L’article permet de replacer l’émergence de la question de la justice environnementale en géographie et sa relation avec les politiques publiques, de comprendre le caractère multiscalaire de la notion et de voir les différentes approches de la notion par différents courants de pensée (épistémologie).
Introduction
Précocité de la réflexion sur les injustices environnementales aux Etats-Unis, dès les années 1990. 1994 : EPA, environmental Protection Agency.
A contrario, réflexion bien plus tardive en France. Ce n’est qu’en 2003 que le Ministère de l’équipement témoigne de son intérêt pour les « inégalités écologiques » définies par l’IFEN en 2006.
Intérêt heuristique de la géographie pour traiter des injustices environnementales :
- définir des injustices environnementales par le recouvrement spatial de discriminations,
- réfléchir sur les indicateurs pour mesurer et cartographier les inégalités socio-environnementales,
- analyser des processus de « ségrégation environnementale » créateurs d’enfers gris et paradis verts à différentes échelles.
- mettre en évidence les limites des politiques qui se réclament de la justice environnementale.
I – L’émergence de la justice environnementale dans les champs politiques et sociaux contemporains
2 types de mouvements :
- Mouvement locaux (A/1)
- Mouvement globaux
1.1 Des mouvements bottom-up contre les injustices environnementales
A – Le premier espace d’émergence : les Etats-Unis
Emergence de ce type de mouvements aux Etats-Unis dans les années 1980, dans la lignée des grass root movements. Lien étroit avec les revendications autour des droits civiques, injustices environnementales souvent en parallèle et en juxtaposition d’injustices raciales. Type de mouvements qui reçoit le soutien alors d’Eglises comme la United Church of Christ du pasteur B. Chavis Jr.
Exemple : sites d’enfouissement des déchets toxiques dans les quartiers populaires majoritairement peuplés d’Afro-américains (Ghorra-Gobin, 2005).
Nuisances spatialisées de façon discriminante à l’initiative des politiques publiques dans les quartiers majoritairement peuplés par des personnes de couleur.
Terme de « racisme environnemental » (Chavis, 1987) dans le rapport Toxic Waste and race in the United States. Résultat : reconnaissance de la prise en compte nécessaire des injustices environnementales dans l’EPA
Emergence d’une géographie traitant des injustices environnementales dans le cadre états-unien et dans le cadre d’une géographie surtout urbaine : travaux de I.M. Young (1990) et D. Harvey (1996)
B – Des mouvements qui ne sont pas cantonnés qu’aux espaces dits du Nord (pays émergents)
Pays émergents tels l’Afrique du Sud (McDonald, 2002), l’Inde (Williams, Mawdsley, 2006) et le Brésil (différents mouvements indigénistes, Mouvements des Sans Terre, mouvement de seringueros au Brésil). Espaces avec des États qui se caractérisent par des sociétés fortement inégalitaires, une tradition de luttes politiques et sociales et un espace démocratique propice à l’expression de ces revendications.
Dans le cas de l’Afrique du Sud, lien avec le contexte d’apartheid et relations transnationales entre associations locales et associations nord-américaines
- Différence de ces mouvements par rapport à ceux des Etats-Unis : pas seulement lien avec une géographie urbaine et le simple cadre de vie.
- Elargissement : question de l’accès aux ressources, intérêt particulier pour la dénonciation des phénomènes du land grabbing, soit la dépossession d’espaces et de ressources par des acteurs extérieurs sachant que la ressource ou l’espace se voient aussi dotés d’une signification culturelle et pas seulement matérielle.
C – Autres cas de figure, autres espaces
Dans des espaces du Sud, mais pas émergents : besoin souvent de soutien d’associations étrangères pour soutenir les mouvements
Dans les pays développés hors US : lien souvent pas fait entre inégalités sociales et environnementales, sauf certaines fois mais alors surtout dans le champ des politiques publiques, sans donner lieu à des mouvements contestataires.
Et la France ?
En France, intérêt porté à de telles questions tout récent et encore limité (Emelianoff, 2006). L’appel à projet constitué en 2003 pour envisager les « inégalités écologiques » dans les espaces urbains et littoraux par le ministère en charge de l’environnement fait figure de pionnier en la matière. Les inégalités écologiques telles qu’elles sont décrites par l’IFEN témoignent de la tendance à dépolitiser le sujet : « écologique » plutôt qu’« environnemental », « inégalités » et non « injustice ».

