Cette longue fiche porte sur le manuel Ellipses. Elle est découpée en plusieurs parties. Cette fiche comporte la deuxième partie. Elle traite de la monarchie pontificale et des différentes ramifications de l’institution ecclésiastique.

Les autres fiches:

Deuxième partie : l’organisation de l’Église

Chapitre 4 : la construction de la monarchie pontificale (Pascal Montaubin)

I.

Dans son historiographie propre, la papauté ne s’est pas pensée autrement que comme la succession de pontifes romains à partir de saint Pierre (prince des apôtres et premier évêque de Rome), martyrisé à Rome vers 68 ap. J.C. Si tous les historiens s’accordent à considérer le milieu du XIe siècle comme un “tournant de l’histoire pontificale” (Schieffer, 2002), la papauté triomphante des XIe-XIIIe siècles n’a pas écrit sa propre histoire : le Liber pontificalis, “suite de biographies pontificales” et historiographie officielle de la papauté, florissante du VIe au IXe siècle, s’est tari par la suite.

Par-delà les approches historiographiques du XIXe siècle, insistant soit sur la continuité d’un programme idéologique des papes depuis l’Antiquité jusqu’au XIIIe siècle (Augustin Fliche, 1924-1937; Walter Ullmann, 1970), soit sur les évolutions, contingences et accidents et repoussant la théorie d’une action systématique a priori dans la politique des différents papes (Barraclough, 1969 ; Whalen, 2014), les historiens modernes cherchent à contextualiser les idées pontificales, à déterminer ce qui relève de chaque pontife et ce qui est du à des facteurs extérieurs à eux.

Les recherches récentes sur la période montrent combien, du milieu du XI au XIIIe siècle, les initiatives locales sollicitant le pape pour résoudre un problème n’ont pas moins contribué que l’ambition des papes eux-mêmes à favoriser la centralisation du pouvoir dans l’Église au profit du pontife romain, ainsi que l’homogénéisation de la société chrétienne occidentale (Johrendt et Müller, 2008 et 2012).

A) L’héritage du premier millénaire chrétien

Au début du Xe siècle, l’évêché de Rome est une institution pluriséculaire qui revendique sa création par deux apôtres de premier ordre : Pierre, que Jésus Christ avait placé à la tête de ses disciples, et Paul, qui structura la première doctrine chrétienne écrite; tous deux sont martyrisés à Rome vers 64-68. L’Église s’institutionnalise avec la tolérance envers le christinisme, instaurée par l’empereur Constantin Ier en 312. L’évêque de Rome (qualifié de “pape”, c’est à dire “père” depuis IIIe siècle) est à la tête d’une province ecclésiastique regroupant les évêchés d’Italie centrale, et d’un patriarcat recoupant la partie occidentale de l’ancien empire romain, sachant que les quatre autres (Constantinople, Jérusalem, Antioche et Alexandrie) se trouvaient dans la partie orientale.

La papauté romaine se voit reconnaître une primauté d’honneur au IIIe siècle, mais l’évêque de Rome revendiquait aussi une primauté dans le magistère (définition de la foi), et la juridiction (discipline ecclésiastique et manière de vivre des chrétiens) depuis le IV siècle. Ces prétentions lui furent régulièrement disputées par le patriarche de Constantinople et une grande partie de l’épiscopat et des souverains au haut Moyen Âge. Toutefois, il est indiscutable que le siège épiscopal de Rome (qualifié de siège apostolique depuis le IVe siècle) jouit d’un immense prestige religieux lié à la dévotion pour les apôtres martyrisés et enterrés à Rome. Dès le haut Moyen Âge, les sources – certes rares – montrent le pape intervenir dans des affaires qui ne concernent pas sa province ou son diocèse : demandes d’aide d’églises ou de monastères lointains, confirmation  et concessions de droits et privilèges, arbitrages de conflits locaux, etc. À partir de 800, le souverain pontife s’arroge le monopole du couronnement impérial.

B) Le siège romain du début du Xe au milieu du XIe siècle

Après le déclin des empereurs carolingiens (888 : mort de Charles III le Gros, dernier empereur carolingien ayant réuni sous son sceptre l’ensemble de la Francie occidentale), le siège apostolique, sans protecteur, est la proie des appétits de l’aristocratie régionale : on a parlé d’Adelpapsttum (papauté aristocratique).
Les Théophylactes dominèrent la scène politique romaine entre 904 et 1044, d’abord directement puis par des rameaux divergents et souvent rivaux : les Crescenzi (1003-1012) et les Tuscolani (1012-1044). Ils eurent à contenir les ambitions impériales d’Otton Ier, roi de Germanie devenu roi d’Italie. A la faveur de la révolte de Bérenger II, roi d’Italie vassal d’Otton Ier – qui menace les terres pontificales en 960 – Otton Ier (empereur du saint-empire romain germanique, 962-973) reçoit le couronnement impérial le 2 février 962; le titre impérial n’avait plus été donné depuis 924; il confirme les confirmations territoriales faites par les Carolingiens à la papauté, mais impose à tout nouveau pape de lui prêter serment avant de recevoir la consécration épiscopale.

Si les empereurs du saint-empire s’intéressent assez peu – mis à part Otton III (996-1002) – à la ville de Rome au Xe siècle, les ottoniens doivent pouvoir compter sur un pape conciliant afin de conserver la couronne impériale dans la famille : en 963, Otton Ier fit déposer par un concile Jean XII qui s’était émancipé de la tutelle impériale, et imposa Léon VIII comme successeur.

L’histoire mouvementée du Siège apostolique au Xe siècle n’a pas terni son prestige pour ses contemporains. Les papes tusculans ont oeuvré pour la reconstitution du temporel ecclésiastique et ont consolidé le pouvoir pontifical localement (un aspect poursuivi par les réformateurs “grégoriens”). Même si la papauté ne joue pas un rôle de meneur à l’échelle de la Chrétienté, elle reste considéré comme un rempart surnaturel et judiciaire pour les établissements face aux pouvoirs ecclésiastiques et laïcs locaux, comme le montre la décision de Guillaume d’Aquitaine de placer sa fondation monastique de Cluny sous la protection pontificale (au détriment de l’évêque et du comte) en 910.

C) La réforme de l’Église romaine

À partir de 1046, Henri III (empereur du Saint-empire romain germanique, 1046-1056) prend le contrôle de la papauté, fait élire des papes d’origine germanique, et exporte à Rome la réforme ecclésiastique de type impérial.

Les années 1056-1074 voient le passage de la coopération étroite entre la papauté et la cour impériale à la rupture souhaitée par une papauté radicale (“grégorienne”), tandis que persistait une autre papauté, conciliatrice, des “antipapes” soutenus par l’empereur (Müller et Holz, 2012).

II. De la primauté pontificale  à la monarchie pontificale universelle

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