002, pp. 114-115.

Encore faut-il comprendre la notion de « potentiel de situation » pour s’imprégner de cette démarche étrangère à nos schémas de pensée :

« Car cet empire que je prends sur l’autre n’est pas dû à mes efforts, ni non plus à la chance (les deux d’ailleurs y échoueraient), mais simplement à la façon dont je sais tirer parti du processus engagé : je m’appuie sur les facteurs porteurs que j’ai su déceler dans la situation pour les laisser jouer en ma faveur. (…) Il faut instaurer un potentiel de situation pour gérer les choses. (…) Et, pour instaurer celui-ci, il convient d’abord (…) d’évaluer le plus précisément la situation (en contexte diplomatique : examiner quels sont ses partisans [de l’ennemi], distinguer qui est de son avis et qui ne l’est pas, voir ce qui est dit dedans et ce qui est dit dehors, etc.). De ce potentiel de situation, accumulé au cours de son évolution, résultera finalement, de la façon la plus tranchée, qu’on puisse exercer le plus grand ascendant, au lieu d’être défait (…). »2 François Jullien, Traité de l’efficacité, Paris, Le Livre de Poche, 2002, pp. 51 – 52.

Ce paradigme est particulièrement fécond lorsqu’il est appliqué au cas de l’Iran impérial. D’ailleurs, Abdolhassan Bani Sadr, 1er président de la République islamique d’Iran et ancien opposant au Shah, le dit sans ambages dans un entretien :

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