Cet ouvrage collectif sur la transmission de l’idéologie impériale dans l’Occident romain s’intéresse aux différents modes de diffusion choisis par les empereurs romains pour se faire connaître partout dans l’empire. Les empereurs ont pris soin de marquer chaque événement de leur carrière, mais aussi d’entretenir des liens directs avec les cités, afin d’en recevoir en retour des marques de fidélité, d’obéissance et de reconnaissance. Comme l’écrit Jean-Michel Roddaz dans l’introduction, le Principat d’Auguste fait naître une nouvelle forme de communication entre Rome et les provinces, organisée autour de deux thèmes qui unifient les deux premiers siècles de l’Empire: la concordia et le consensus. La richesse des empereurs leur permet d’entretenir ces relations et cette idéologie de la paix dans tout l’empire, ce que démontre la sélection d’articles les plus pertinents de l’ouvrage fichés ici. Cette fiche accompagne parfaitement une autre fiche sur Idéologies et valeurs civiques dans le monde romain, mais aussi l’article de Patrick Le Roux sur la « romanisation en question » et l’introduction de l’ouvrage de Patrick Le Roux: Romains d’Espagne (Armand Colin, 1985).

 

 

Introduction, Jean-Michel Roddaz

La communication dans le monde romain a suscité de nombreuses recherches depuis quelques années, sur les rapports entre gouvernants et gouvernés, sur les liens centre-périphérie. Les historiens ont beaucoup étudié les centres monumentaux des cités provinciales, leur décoration. Ils invitent alors à un réexamen de la diffusion de l’idéologie impériale, de ses vecteurs et de ses supports, des thèmes véhiculés, autour des notions de concordia ou de consensus (c’est-à-dire un désir de stabilité politique et de cohésion sociale, idéal civique partagé par tous). La concordia garantie par l’empereur aboutit à un consensus qui exprime l’aspiration à l’unanimité de la communauté. Le consensus renforce dès le règne d’Auguste la position du gouvernant et le prince déclare régulièrement en disposer. Ainsi, il assure la paix de l’empire. Mais c’est aussi la connivence des intérêts de l’empereur et de ceux des élites qui a permis la romanisation accélérée du monde indigène, le premier assurant la sécurité intérieure, les secondes garantissant la stabilité intérieure.
L’espace urbain a été conçu dans l’Antiquité comme un espace de représentation du pouvoir, et les transformations urbanistiques ont souvent été dictées par la volonté de mettre en scène le pouvoir impérial.

 

Epigraphie et réception de l’identité impériale : Auguste en Narbonnaise, Michel Christol

Sous la République, honorer les magistrats ou les promagistrats est rare ; à partir d’Auguste, quand la nature du pouvoir se transforme, l’épigraphie des diverses parties du monde enregistre cette évolution et même l’amplifie. Une transformation qui bouleverse les pratiques politiques, et une révolution épigraphique qui en résulte. Les inscriptions traduisent à leur façon les changements politiques produits au centre du pouvoir, et les nouvelles relations qui engagent les habitants de l’empire envers la personne qui domine la vie politique ; écho de ces transformations politiques, et témoignage sur l’ampleur qu’elles revêtaient.
Mais autres formes que l’écrit aussi : en Espagne, sous la forme du patronat et de l’hospitium. Commencent à apparaître des inscriptions fin République.
Le premier problème = nommer le prince. Fergus Millar (The Emperor in the Roman World, 1977) a montré l’intérêt qu’apporte une réflexion à cette question. il montre que les innovations qui apparaissent ne sont pas de pure forme. Le principat augustéen est une construction progressive. Cette construction se diffuse ensuite par des édits, décrets, actes administratifs divers qui sont gravés avec ces titulatures du prince construites dans le temps. Même des actes du gouverneur diffusent le nom du maître de l’Etat, le legatus se retirant devant l’autorité de l’empereur. Exemple dans les bornes milliaires. Les inscriptions s’y limitent à l’identité impériale : la dénomination du prince, suivie de l’énoncé de ses titres. Ce n’est que peu à peu que cette identité devient une titulature, c’est-à-dire une formulation stéréotypée. A l’époque augustéenne elle est encore en construction.
Dès lors, quel peut être le besoin de l’affichage répété de cette identité, sinon le souci de l’établir partout, en particulier sur le réseau routier ? Parfois, des ajouts qui servent de mise à jour de la titulature dans les milliaires. Pour montrer la prééminence du prince.
Il faut reconnaître une certaine importance à ce type d’intervention, qui, par l’intermédiaire des actes de ses représentants, fait diffuser l’identité de celui qui exerce l’autorité dans l’Etat. Ne pas s’étonner alors que des textes fort semblables apparaissent dans des provinces éloignées. Les actes administratifs ont diffusé avec fidélité l’identité la plus canonique, celle qui apparaît au début des actes normatifs. Ils reprennent toujours les formes des actes qu’envoie l’empereur à ses légats.
Sur les édifices publics aussi, donc dépend des statuts des cités. Principalement dans des municipes qui s’urbanisent et dans les colonies. Ces cités servent de prolongement à l’Italie, et vivent au rythme de l’Urbs, pour la diffusion de l’information officielle sur les grandes décisions honorifiques. Elles ont reçu certainement notification de toutes les étapes de la mise en place du principat augustéen. Les affichages ont sûrement diffusé et vulgarisé l’identité impériale et relaté l’accumulation des honneurs, des pouvoirs et des privilèges qui mettent à part le prince. Sinon, comment comprendre la décision des colons d’Arles d’honorer Auguste d’une réplique du clipeus virtutis, qui reprend avec une fidélité presque intégrale le texte des attendus officiels qui avaient justifié la décision du Sénat ? De la même manière, le culte impérial, surtout dans les colonies, permet d’entretenir des liens directs avec le prince. Toutes sont alors par leur lien le réceptacle de l’information officielle.
=>importance des titulatures impériales donc, surtout au moment de leur genèse. Rigueur, fidélité au modèle canonique, reflète les exigences de la mise en place du nouveau régime. Il importait d’afficher de toutes les façons l’éminence du prince. Mais aussi des innovations, des libertés, ne reprend que l’aspect personnel du prince, exempté des références à des pouvoirs ou des honneurs.

Les Clionautes multi-écran

Vous souhaitez lire la suite ?

Actifs dans le débat public sur l'enseignement de nos disciplines et de nos pratiques pédagogiques, nous cherchons à proposer des services multiples, à commencer par une maintenance professionnelle de nos sites. Votre cotisation est là pour nous permettre de fonctionner et nous vous en remercions.