Sarah Mohamed-Gaillard est maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’INALCO, spécialiste de l’histoire et de la géopolitique de l’Océanie et de la politique de la France en Océanie. Sa thèse soutenue en 2005 porte sur « La politique de la France dans le Pacifique sud de 1946 à la fin des années 1990 ».
Introduction
L’Océanie s’étire d’Hawai’i (selon l’orthographe autochtone très présente dans l’archipel) au nord, Rapa Nui (île de Pâques) à l’est, la Nouvelle-Zélande au sud, et englobe l’Australie, la Papouasie-Nouvelle-papGuinée et les îles de Micronésie à l’ouest.
Sa superficie est de 8,5 millions de km² pour ≈ 47 millions d’hab en 2025.
Malgré son immensité, le continent est longtemps délaissé par les analyses des relations internationales ; ses îles et archipels étaient considérés comme insignifiants du fait de leur dispersion, leur exiguïté terrestre, et leur démographie et richesses limitées. Les représentations occidentales faisaient la part belle aux étendues terrestres : l’Australie et la Nouvelle-Zélande (NZ).
Au total : 24 États et territoires insulaires, avec une grande diversité de trajectoires historiques, sociales et politique. On dénombre 14 États indépendants, des territoires librement associés à leur ancienne métropole (îles Cook et Niue pour la NZ, Guam pour les USA, …), d’autres liés à une métropole et jouissant d’une autonomie + ou – marquée (Nouvelle-Calédonie, Rapa Nui, Tokelau pour la NZ, …)
La région suscite des attentions (/appétits) nouvelles, pas de même nature ou ampleur, qui viennent complexifier une scène régionale historiquement dominée par les puissances présentes depuis le XIXème siècle. Cette diversité d’influences offre aux États insulaires une multitude de partenariats qui peuvent participer à une forme d’émancipation
Le FIP est le Forum des îles du Pacifique : une stratégie de Blue Pacific qui défend les priorités politiques et sécuritaires des PICs (Pacific Island Countries, terme générique utilisé pour rassembler les territoires d’Océanie) et promeut une pratique océanienne de la diplomatie
CHAPITRE 1 : L’OCÉANIE, DANS L’ŒIL DE L’OCCIDENT
« Pendant trop longtemps, nous avons laissé un sentiment de petitesse influencer notre vision et notre projection vers le reste du monde. […] Je pense que le moment est venu, en tant que région, de déployer des efforts concertés pour nous définir selon nos propres termes ».
Henri Puna, Premier Ministre des îles Cook de 2010 à 2020
L’Océanie est perçue comme une « mer d’îles » (d’après l’expression de Epeli Hau’ofa, intellectuel tongien, 1998), au coeur d’un océan stratégique.
I) De quoi l’Océanie est-elle le nom ?
a) Un océan de diversité ?
Une diversité démographique
- Les grands : Australie 27 millions d’habitants ; Papouasie NG : 10 ; NZ 5 : Hawai’i 1,5 ;
- Entre 300 000 et 1 million : Fidji (0,9) et Salomon (0,8) ; puis Vanuatu 0,3 ;
- Dans les 200 000 habitants : Nouvelle-Calédonie (290 000), Poly française (280 000), Samoa (200 000).
- < 15 000 hab : Îles Cook, Nauru, Wallis et F, Tuvalu ;
- < 2500 = Tokelau, Niue et Pitcairn (moins de 40 habitants)
=> La population d’Océanie est à la fois démographiquement très limitée et dispersée sur un très vaste ensemble océanique ; mais cela n’empêche pas de très fortes densités du fait de l’urbanisation et le fort tropisme de certaines îles (ex : la moitié de la population de Polynésie française vit sur l’île-capitale de Tahiti).
Une diversité géophysique

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