De la « fente » et des « potentiels de situation...
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Pierre ROUSSOT

De la « fente » et des « potentiels de situation...

Contexte, atouts et perspectives de la diplomatie française en Iran à la fin des années 1960

Pierre Roussot
vendredi 11 août 2017

Tout l’intérêt de cet article qui ne se limite pas à une simple analyse de l’action diplomatique de la France en Iran pendant le règne du Shah se trouve dans la perception que l’ambassadeur de France pouvait avoir de ce régime qui avait entrepris un mouvement de modernisation particulièrement dynamique, sans forcément prendre la mesure des mutations profondes en cours dans la société iranienne, et qui avaient été amorcées en 1952, avec l’épisode de Docteur Mossadegh et la tentative de nationalisation des pétroles iraniens.
On notera que la note de l’ambassadeur de France apporte des éléments qui permettaient de percevoir la fragilité de ce régime, et notamment la non prise en compte de la montée en puissance de l’opposition religieuse avec le clergé chiite.


Couverture de Gloire Retrouvée, livre de 1976 sur le modernisation de l’Iran et la Révolution Blanche

Comment l’Iran perçoit son ouverture au monde extérieur, et notamment ses relations avec la France pendant la phase de modernisation qui s’est appelée : « la révolution blanche » ?
Quel a été le rôle des États-Unis dans ce contexte précis ?

  • 1. La culture française, un atout majeur et bien exploité en Iran
  • 2. Des coopérations variées mais quelque peu dispersées
  • 3. Certains domaines de coopération demeurent marginaux
  • 4. Les Iraniens ont une perception positive des activités françaises en Iran
  • 5. Les menaces planant sur la diplomatie française en Iran à la fin des années 1960 du point de vue des diplomates français
  • 6. Les diplomates français considèrent que le développement de l’Iran crée des opportunités
  • 7. Le modèle de développement crisogène de l’Iran interroge la viabilité de la diplomatie française

Il importe d’identifier les ressources dont dispose la France en Iran et qu’elle doit protéger ou mettre en valeur à la fin des années 1960. L’exploitation de ces ressources est tributaire d’un contexte national incertain qu’il convient également d’expliquer.

Il a été dit en introduction que la diplomatie française en Iran a toujours été secondaire. Ce constat mérite d’être tempéré en matière de culture. Sans doute, d’autres domaines de coopération ont été ouverts avant 1969, mais ils restent balbutiants ou peu significatifs. L’essentiel de l’action française en Iran tourne autour de la mise en valeur de la culture française.
Selon le rapport d’activité de l’ambassadeur de France en Iran François Charles-Roux, en 1969, la France possède en Iran un capital de sympathie que l’évolution rapide du pays menace [1].
Ce capital peut être conservé et augmenté, dans la mesure où il dépend de la gestion des courants d’influence existants. Le rapport suggère aussi que l’action de la France en Iran répond surtout aux attentes d’une élite francophone, nombreuse et encore bien placée, mais dont l’influence décline au fur et à mesure de la montée en puissance de la culture anglo-saxonne.
Toutefois, l’auteur du rapport omet les dynamiques de développement contradictoires qui affectent l’Iran et qui menacent gravement la diplomatie menée dans ce pays. Ces tendances font l’objet d’analyses précises dans la presse spécialisée.

1. La culture française, un atout majeur et bien exploité en Iran

Un état des lieux s’impose en matière d’influence culturelle française en Iran à la fin des années 1960. Cette présence se manifeste à travers différents dispositifs.

Par Pierre Roussot

[1Annexe à la lettre n° 2162 / DG du 12 décembre 1969 de l’ambassadeur François Charles-Roux, Téhéran, 12 décembre 1969, CADN, fonds Service culturel, B13.

[2Ibid, p. 10.

[3Pierre Pahlavi et Christian Pahlavi, Le marécage des ayatollahs..., op.cit

[4Annexe à la lettre n° 2162 / DG du 12 décembre 1969 de l’ambassadeur François Charles-Roux, Téhéran, 12 décembre 1969, CADN, fonds Service culturel, B13.

[5Ibid. p. 14.

[6Sur ce point et pour ce qui suit : Annexe à la lettre n° 2162 / DG du 12 décembre 1969 de l’ambassadeur François Charles-Roux, Téhéran, 12 décembre 1969, CADN, fonds Service culturel, B13.

[7Édouard Sablier, « L’Iran, Perse éternelle », Atlas, n° 15, novembre 1967, p. 13-32.

[8Bernard Hourcade, Yann Richard et Jean-Pierre Digard, L’Iran aux XXe siècle : entre nationalisme, islam et mondialisation, Paris, Fayard, 2007, coll. « LITT.GENE », 498 pages, p. 124.

[9Ahmad Faroughy, « L’opposition interne face au chah et à la domination étrangère », Le Monde diplomatique, n°293

[10Behrouz Montazami, « L’Iran du refus », Le Monde diplomatique, n°297, décembre 1978.

[11Abdolhassan Bani Sadr dit à ce sujet : « (...) c’est un budget qui ne vient pas du revenu national, mais du pétrole, c’est-à-dire que l’économie extérieure exploite un pétrole qui est exporté vers l’Iran. C’est la même chose aujourd’hui en Arabie Saoudite et dans les pays du Golfe persique, où les revenus ne proviennent des richesses, mais de la production. (...) c’est un Etat indépendant de sa société mais économiquement dépendant de l’extérieur. (...) L’augmentation des prix du pétrole a permis à ce rapport import-export de se multiplier, ce qui a abouti à économie urbaine absolument dépendante des usines de montage. Dans les zones que je suis allée visiter en Iran dans les mois qui ont suivi la révolution, il y avait treize ou quatorze montages d’automobiles, autant de radios et télévisions, etc. Etant donné que le capital était dispersé, on ne pouvait pas développer les entreprises pour qu’elles deviennent des industries complètes ». Voir Entretien avec Abdolhassan Bani Sadr, 21 novembre 2015, Versailles. La retranscription de l’entretien figure en page 31 des annexes.

[12Pour plus de détails sur le rôle de ces deux piliers du régime : Ahmad Faroughy, « Derrière le paravent du trône, l’armée iranienne garante de la dépendance », Le Monde Diplomatique, n°295, octobre 1978.

[13Jean-Pierre Digard, Bernard Hourcade et Yann Richard, L’Iran aux XXe siècle... op. cit., , p. 145.

[14Nikki Keddie, « Un cas particulier et un rôle d’une importance exceptionnelle. Iran : de l’indépendance religieuse à l’opposition politique », Le Monde diplomatique, n°280, août 1977. Pour une compréhension plus complète des liens entre shahs et religieux : Houchang Nahavandi et Yves Bomati, Les grandes figures de l’Iran, Paris, Perrin, 2015, 350 p.

[15Marcel Barang, « Renaissance d’un empire », Le Monde diplomatique, n° 254, mai 1975 »

[16Nikki Keddie, « Un cas particulier et un rôle d’une importance exceptionnelle. Iran : de l’indépendance religieuse à l’opposition politique », Le Monde Diplomatique, n°280, août 1977. Sur le rôle des religieux dans l’histoire de l’Iran, on pourra se reporter à Houchang Nahavandi et Yves Bomati, Les grandes figures..., op. cit.

[17Ahmad Faroughy, « Derrière le paravent du trône, l’armée iranienne garante de la dépendance », Le Monde Diplomatique, n°295, octobre 1978.

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