Causes de ce retard…
- Résultante de la construction et de la diffusion du concept d’environnement en France
- Histoire des partis politiques écologistes (Theys, 2007)
- Inadéquation entre la notion d’injustice environnementale telle qu’elle a été développée aux États-Unis et le contexte institutionnel français marqué par le droit romain (Laigle, 2007) ?
1.2 Du local au global

!! Attention : tableau qui résume les traits marquants de chaque mouvement dans les espaces concernés, mais bien sûr grande diversité.
Il y a des conditions pour que le mouvement faisant état d’inégalités environnementales soit médiatisé et gagne en ampleur :
- Recevoir un relais aux niveaux national ou local
- Se fédérer en réseau
- S’inscrire dans les programmes des grandes ONG internationales
Exemple d’un mouvement en Inde : dans le domaine de l’eau, lutte contre la construction du barrage Sardar Sarovar sur la Narmada en Inde
Très fort soutien de l’International River Network, sous la direction de P. MacCully, en fournissant des dossiers de presse, en soumettant des pétitions auprès de la Banque Mondiale, et en servant parfois de relais entre les activistes locaux et la communauté scientifique, à travers notamment la World Commission on Dams
Recours à une figure médiatique, comme Vandana Shiva, qui a participé au mouvement de résistance contre le barrage de la Narmada dont les activités vont aujourd’hui de la défense de l’agriculture paysanne aux luttes contre le brevetage du vivant
Autre exemple en Bolivie. La ville bolivienne de Cochabamba a joué le même rôle dans les luttes contre la délégation des services publics de l’eau aux entreprises privées, et l’on retrouve cet exemple dans de nombreuses publications scientifiques traitant de ce sujet (Petrella, 2003).
1. 3 Les initiatives top-down pour introduire l’équité sociale dans la préservation de l’environnement
Paradoxe : rencontre tardive entre ces mouvements et cette pensée de la justice environnementale avec le concept de développement durable qui pourtant se développe dans les mêmes années.
Pourquoi ? Sources dans les racines théoriques du développement durable (DD).
Le DD s’ancre en effet pour partie dans le courant « conservationniste », fondé sur la dénonciation de la dégradation des ressources et de la nature, qui traverse les XIXe et XXe siècles (Veyret, 2006). Dans la seconde moitié du XXe siècle, émerge la notion d’une « crise » écologique globale qui insiste sur des situations considérées comme critiques : pollutions, déforestation, désertification puis réchauffement climatique.
C’est dans cette perspective qu’a été proposé le terme de développement durable, introduit par le World Wildlife Fund, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature et le Programme des Nations- Unies pour l’Environnement, dans le rapport sur « La Stratégie Mondiale pour la Conservation » en 1980, repris ensuite dans le rapport Brundtland « Notre avenir à tous » en 1987.
Inspiration aussi d’un courant de pensée né à partir de la Conférence des Nations-Unies de Stockholm (1972) qui innove en introduisant la notion d’écodéveloppement, définie par I. Sachs (1980) comme le développement des populations par elles-mêmes, utilisant au mieux les ressources naturelles, s’adaptant à un environnement qu’elles transforment sans le détruire.
L’écodéveloppement s’appuie sur trois principes :
- l’autonomie des décisions et la recherche des modèles propres à chaque contexte historique, culturel, écologique ;
- la prise en charge équitable des besoins de tous les hommes ;
- la prudence écologique, la recherche d’un développement en harmonie avec la nature.
Cet « ancêtre » du développement durable présente la caractéristique de s’intéresser aussi au niveau local.
MAIS L’opposition de pays du Nord et notamment des États-Unis aboutit lors de la conférence de Rio en 1992 à faire émerger une vision du développement durable axée sur la défense de l’environnement conçu dans un sens naturaliste, et qui ne remet en cause ni les fondements de l’économie mondiale, ni le mode de vie des pays riches.
