Cette longue fiche porte sur le manuel Ellipses. Elle est découpée en plusieurs parties. Cette fiche comporte la quatrième partie. Elle traite des rapports entre l’Eglise et la monarchie en France.

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Quatrième partie : déclinaisons géographiques et politiques

Chapitre 13 : Église et pouvoirs dans le royaume capétien (jusqu’au début  du XIIe siècle (Dominique Barthélémy)

Le royaume capétien ne s’appelle pas encore tout à fait France : l’expression n’englobe pas, au XIe siècle, les régions méridionales, la Bretagne ni la Normandie. Ce royaume ne recouvre d’autre part pas toute la France puisque la Lotharingie se proclame volontier “France de Lothaire” , appelant sa voisine “France de Charles” (du nom de Charles le Chauve, 840-877). Les premiers rois capétiens ne disposant que d’une préséance, toutes les régions ne sont pas rassemblées autour d’eux et même le récit national depuis le XVIIe siècle a insisté sur sont éclatement et sur le déchaînement des guerres civiles, comme pour mieux mettre en valeur la construction nationale ultérieure. Sans parler d’un certain particularisme de chacune des provinces ecclésiastiques, avant la réforme grégorienne. Il ne faut toutefois exagérer ni l’absence d’autorité ni celle de lien social. En dépit d’une indéniable dispersion des pouvoirs régaliens, un sentiment d’appartenance demeure et la diffusion des paix diocésaines, même incomplète et fragile, apparaît par exemple comme l’une des destinées communes à de nombreuses régions : une destinée française, et même englobant la Lotharingie et le royaume de Bourgogne, une quasi-spécificité de ce que l’Église continue d’appeler “les Gaules”.

I. Le poids des évêques avant la réforme grégorienne (987-1049)

A) Hugues Capet et Robert le Pieux

Comme dans les royaumes d’empire, le roi des Frances est, dans le principe, un héritier des grands Carolingiens. Il gouverne avec l’appui de deux élites, ou plutôt deux “milices” ecclésiastiques et séculières, avec leur dignitaires : évêques et abbés (prélats) d’un côté, comtes et vassaux royaux (princes) de l’autre. L’avènement de la dynastie des capétiens a été traditionnellement perçue comme une rupture d’importance par l’histoire de France traditionnelle. Or, Ferdinand Lot (historien français, 1866-1952), fort d’une lecture attentive de Richer de Reims, soulignait au contraire le peu de portée et de retentissement de ce qui a ressembler à un non événement : un an après la mort de Lothaire (roi des Francs, 954-986), son fils Louis V mort sans descendants en mai 987, prélats et princes participent en bon ordre à l’élection de Hugues Capet (roi des Francs, 987-996). En 987, Adalbéron, archevêque de Reims, promet aux vassaux électeurs du roi qu’avec Hugues Capet leurs biens et leur statut leur seraient garantis comme avant. Alors que les derniers Carolingiens avaient été affaiblis par leur rivalité avec la lignée robertienne – dont procède justement Hugues Capet – les Capétiens règnent désormais sans compétiteur direct et leur légitimité est peu contestée. Leur substitution aux Carolingiens est donnée par des auteurs monastiques comme la récompense de dons généreux envers les églises, hors il n’y a aucune raison de penser que les Capétiens eurent besoin de recevoir à ce moment un surcroît de consécration de la part de l’Église.

L’idée de la surenchère sacrale, développée par Jacques Le Goff (historien français, 1924-2014) ou Geoffroy Koziel (historien américain) provient de la Vie de Robert le Pieux, écrite par le moine Helgaud de Fleury. Fils d’Hugues Capet (roi des Francs, 996-1031) associé à son père par un sacre royal dès Noël 987, Robert ne respecte pas spécialement les lois de l’Église dans sa jeunesse – il se met notamment en faute par son deuxième mariage avec Berthe de Blois – et, comme beaucoup de chevaliers sur le retour, multiplie les aumônes et les gestes de piété sur la fin de sa vie. Les miracles de guérison qu’on lui prête, relatés par Helgaud qui tente de le montrer digne de la prière monastique après sa mort, pour le repos de son âme, rappellent ceux attribués au comte Géraud d’Aurillac (mort en 909) par Odon de Cluny dans les années 930 : on ne sait pas vraiment s’il faut les attribuer à la piété personnelle de Robert, à son statut de roi ou aux deux. Par ailleurs, Helgaud, moine peu au fait des enjeux de pouvoir, omet de présenter Robert comme le guerrier et le justicier qu’il a aussi été : en 1022, le roi réprime par exemple l’hérésie à Orléans.

B) Rois, évêques et grands

L’avènement de la dynastie capétienne doit beaucoup à deux prélats, Adalbéron de Reims qui fait élire Hugues Capet en 987, et son nouveau Adalbéron de Laon qui lui livre en 991 son rival carolingien Charles de Lorraine, venu lui disputer le royaume ou au moins Reims et Laon.

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