Cette longue fiche porte sur le manuel Ellipses. Elle est découpée en plusieurs parties. Cette fiche comporte l’introduction générale et la première partie. Elle traite de la Réforme grégorienne.
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Introduction générale
Les rapports entre les institutions, l’Église et la société – terme un peu vague qui recouvre l’ensemble des populations organisées – intéressent de longue date les historiens, les juristes mais aussi les musicologues à cause de l’ampleur des thématiques concernées par les enjeux parfois parfois exacerbés qu’ils mettent en oeuvre.
Cadre géographique : la chrétienté latine est celle qui se reconnaît dans l’obéissance parfois difficile à la papauté ; de rite latin, ses clercs utilisent la Vulgate de Saint Jérôme, texte biblique appuyé sur la vetus latina, la vetus hebraica, la Septante que le Père de l’Église du IVe siècle a utilisées pour fignoler une traduction latine des textes. Cette chrétienté latine tend à s’homogénéiser mais il reste encore de nombreux îlots d’autonomie liturgique, notamment au Xe siècle. Elle dépasse les cadres géographiques de l’Europe à laquelle elle est souvent associée puisque les XIIe et XIIIe siècle la voient rayonner en Terre Sainte et pendant un demi-siècle à Constantinople entre 1204 et 1261, date de la reprise de leur capitale par les Byzantins. Cette chrétienté latine ne coïncide pas non plus avec l’Europe entière puisque la ligne de partage des chrétientés se situe dans les Balkans et en Europe centrale, mettant en contact direct les deux parties de la chrétienté.
Cadre chronologique : très large. Les bornes correspondent à :
- 910 : fondation de l’abbaye de Cluny, étape majeure dans la vie de l’Église latine et du développement d’un monachisme renouvelé
- 1274 : réunion du concile de Lyon II qui consacre les succès d’une papauté qui semble triompher des principaux obstacles que furent l’Empereur et les divisions. L’Église des temps centraux du MA est traversée par de profondes divisions tant théologiques que sacramentelles mais aussi politiques et intellectuelles qui en font une ruche fourmillante de débats, exclusions et condamnations mais aussi d’avancées et d’idées. La plupart trouveront une voie de réalisation à travers les hérésies qui se profilent. Cette longue chronologie (4 siècles) permet d’en voir l’évolution, de restituer des contextes, des temps de réussite et d’échec, jusqu’à un arrêt sur image mettant en valeur à la fois une papauté qui semble victorieuse et des royautés établies capables de tenir tête les unes aux autres, et d’assurer leur légitimité face à une institution ecclésiales débarrassée des querelles impériales.
L’intense activité littéraire, monumentale, iconographique, juridique, musicale qui anime la chrétienté latine pendant les siècles centraux du MA permet un renouvellement des problématiques liées aux grands mouvements qui parcourent l’Église, les pouvoirs ecclésiastiques mais aussi royaux et seigneuriaux, et qui s’étendant à toutes les sphères de la société, parfois de manière ténue et parfois de manière violente. Les enjeux de pouvoir et les conflits incessants qui parcourent la chrétienté apparaissent comme un problème majeur dans cette société en pleine évolution.
Dans le programme, une place spéciale doit être accordée aux débats historiographiques : la place centrale de ce que l’on appelle encore souvent la réforme grégorienne est un objet de débats entre historiens français mais aussi entre historiens français et étrangers ; les analyses successives sur le sujet témoignent de la vivacité de la réflexion et invitent à la prudence quant à des partis pris qui ne seraient pas étayés par une solide maîtrise des raisonnements qui diffèrent selon les époques et les écoles historiques.
Tout étudiant préparant le concours doit s’appuyer sur la base chronologique des règnes et des pontificats, des sources et des points de rupture, à définir selon les types de sujets, et, sans cesse, se reposer la question de l’écriture de cette histoire. L’historiographie est incontournable, elle permet de prendre du recul par rapport au discours des historiens et de relativiser ce qui relève de l’interprétation, toujours tributaire des modes et du contexte dans lequel écrit l’historien. Il s’agit de comprendre ce qui fait débat, toutes les options d’interprétation étant légitimes si elles s’appuient sur une argumentation informée et modérée.
Plan de l’ouvrage, en 4 grands thèmes non exclusifs et qui s’interpénètrent tous de manière très étroite :
- La première partie est consacrée à la réforme grégorienne ; la réflexion sur cette thématique constitue le coeur de la réflexion, et cette première partie a vocation à donner les arguments d’un débat soutenu, solide et construit pour être recevable quel que soit le choix scientifique du lecteur;
- la deuxième partie est consacrée à l’organisation générale de l’Église ; cela touche à ses structures institutionnelles, mais aussi à ses relations avec l’ensemble de la société ; la lente construction de la monarchie pontificale, les réformes monastiques et la naissances des ordres mendiants, la mise en place d’un droit de l’Église qui établit la place et le rôle de chacun dans l’expansion chrétienne. La croisade, prêchée par l’Église, dirigée par des princes laïcs, subie et vécue par l’ensemble de la société, joue un rôle d’interaction très important;
- la troisième partie s’interroge sur la légitimation et la contestation que subit l’Église dans la société, en quatres axes de discussion ; guerre, hérésie, liturgie, culte des reliques qui, situés au coeur de la vie de la société de la chrétienté latine, offrent un angle d’approche des interactions entre l’Église, les pouvoirs et la société;
- la dernière partie fait le choix de déclinaisons géographiques et politiques ; elle accorde une place importante aux relations à la fois conflictuelles et essentielles entre le roi de France (le roi Très Chrétien) et la papauté, et examine les cas de l’Empire, de l’Espagne, des mondes normands et anglais ainsi que de l’Europe centrale.
Première partie : la réforme grégorienne
Chapitre 1 : La réforme grégorienne, historiographie et tendances récentes de la recherche (Patrick Henriet)
On appelle couramment réforme grégorienne la réforme qui traverse l’Église depuis son sommet romain, à partir de la moitié du XIe siècle et plus particulièrement du pontificat de Léon IX (1049-1054) et qui s’est accélérée sous Grégoire VII (1073-1085). Cette “réforme grégorienne”, fait l’objet d’analyses souvent divergentes de la part des historiens. Le fait que certains d’entre eux utilisent volontiers les guillemets pour en parler dès lors que les événements décrits n’ont pas lieu sous le pontificat de Grégoire VII quand d’autres parlent encore de réforme grégorienne au début du XIIIe siècle montre bien la variété des positions. Les historiens ne parviennent ainsi pas un jugement partagé sur un phénomène dont tous reconnaissent pourtant l’importance dans l’histoire de l’Église et des sociétés occidentales.
Ce chapitre historiographique, non exhaustif, se concentre d’abord sur des travaux du XIXe siècle qui a été obsédé par la figure de Grégoire VII, puis sur les positions antagonistes d’Augustin Fliche et de Gerd Tellenbach au XXe siècle, enfin sur la Nouvelle Histoire du Moyen Âge et sur les interprétations actuelles qui la contredisent. Les auteurs médiévaux ne sont pas totalement délaissés, certaines positions modernes se trouvant déjà en germe dans leur interprétation contrastée des faits, mais il faut noter qu’après le XIIe siècle et avant la Réforme, ils n’ont accordé qu’assez peu d’importance à ce que nous appelons aujourd’hui la “réforme grégorienne” (Cowdrey, 1998).
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