L’équite sociale est marginalisée dans la réflexion. Manifestation : Sur 27 principes de la Convention élaborée à Rio par exemple, seul le 3e fait référence à la notion d’équité
Des auteurs comme Agyeman et Evans (2004) ont réfléchi à la façon dont il serait possible d’articuler justice environnementale et développement durable, autour de thèmes précis comme l’étalement urbain et les transports, en proposant le terme de « durabilité juste » (just sustainability), qui pourrait fournir un « discours commun pour les policy-makers et les activistes », pour le moment inexistant.
A cela il faut ajouter la tendance des mouvements de protestation de ne pas clairement définir les termes ou de ne pas utiliser les mêmes mots dans leurs luttes.
II – Quels environnements ? Quelles justices ?
2. 1 Quelle éthique pour quels environnements ?
Deux grands types de positionnement dans le rapport des hommes à la « nature » :
- Deux perçoivent un homme extérieur à la nature, que ce soit pour dénoncer sa destruction (position de l’écologie profonde) ou pour justifier son exploitation. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une conception écocentrée de l’environnement, qui ne s’intéresse guère à la dimension sociale, ce qui n’exclut pas d’instrumentaliser la nature pour résoudre des questions de société.
- Une troisième, plus marginale, tente de dépasser la dichotomie homme/nature pour construire une éthique environnementale élargie.
A – Écocentré Mouvement préservationniste classique.
L’homme « pénètre » dans les écosystèmes dans les années 1970, sous la plume de P. Duvigneau (1974) et de F. Ramade (1981) comme un perturbateur, un destructeur des écosystèmes.
Cette nature « sans l’homme » est investie de valeurs morales. Sa préservation est définie comme un bien. « limites naturelles » pour rendre responsables les populations pauvres, mais nombreuses, des « dégradations » de l’environnement et concevoir des politiques qui les excluent. M.-F. Espinosa et A. Lipietz (2005) parlent d’« écologie de droite » pour souligner à quel point les arguments « écologiques » sont mis au service d’un discours de classe. Chez Malthus (1798), comme le souligne D. Harvey (1996), les lois naturelles justifient la limitation de la croissance des classes pauvres, mais ne doivent pas s’appliquer aux plus riches.
MAIS L’argument de « limites naturelles » peut aussi être utilisé dans une optique égalitaire de justice au niveau global. Le rapport du Club de Rome « The Limits to Growth » préconise ainsi, à l’inverse de Malthus, « une décélération de la croissance matérielle dans les pays développés » pour permettre celle des pays les plus pauvres.
Remise en cause du modèle dualiste par Aldo Léopold dans Almanach d’un Comté de Sable en 1949. Idée d’une « land ethnic » commune à l’humanité et à la communauté biotique. La vision léopoldienne est également remise en cause par les progrès des sciences écologiques qui rejettent la vision fixiste et naturellement harmonieuse du fonctionnement des écosystèmes.
B – Les apports de la géographie en matière de vision intégrée
Autour de la notion d’environnement.
1. P. George (1971) en fournit la définition la plus complète, celle d’un « système de relations entre des dynamiques sociales, économiques, spatiales et un champ de forces physicochimique et biologique ».
2. A. Dauphiné (1979) « commun donné, un vécu, un perçu ». C’est donc un objet social et politique, un objet “hybride” qui intègre données sociales et éléments « naturels »
Cette vision aussi celle aussi des mouvements bottom-up.
En dépit des réflexions de certains géographes (Berque, 1996 ; Bertrand, 2002) cette approche intégrée, en France notamment, reste marginale. Manque de cadre conceptuel pour penser ensemble l’environnement et les inégalités sociales (Theys, 2007), et pratiquement, complexité de la question des indicateurs et des mesures des inégalités sociales face à l’environnement => méthodologies d’études souvent lacunaires ou incomplètes (Cornut, 2007).
2.2 Les théories contemporaines de la justice appliquées à l’environnement
La théorie rawlsienne de la justice, l’analyse marxiste, ou la critique du postmodernisme développée par I.M. Young, se sont peu intéressées aux questions environnementales. Pourtant elles s’avèrent très utiles.
