Antoine Bénézet est le plus célèbre des Quakers engagés contre la traite et l’esclavage des Noirs. Mais d’autres noms peuvent être associés à son combat avant lui : Bénézet n’est en réalité que le dernier (et le plus ardent) des critiques intellectuels, moraux et religieux du « long XVIIIe siècle » (1688-1807). Le mouvement des Quakers est en effet invité à prendre ses distances face à la traite et à l’esclavage depuis la fin du XVIIe siècle.

Le premier mouvement Quaker

La Religious Society of Friends est créée en Angleterre par des dissidents anglicans au milieu du XVIIe siècle. Les membres se nomment entre eux « Amis », comme les révolutionnaires français se nomment « citoyens ». Le mouvement Quaker est donc souvent simplifié comme « Société des Amis [Quakers] ».

George Fox aurait eu une vision lors de ses tribulations en Angleterre. Le nom de « Quaker » provient du tremblement « quaking » que Fox associe son émotion religieuse lors des révélations. Ilt commence un ministériat dissident en 1648. Les Quakers adoptent une organisation rituelle simple : c’est une congrégation divisée en assemblées locales pour le culte, et en réunions pour traiter des affaires de leur Eglise.

La Société des Amis se distingue par l’absence de credo et de structure hiérarchique. Pour les Quakers, la croyance religieuse est personnelle et chacun est libre de ses convictions.

Souvent pourchassés parce qu’ils refusent de prêter serment, de payer la dîme ou de porter une arme, ils sont rapidement exclus d’Angleterre. Le mouvement se développe surtout dans les colonies britanniques, en particulier en Pennsylvanie, au cours du XVIIIe siècle.

La Pennsylvanie : une colonie puritaine mais esclavagiste

La Pennsylvanie est une colonie de propriétaire dont la charte a été achetée par William Penn en 1681. William Penn adhère à la Société en 1667. Persécuté, arrêté et emprisonné à la Toru de Londres en 1668-1669, il développe le projet de s’exiler en Amérique du Nord pour y créer une colonie où les Amis pourront vivre en sécurité. Avec la mort de son père, il a hérité d’une forte dette du roi Charles II : en échange du remboursement de cette dette, Penn négocie avec le roi la cession d’un vaste territoire à l’Ouest du New Jersey. Il fonde Philadelphie (« l’amour universel et fraternel ») en 1682.

La jeune colonie Quaker prospère rapidement. Tous les immigrants ne sont pas cependant des Quakers. En 1721, il y a 60 000 colons Blancs et 5 000 Noirs libres ; en 1750, il y a au total 150 000 habitants, dont 5 à 8% ont des ancêtres africains. En 1767, il y a à Philadelphie 16 000 habitants, dont 1 400 esclaves. Même si Philadelphie, comme Boston, devient l’un des grands centres anti-esclavagistes des Treize Colonies à partir de 1739, l’esclavage n’y est pas illégal. Les chiffres sont cependant sans commune mesure avec la colonie voisine de Caroline du Sud, où résident 2 esclaves Noirs pour un colon Blanc.

La majorité des esclaves présents en Pennsylvanie ne viennent pas d’Afrique mais des Indes Britanniques (les Caraïbes). Ils sont entrés dans la colonie par le port de Philadelphie. Afin de dissuader l’importation d’esclaves, la colonie a mis en place des taxes sur l’importation des adultes noirs (40£).

Il y a toutefois peu de plantations en Pennsylvanie : les esclaves sont employés comme domestiques, parfois comme artisans, ou comme travailleurs dans l’industrie et la sidérurgie. Les esclaves de Pennsylvanie étaient généralement logés dans les maisons de leurs maîtres et étaient plutôt bien nourris et habillés (même si les journaux font état d’esclaves en fuite et qu’il existe l’équivalence d’un « Code Noir » défini par l’assemblée coloniale entre 1700 et 1725). Dans de nombreux cas, ils étaient traités comme des membres de la famille. Les propriétaires permettaient souvent à leurs esclaves de se marier. Beaucoup de Noirs furent instruits dans la religion chrétienne. Les Quakers étaient encouragés à amener leurs esclaves aux réunions pour leur culte.

Quand les Quakers renoncent à leurs idéaux…

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