Sciences, techniques, pouvoirs et sociétés au XVIe – XVIIe siècle
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Sciences, techniques, pouvoirs et sociétés au XVIe – XVIIe siècle

Jean-Baptiste Noé
jeudi 10 août 2017

Sciences, techniques, pouvoirs et sociétés au XVIe – XVIIe siècle

La question posée est plus difficile qu’il n’y paraît, car elle oblige à un décentrement intellectuel. Dans un monde contemporain très technicisé, marqué par le courant positiviste du XIXe siècle et où la science a acquis une dimension majeure, la difficulté principale est de ne pas étudier cette période avec les schémas intellectuels du début du XXIe siècle. Ne pas juger et analyser les hommes de ces deux siècles avec nos critères contemporains, mais avec les leurs. Se méfier des analyses téléologiques et prendre le train de l’histoire en route. Les hommes et les savants des XVIe – XVIIe siècle ont d’autres préoccupations que les nôtres, d’autres intérêts, d’autres visions du monde. Pour les comprendre, et pour comprendre cette période, il nous faut mettre de côté nos habitudes mentales pour entrer dans les leurs, ce qui n’est pas chose aisée.

Science et magie

Au XVIe siècle, il n’y a pas de réelle distinction entre la science et la magie. Toutes les deux sont des tentatives de comprendre le monde et de le maîtriser. Toutes les deux visent à découvrir les arcanes cachés des événements. La mère de Tycho Brahe a été condamnée pour sorcellerie et lui-même est tout autant astronome qu’astrologue. C’est ce que démontre Clive Staples Lewis [1], romancier et surtout historien médiéviste, à propos des liens entre la science et la magie :

« Il y avait très peu de magie au Moyen Âge ; c’est au seizième et au dix-septième siècle que la magie a atteint son apogée [2].
L’investigation magique et l’investigation scientifique, menées avec sérieux, sont deux entreprises jumelles : l’une était malade et mourut ; l’autre était vigoureuse et a prospéré. Mais c’étaient bien des sœurs jumelles. Elles sont nées du même désir. (…) Il y a quelque chose qui unit la magie et la science appliquée tout en les séparant toutes les deux de ce que les siècles précédents appelaient la ″sagesse″. Pour les sages d’autrefois, le problème essentiel était de mettre l’âme en conformité avec la réalité, et les moyens d’y parvenir étaient principalement la connaissance, l’autodiscipline et la vertu. Pour la magie, aussi bien que pour la science appliquée, le problème principal est de soumettre la réalité aux désirs humains ; et la solution est une technique ; dans la mise en pratique de cette dernière, toutes les deux sont disposées à faire des choses considérées jusqu’alors comme repoussantes et impies —comme déterrer et mutiler les morts . [3] »

La magie n’est donc pas l’opposée de la science, mais sa sœur jumelle.

Par Jean-Baptiste Noé

[1Clive Staples Lewis (1898-1963), fut professeur de littérature anglaise du Moyen Âge à Cambridge. Il est aussi connu pour Les Chroniques de Narnia.

[2Et avec elle la chasse aux sorcières. Ce n’est pas à l’époque médiévale que l’on poursuit et que l’on brûle les sorcières, mais à l’époque moderne. Ce phénomène est essentiellement présent en Europe de l’Est et du Nord, notamment en Allemagne.

[3C.S. Lewis, L’abolition de l’homme, Éditions Raphaël, page 92, livre paru en 1943

[4Josué, 10,12-13.

[5Guillaume d’Occam a développé la notion du nominalisme, c’est-à-dire l’attitude qui consiste à considérer que le nom donné à une chose n’est pas le reflet de la nature, mais l’expression d’un arbitraire. Si j’appelle peuplier cet arbre, ce n’est pas parce que c’est un peuplier, mais parce que je projette ma notion du peuplier sur cet arbre. Le nominalisme c’est prétendre que la connaissance n’est que subjective, qu’elle résulte d’une habitude mentale de l’intelligence. L’universel est ainsi réduit à une simple habitude mentale. Le nominalisme fait perdre la notion objective de la réalité pour la réduire au subjectif : à chacun sa vérité.

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