Andreas Malm est maître de conférences associé au département de géographie humaine à l’Université de Lund. Il est également activiste pour le climat. Il s’inscrit dans le champ de la géographie environnementale, proche des géosciences. Avec Jason Moore, Andreas Malm incarne le renouveau de la géographie environnementale au tournant du XXIè siècle. Par sa posture de géographe militant contre le « Capitalocène », il témoigne d’un net engagement politique dans sa discipline, dans le but notamment d’interpeller le champ politique sur la crise climatique, avec des travaux à différentes échelles pour une approche globale de l’environnement.

Son ouvrage L’anthropocène contre l’histoire. Le réchauffement climatique à l’ère du capital est un recueil d’articles dans lesquels Andreas Malm nous enjoint à requalifier le concept d’Anthropocène en Capitalocène, qu’il précise justement par une géohistoire des énergies fossiles et une approche écomarxiste.

Avant-propos

Andreas Malm débute en évoquant la catastrophe à laquelle Haïti (notamment sa pointe sud-ouest) a été affecté après le passage de l’ouragan Matthew en octobre 2016, un aléa climatique de plus en plus courant :
« Une semaine comme une autre au XXIè siècle, un phénomène météorologique extrême comme un autre : rien de plus normal désormais » (p. 7)

« Anthropocène »

Terme apparu dans les années 1980, utilisé par l’écologue Eugene Stoermer et popularisé dans les années 2000 par son collaborateur Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, avec son article « Geology of Mankind » (Nature, 415, 2002).

« Il désigne l’ère où les puissances humaines ont débordé les forces naturelles » (p.7).

Le changement climatique est l’un des symptômes de cette nouvelle ère, à la « capacité toute particulière de destruction généralisée » (p. 7).

C’est une  base du récit de l’Anthropocène, mais problématique.

Récits de l’Anthropocène

  • 1ère version : datée de la révolution industrielle et de l’invention de la machine à vapeur par James Watt (brevetée en 1784). La vapeur apparaît comme un saut qualitatif dans l’économie fossile.

« Économie fossile »

« Economie de croissance autonome basée sur la combustion d’énergie fossile » (p. 8).

=> Pb pour Malm, dans cette version les théoriciens de « l’Anthropocène » disent peu de choses sur les causes réelles de l’essor de la vapeur, et les raisons qui en ont fait une nécessité logistique. Cette lecture implique pour lui de remonter plus loin (à la 2ème version).

Pour autant c’est avec la transformation des modes de production via la machine à vapeur que s’opère le passage aux combustibles fossiles :

« les machines à vapeur n’ont pas été adoptées par des délégués naturels de l’espèce humaine : en réalité, [c’est] par les propriétaires des moyens de production » (p.9).

La première version mentionnant la capacité de manipulation du feu, bien que nécessaire au début d’une combustion d’énergie fossile, est ici insignifiante par rapport aux conséquences directes du changement global qui nous concerne (Malm ne vise pas une approche anthropologique).
– – –
2008 : pays capitalistes avancés du « Nord » = 18.8 % de la population mondiale, mais responsables de 72.7 % des émissions de CO² depuis 1850 (sans tenir compte des inégalités à l’intérieur de chaque nation.

Début XXIè s, 45 % + pauvres de la population humaine = 7 % des émissions de CO²

VS

7 % + riches = 50 % des émissions de CO2 produites

Selon Roberts Timmons et Bradley C. Parks (A Climate of Injustice: Global Inequality, North-South Politics, and Climate Policy, MIT Press, 2007), 1 Américain moyen émettait autant de CO2 que plus de 500 habitants de l’Éthiopie, du Tchad, de l’Afghanistan, du Mali, du Cambodge ou du Burundi, et plus que 100 Haïtiens.

L’accroissement démographique est un contrechamp du récit de l’Anthropocène à la condition que la combustion d’énergie fossile est largement attisée par la multiplication de la population humaine, c’est à ce titre que « l’espèce humaine peut en effet en être tenue pour responsable » (p. 12).

Il y a corrélation entre émission de CO²  et population humaine, mais avec une multiplication par 654,8 de la population humaine entre 1820 et 2010, contre 6,6 des émissions de CO².

Ce sont même des phénomènes dissociés d’après le travail de David Satterhwaite (« The Implications of Population Growth and Urbanization for Climate Change », Environment and Urbanization, 21, 2, 2009, p. 545-567), puisqu’entre 1980 et 2005 la population avait tendance à augmenter plus vite là où les émissions de CO² croissaient le plus lentement.

Pour autant, il reste vrai que l’utilisateur de combustible où qu’il soit est un être humain, comme mentionné dans le concept d’Anthropocène.
Paradoxe => « le changement climatique n’est dénaturalisé – transféré de la sphère des causes naturelles à celle des activités humaines – que pour être renaturalisé l’instant d’après, dès lors qu’on le rapporte à un trait humain inné » (p. 14)

« Comprendre que le changement climatique est « anthropogène », c’est en réalité prendre conscience qu’il est sociogène. Il est survenu comme la conséquence de rapports sociaux temporellement fluides qui se sont matérialisés dans le reste de la nature » (p. 14).

Parallèle avec Dipesh Chakrabarty « Le climat de l’histoire : quatre thèses » (2009)
→ réfléchit aux pièges de cette pensée fondée sur l’espèce et finit par y adhérer comme à un projet nécessaire d’après Malm, pour qui il « néglige ouvertement les réalités d’une vulnérabilité différenciée à toutes les échelles de la société humaine »

Ex :

  • Katrina ayant touché des quartiers noirs et blancs à La Nouvelle-Orléans
  • montée du niveau de la mer au Bengladesh et aux Pays-Bas
  • l’ouragan Matthews en Haïti et Floride

= une naturalisation de la question des moteurs du changement climatique, c’est-à-dire, « Des rapports sociaux de production entre personnes se présentent comme des rapports entre des choses et des personnes, ou encore des relations sociales déterminées apparaissent comme des propriétés naturelles sociales de choses » (Karl Marx).

« Si le réchauffement mondial est le résultat de la maîtrise du feu, ou de toute autre propriété de l’espèce humaine acquise lors d’une phase lointaine de son évolution, comment même imaginer un démantèlement de l’économie fossile ? » (p. 16).

Chapitres I et II sur les racines de la situation actuelle et l’essor de la vapeur dans l’Empire britannique au XIXè siècle.
Chapitre III : fictions littéraires sur les combustibles fossiles
Chapitre IV : concerne le présent :  « quels sont les effets des désastres climatiques actuels sur les luttes pour la liberté et la justice ? Des gens comme les petits paysans et les travailleurs de l’économie informelle du sud-ouest d’Haïti peuvent-ils être protégés des effets du changement climatique ? Y a-t-il une manière de réduire drastiquement les risques auxquels ils font face actuellement ? »

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