Ouvrage de référence sur le nazisme, Qu’est-ce que le nazisme ? de Ian Kershaw est publié en France en 1992, au moment où les travaux des historiens français portant sur la question du national-socialisme sont encore très modestes.

L’auteur est un historien anglais, médiéviste de formation, mais qui est progressivement devenu au cours des années 1990 le spécialiste de l’Allemagne nazie. Ses ouvrages se sont orientés sur la nature du pouvoir incarné par Hitler mais aussi sur le totalitarisme allemand et les limites de sa comparaison avec les expériences dictatoriales connues en Europe à cette même période.

Depuis la publication de cet ouvrage, de nombreux travaux sur le nazisme ont été réalisés et l’historien français Johann Chapoutot a notamment largement contribué à la question (voir les références bibliographiques plus récentes à la fin de la fiche).

Néanmoins, l’ouvrage de I. Kershaw possède un intérêt historiographique essentiel : il offre un large panorama des interprétations historiographiques du nazisme et permet, dans le cadre de la nouvelle question d’histoire contemporaine (Régimes et mouvements autoritaires en Europe, 1919-1939, session 2027/2028), de faire le bilan sur les débats autour de la définition du nazisme, entre phénomène unique, totalitarisme ou fascisme.

L’auteur examine les tensions entre les approches dites « intentionnalistes » (centrées sur la volonté de Hitler), et celles dites « structuralistes » (qui se concentrent sur la responsabilité des institutions et des crises sociales). Il détaille les limites des concepts de totalitarisme et fascisme dans le cadre d’un régime qui a pu aller jusqu’à l’horreur absolue de l’Holocauste. Enfin, il cherche à donner une lecture rationnelle du Troisième Reich, afin d’éviter d’emblée une condamnation morale.

Pour Kershaw, il est impossible d’avoir une réelle analyse et explication du nazisme qui puisse répondre à toutes nos questions, étant donné l’ampleur de l’horreur causée par ce phénomène.

Voici une synthèse des 11 chapitres qui constituent cet ouvrage, avec une sélection des éléments qui me semblent les plus utiles.

Chapitre 1 : « Les historiens et le problème de l’explication du nazisme »

 

I. Kershaw avance ici les difficultés méthodologiques et morales autour de l’étude du nazisme, en particulier en raison du rôle politique porté alors par l’historien allemand dans le contexte de la guerre froide. Ainsi, en 1986, se sont opposés les plus grands historiens allemands autour de la nature du nazisme (Historikerstreit ou querelle des historiens). Ceux d’Allemagne de l’Ouest ont joué un rôle davantage important car ils se sentaient investis par la mission de faire émerger une nouvelle « conscience nationale ».

Il y a trois dimensions à ces controverses historiques :

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