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Chapitre 1 : L’Empire à la fin du XIIe siècle

L’Empire est fondé par Otton 1e en 962. Il représente une triple couronne : royaume de Germanie, royaume d’Italie, et depuis 1032, royaume de Bourgogne.

Le royaume de Germanie

Les vallées fluviales concentrent population, flux et échanges : vallées rhénane, danubienne, meusienne. La ville la plus importante est Cologne, dont les marchands sont marchands présents à Londres et font affaires en mer du Nord, avec la fondation de Lubeck en 1158 sur la Baltique, signant l’ouverture vers le commerce slave et scandinave. A part ces deux grands marchés internationaux, des relais le long du Rhin (Bâle, Strasbourg, Worms, Spire, Mayence) ou sur des croisements d’axes routiers (Dortmund, Francfort) symbolisent une vie urbaine encore balbutiante.
Le pays est avant tout rural. Seigneurs laïcs et ecclésiastiques se partagent le sol germanique. Au cours du XIIe, le fractionnement des réserves de beaucoup de seigneuries entraîne l’attribution de chartes de franchises : les populations rurales bénéficient d’un droit nouveau (mais restent les taxes serviles). Cela ajoute à la division libre/non-libre la division d’appartenance à une localité affranchie ou non (protection contre l’arbitraire seigneurial).
Weistum : répertoire des droits des seigneurs et de leurs sujets, en Allemagne du Sud-ouest (charte de Beaumont dans les franges occidentales de l’Empire).
Ces nouvelles relations sont la base d’un mouvement généralisé de conquête du sol :
– à echelle locale avec défrichements et poldérisation (Frise).
– à échelle impériale avec le mouvement du Drang nach Osten par lequel les seigneurs allemands conquièrent les terres comprises entre l’Elbe et l’Oder sur les populations slaves, et y installent des paysans de langue germanique.
Le groupe nobiliaire allemand jouit de grands privilèges : droit de vengeance privée, port d’armes, droit de détenir un fief militaire et de s’engager dans les liens vassaliques. En tant que guerriers professionnels ils sont dispensés d’impôts, participent aux tournois, hérédité de droit de leurs titres et propriétés, armoiries.
Mais à côté d’une élite puissante, au statut nettement défini depuis Frédéric Barberousse, les principes, les Fürsten, la noblesse germanique présente une série de distinctions fondées sur la fortune et la puissance politique. Les princes d’Empire forment le Reichsfürstenstand, seigneurs qui disposent d’au moins 2 comtés (comme les ducs : Bavière, Saxe, …) : 92 princes d’Empire ecclésiastiques et 22 laïcs s’y trouvent. Les landgraves sont les comtes qui ont conservé les droits de haute justice sur l’ensemble du comté d’origine carolingienne. Autre exception parmi les comtes : les comtes palatins qui président le tribunal en l’absence du souverain, et de veiller à l’intégrité du domaine royal et rendre éventuellement la justice (XIIe) = fonctions subalternes. Les seigneurs ecclésiastiques furent souvent protégés par les souverains, ce qui leur permis de constituer un vaste temporel ecclésiastique, à l’instar de l’évêque de Cologne (importants domaines et vaste clientèle). La noblesse guerrière est divisée (en 4 sous Barberousse) avec comme vassaux de base de simples chevaliers. Cette classe nobiliaire a obtenu le principe de réinvestiture obligatoire des fiefs vacants (Leihezwang), le souverain ne peut confisquer de terres pour grossir son domaine, ses revenus et son autorité.
La ministérialité est une originalité de la société allemande. Les seigneurs et le souverain confient à des serviteurs des offices particuliers (ministeria) : domestiques (cuisiniers, valets, artisans) ou administratifs (maire, forestier). Cette pratique a pris dans ce pays des proportions considérables. Ils sont soit nourris/logés/blanchis (une prébende), mais le plus courant est qu’ils reçoivent une tenure et prête donc serment de fidélité au seigneur (pas l’hommage comme un vassal libre). Ils s’entourent d’eux dans leurs déplacements, ce qui forme une sorte d’aristocratie de ministériaux. Ils adoptent l’armement et les mœurs chevaleresques. A la fin du XIIe, la majorité n’a pas intégré la hiérarchie du Heerschild et restent marqués de tares serviles. Ceux du roi ont des tâches importantes comme administrer certains domaines impériaux. Certains ont de grandes carrières, comme Markward d’Anweiler qu’Henri VI fait duc de Ravenne, ou Conrad d’Urslingen devenu duc de Spolète. Ils constituent de précieux auxiliaires de la royauté.
La noblesse se considère comme un groupe social particulier, et se réclament d’un droit propre, le droit des fiefs (Lehnrecht). Cela se voit dans le procès intenté par Barberousse à Henri le Lion en 1180 qui se déroule en 2 temps : action publique selon le droit territorial (Landrecht) et une seconde action selon le droit féodal, par laquelle le vassal perd son fief, le duché de Bavière. Il y a dans l’Empire un enchevêtrement des régimes juridiques : droit paysan, urbain, territorial.

Le souverain germanique est élu par les principes (=princes ecclésiastiques et laïcs). Ils le choisissent à l’unanimité et doivent donc se mettre d’accord avant (ils se limitent souvent par tradition à la famille royale). L’élection est suivie d’un couronnement à Aix-la-Chapelle. Les archevêques de Cologne, Mayence et Trèves procèdent à l’onction, puis remise des insignes royaux. Il est ensuite intronisé et s’appelle roi des Romains, son autorité s’étend alors sur la Germanie, l’Italie et la Bourgogne. Ce titre désigne de plus le candidat à l’Empire (couronnement par le pape à Rome). Deux familles se disputent la couronne au XIIe : les Welf et les Hohenstaufen. Les Welf ont principalement la Bavière, nord du royaume (Saxe). Les Hohenstaufen ont le duché de Souabe, sud-ouest (châteaux dans le Jura). En 1152, l’élection de Barberousse semble annoncer la paix : réconciliation avec Henri le Lion. Ayant récupéré son duché de Bavière, il le consolide à tel point qu’il contraint Barberousse à l’achever par un double-procès en 1180. C’est une étape fondamentale de la féodalisation de l’Etat (H. Mitteis, Des Staat des hohen Mittelalters, 1974). Barberousse s’y place au sommet de la hiérarchie féodale, dominée par les princes d’empire qu’il appelle à juger Henri. L’adhésion des comtes au nouvel ordre féodal voulu par Barberousse légitime la nouvelle constitution du royaume fondée sur une société d’ordres. Pour affaiblir Henri, Barberousse a concédé des privilèges particuliers à divers princes (titres) qui étendent la féodalisation de l’Etat en le transformant en une « somme de fidélités rétribuées ». Barberousse a donc été à l’origine d’un développement nouveau du royaume de Germanie vers une fédération de principautés territoriales.

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