A – Théorie rawlsienne de la justice
Ambition de l’approche rawlsienne (1971) : construire une théorie universelle de la justice. Elle se propose à travers l’expérience dite du voile d’ignorance, de différencier inégalité et injustice : une inégalité est selon Rawls une injustice quand elle ne bénéficie pas à tous, et en particulier pas aux plus pauvres ; elle peut être juste et acceptable, si elle permet à une société donnée de tirer vers le haut ceux qui ont le moins.
La théorie rawlsienne propose de construire une équité environnementale : des inégalités injustes peuvent être réparées et transformées en « inégalités justes » par des politiques adéquates, qui misent sur la redistribution des biens et des maux, ou sur des compensations par des transferts financiers, des aides sociales ou économiques. Il s’agit donc d’organiser une justice redistributive et compensatoire.
B – L’analyse marxiste
L’approche néo-marxiste (Harvey, 1996) considère l’environnement comme une production des forces sociales, politiques, économiques. Les inégalités socio-écologiques sont regardées comme des formes d’oppression devant être traitées par une remise en cause du système capitaliste, ce que ne propose pas l’approche rawlsienne. Dans cette perspective, l’injustice environnementale est aussi considérée comme un problème de distribution, et peut-être réparée par un système de production qui produit un juste partage des ressources naturelles (Dobson, 1998).
C – La critique du postmodernisme de I.M Young
I.M. Young (1990) enrichit cette vision en insistant sur la multiplicité de la justice selon les groupes sociaux et culturels considérés. Elle ne propose pas une théorie universelle mais part de situations concrètes provoquant un sentiment d’injustice. Young identifie ainsi cinq types d’oppression fondamentale, provoquant universellement un sentiment d’injustice
Ces cinq formes sont : l’exploitation capitaliste, la marginalisation, l’absence de pouvoir, l’impérialisme culturel et la violence (Young, 1990, chap. 2).
Les auteurs de l’article complètent :
- La non-reconnaissance des spécificités sociales et culturelles des groupes sociaux, et en particulier de la singularité de leur relation à leur environnement, clé d’un système d’oppression et débouchant sur :
- L’impuissance politique en matière d’environnement, soit l’incapacité à faire entendre sa voix.
- L’accaparement d’un bien environnemental (ressource, cadre de vie valorisé) par un groupe social et/ou la privation d’accès pour le groupe victime.
- Enfin, dernière forme d’oppression ajoutée par D. Harvey (1992) : les dévastations écologiques pénalisant certains groupes sociaux plus que d’autres, et menaçant pour les générations futures
2.3 Des politiques environnementales justes ?
Les politiques environnementales conduites depuis une trentaine d’années ont adopté les idées écologistes « classiques » qui valorisent les écosystèmes non perturbés et une vision fixiste des environnements.
Trois piliers de la justice environnementale (Schlosberg, 2003) :
- la distribution des biens et des maux de l’environnement,
- la reconnaissance des spécificités des acteurs et la participation, soit, d’une part une justice redistributive et compensatoire,
- de l’autre une justice procédurale, issue de la confrontation des acteurs.
Idée de justice environnementale par exemple dans l’article 3 de la Convention des Nations-Unies sur le Changement Climatique qui institue le principe de « Responsabilité Commune mais Différenciée », selon lequel « il incombe aux Parties de préserver le système climatique dans l’intérêt des générations présentes et futures sur la base de l’équité et en fonction de leurs capacités respectives. »
Les politiques environnementales contemporaines s’inscrivent ainsi dans le courant que D. Harvey nomme « modernisation écologique », qui sans remettre en cause les fondements des systèmes économiques et politiques libéraux, intègrent les préoccupations de justice environnementale, et cherchent à en réaliser certaines.
Toutefois, leur application laisse voir leurs limites.
III – Construire la justice environnementale
3.1 Définir et repérer les inégalités socio-environnementales
Remarque importante. Le terme d’inégalités « écologiques » plus approprié pour définir des processus physiques de diversification du milieu, celui d’inégalités environnementales lorsqu’il s’agit des inégalités introduites par la relation des sociétés aux conditions écologiques
3.2 Enfers gris et paradis verts : des inégalités territoriales à l’injustice environnementale
Souvent les avantages ou les désavantages s’accumulent. Effet cumulatif et multiplicateur.
