Cette fiche est réalisée à partir de quelques articles de la revue Les cahiers de Science & Vie n°152 d’avril 2015 : « Le siècle de Voltaire : l’ombre des Lumières » et d’articles du site EHNE.fr (Sorbonne Université). Elle permet une remise à jour rapide de ce qu’est le « mouvement des Lumières » dans sa diversité européenne, les réseaux et les voyages des philosophes en Europe ainsi qu’une mesure de l’impact (réel ou supposé) des idées philosophiques sur les mouvements révolutionnaires de la fin du XVIIIe siècle en Europe et en Amérique.
Les Lumières de la raison et de l’émancipation
Le XVIIe siècle est marqué par l’impossible unité religieuse ou politique du continent européen : guerres de religion, guerre de Trente Ans, rivalités entre monarchies catholiques française et espagnole, échec des « empires universels ». Pour les intellectuels contemporains, à la fin du XVIIe siècle, c’est ce sentiment de division, ajouté aux voyages de découverte, aux progrès scientifiques, au sécularisme naissance, qui promet d’ouvrir une nouvelle ère pour l’Europe.
Les « Lumières » désignent donc un mouvement de pensée, porté par les philosophes européens. Il a entraîné une grande partie de la société occidentale du XVIIIe siècle (« l’opinion » de Jurgen Habermas) dans un profond bouleversement.
Il peut être utile de rappeler ici les propos d’Emmanuel Kant dans Qu’est-ce que les Lumières ? (1784) : « la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la tutelle d’un autre ».
Les philosophes des Lumières sont portés par la croyance dans le Progrès de l’esprit humain. Ils sont dotés d’un réel optimisme et ont foi en l’avenir.
Parmi les projets de refondation intellectuelle, il faut citer les « paix perpétuelles » comme ceux de l’abbé de Saint-Pierre (1713), de Jean-Jacques Rousseau (1761) ou d’Emmanuel Kant (1795).
En effet, le traité d’Utrecht (1713) qui met fin à la longue guerre de succession d’Espagne (1701-1713), affirme la reconnaissance d’une respublica christiana à l’échelle du continent, dont les membres s’obligent mutuellement à des usages policés et normés. La diplomatie louisquatorzienne, le développement des salons dans les grandes capitales, la réputation des artistes (peintres, musiciens, chanteurs d’opéra, acteurs au théâtre) et la naissance du Grand Tour promettent de dessiner une Europe politique nouvelle, entendue comme un cénacle d’États, une association fédérative fondée par contrat dont le principe est le dialogue – le « concert des nations » – permanent et l’arbitrage pacifique des conflits.
Malgré tout, le XVIIIe siècle est marqué par la guerre… Pire : ces conflits armés s’étendent sur de nouveaux théâtres : en Amérique, en Afrique, en Asie. Guerre de succession d’Autriche (1740-1748), guerre de Sept Ans (1756-1763), guerre d’indépendance américaine (1776-1783) : la guerre mondiale des Européens est sœur de l’idée de paix perpétuelle.
L’Europe des idées neuves

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