Mathieu Lahaye – UN MONARQUE FAIBLE ?, L’Histoire n°425, juillet-août 2016, pp 19-20

 

La puissance de Louis XIV est remise en cause par des historiens anglo-saxons comme William Beik, James B. Collins, Roger Mettam. ou Nicholas Henshall qui parle du « mythe de l’absolutisme ».

Selon eux, la négociation entre le roi et les élites représente la trame de son règne que ne fait pas disparaître l’hyper-personnalisation du règne :

– les parlements qui jouent toujours un rôle clé après la Fronde,

– les états qui négocient toujours les impôts (voir les travaux de Zoé Schneider sur la Normandie)

– les juges moins bien contrôlés par la monarchie qu’en Angleterre.

– et surtout : les élites négocient davantage entre elles qu’avec le roi, qui sert de « prête-nom » à une élite financière et militaire dont les intérêts sont liés à la guerre (dette colossale estimée à 1.5 milliard de livres en 1715) : la dette est détenue par des citadins possédant des titres de rente ou des offices, mais aussi par des fournisseurs de guerre et des financiers qui avancent une partie des impôts. Ce sont des dépenses qui bénéficient aux noblesses combattantes en premier lieu ; les élites qui deviennent des « actionnaires de la firme fiscale pour laquelle la guerre n’est pas une option mais une nécessité » (après 1693, Louis XIV laisse une grande liberté aux militaires après son retrait du front).

– Louis XIV est surintendant de ses propres finances après 1661 mais, il manque de compétences en la matière.

– sa politique religieuse de lutte contre le protestantisme et pour l’unité de l’Église de France ne l’a pas empêché de frôler l’excommunication sous Innocent XI.

– Versailles qui sert moins à domestiquer la noblesse (Norbert Elias) qu’à permettre à celle-ci de vérifier que Louis XIV respecte les traditions en reconnaissant le rang de chacun.

 

Donc le ton autoritaire de Louis XIV dans ses Mémoires serait plus une déclaration d’intention que la vérité, même chose pour les représentations de Charles Lebrun. Son fils Louis Auguste de Bourbon le présente comme manipulable.

 

« Loin d’être le siècle de Louis XIV, le Grand Siècle est d’abord celui d’une élite structurée par la dette car le roi n’est absolu que dans son obéissance au système ».