Inégalités multiscalaires :
Le Sud connaît une double crise environnementale liée à la mauvaise maîtrise des écologies (mauvaise gestion des sols et de l’eau, déforestation…), mais aussi aux transformations causées par l’industrialisation, sans compter les externalités négatives du Nord, ce qui a des répercussions sur la pauvreté. Les effets à venir du réchauffement climatique, causés en large partie par le Nord, seront plus douloureux au Sud. Le même raisonnement pourrait être tenu à l’échelle régionale, au sein d’États où les contrastes territoriaux sont accentués, comme au Brésil (Bret, 2002).
À l’échelle locale, des formes de ségrégations environnementales ont été mises en évidences au sein des grandes métropoles comme à Los Angeles (Theys, 2000)
Relation avec le fonctionnement spatial centre/périphérie
3.3 De la théorie aux premières applications : l’exemple des États-Unis
En pratique, l’EPA a défini des « Areas with Potential Environmental Justice Concerns », à partir d’une série d’indicateurs répartis en quatre thèmes :
- La santé (existing health vulnerabilities), qui comprend notamment la prévalence des cancers, la surmortalité infantile ou encore l’asthme et le saturnisme chez les enfants ;
- La surveillance de l’environnement (compliance), ou plus exactement la capacité de l’EPA à mettre en oeuvre ses propres politiques de contrôle et d’amélioration de la qualité de l’air, de l’eau,… ;
- La démographie (social demographics), ce qui inclut des indicateurs traditionnels comme la présence de minorités raciales, mais aussi des populations présumées vulnérables comme les personnes âgées, les enfants ou les personnes disposant de faibles revenus ;
- Les conditions environnementales proprement dites (environmental conditions), qui regroupent notamment le recensement des sites industriels dangereux, des points d’émission des effluents toxiques dans l’air et dans l’eau (Toxic Release Inventory), des lieux de stockage de déchets dangereux, etc
Permet de cartographier la justice/injustice environnementale.
Deux problèmes possibles de cette approche selon un rapport publié en 2005 :
- Les premiers recoupent une question classique en géographie : il s’agit de la détermination des seuils (de pollution, de pauvreté, de mixité raciale) et de l’échelle de travail appropriée.
- Le second type de problème tient à l’émergence de « Self defining communities », au sens de Young, c’est-à-dire de groupes qui s’auto-constituent comme victimes d’injustices environnementales et qui ne peuvent pas être détectés par une méthodologie « top-down » appliquée uniformément.
3.4 La justice environnementale au niveau global : une difficile mise en pratique
Identification d’axes principaux / deux sources d’injustice entre le Nord et le Sud ont été identifiées :
- la surconsommation des ressources par les pays du Nord et l’appropriation indue par ces mêmes pays riches de l’atmosphère, de l’océan mondial, de la biodiversité d’une part ;
- l’exposition des populations du Sud à des risques causés par le mode de vie de celles du Nord, dont elles ne tirent localement aucun bénéfice.
Emergence de la notion de « dette climatique » par une association sud-américaine, IEP Instituto de Ecologia Politica Concept entériné à Rio.
3.5 Compensations et reconnaissance : les limites de la justice redistributive et processuelle
Enjeu de la marchandisation de l’environnement : jusqu’à quel point compenser ?
Les mouvements sociaux locaux sont extrêmement disparates, car tournés vers la défense d’intérêts particuliers, divers et parfois contradictoires, ne venant pas toujours de défenseurs de la nature.
Une dérive possible des mouvements pour la justice environnementale est représentée par le phénomène NIMBY (Not in my back-yard) qui, au lieu de lutter pour la réparation de discrimination ou d’oppression environnementale, se mobilise pour la défense d’un cadre de vie privilégié, quitte à reporter les nuisances environnementales dans d’autres espaces. Or le nimbisme est loin d’être une particularité nord-américaine…
Autre versant des limites, voire des détournements, des politiques environnementales « justes » : la reconnaissance des acteurs locaux, notamment au Sud. B. Roussel (2005) montre combien la reconnaissance de principe des savoirs locaux peine à se traduire concrètement, faute de représentation forte des communautés.
Conclusion
« Parler de justice environnementale permet de politiser l’environnement »



