Afin d’aider les candidats à la préparation du sujet d’histoire médiévale sur « Ecrit, pouvoirs et société en Occident aux XVII-XVe siècles », cette fiche vise à proposer plusieurs éléments de repères chronologiques permettant d’entrer dans la question. En effet, la lettre de cadrage (https://media.devenirenseignant.gouv.fr/file/agreg_externe/76/8/p2020_agreg_ext_histoire_1112768.pdf) invite les candidats à « s’interroger sur la place qu’occupe l’écrit dans ses rapports avec les pouvoirs et la société en Europe » et précise d’emblée que « le sujet entend mettre l’accent sur la forme matérielle de la production et de la réception de l’écrit mais il implique également une approche d’histoire culturelle et sociale qui en étudie les fonctions et les usages. C’est pourquoi cette étude est articulée à une histoire des pouvoirs à l’échelle de l’Angleterre, de la France, ainsi que des péninsules italienne et ibérique ». La question est donc à la fois culturelle, sociale et politique. Son traitement s’appuie sur une connaissance précise du contexte et des évolutions politiques de chacun des territoires concernés.

Cette fiche de lecture condense des apports utiles pour tous les espaces du sujet en-dehors de la France. Pour ces territoires parfois éloignés et moins connus des candidats, elle est une première approche du sujet, permettant de le contextualiser.  Elle doit être accompagnée de lectures supplémentaires, dont plusieurs sont accessibles sur notre site.

Une révolution au Moyen-Âge, lire et écrire », revue L’Histoire, septembre 2019

Ce qu’écrire veut dire au Moyen Age, Joseph Morsel

Les écritures ordinaires, Paul Bertrand

Les éléments présents sont extraits de :

  • Jean-Pierre Delumeau, Isabelle Heullant-Donat, L’Italie au Moyen-Age, Hachette, 2000.
  • Jean-Philippe Genêt, Les îles britanniques au Moyen-Age, Hachette, 2005.
  • Dominique Menjot, Les Espagnes médiévales (XIIe-XIVe siècles), Hachette, 2013.

 

1. L’Italie: contexte et approches politiques de la question

  • Arguments pertinents pour la question

 Sur la papauté à partir du XIIe siècle

Dès les 1060s, la papauté commença à mettre en place une constellation de points d’appui, castra dépendant spécialement de l’Église romaine. C’est le début de la mise en place d’un réseau de castra specialia sanctae Romanae Ecclesiae. Sur ces castra, le pape détient le districtus (pouvoir banal), et les habitants sont sujets de l’autorité apostolique. Les anciens seigneurs castraux ne sont en général pas évincés, mais intégrés en tant que feudataires.

Se développa enfin, à partir du XIIe siècle surtout, un appareil dirigeant adapté à une double-tâche : la direction de l’Église et le gouvernement d’un État territorial. Du haut Moyen Age, la papauté avait hérité la bureaucratie du palais du Latran, qui s’était développée au Xe siècle. Dès la deuxième moitié du XIe siècle, le palais du Latran déclina au profit de la curie pontificale, en fait un ensemble de rouages adaptés aux nécessités nouvelles. A sa tête, se situe le clergé cardinal, dont le rôle fut crucial dans la réforme de l’Église et dont la composition fut précisée à partir de 1059. Les cardinaux élisaient le pape, mais ils remplissaient aussi des fonctions de légats et d’agents du pape dans la gestion du Patrimoine : des affaires judiciaires, militaires ou féodales pouvaient leur être confiées. D’Innocent III à Boniface VIII, plusieurs papes remarquables du XIIIe siècle furent des curialistes issus de la noblesse du Latium méridional. Le cardinal-camérier acquiert un rôle majeur : ainsi, à la fin du XIIe siècle, Cencius camerarius, le futur Honorius III (1216-1227), qui dressa le Liber censum de l’Église romaine, en fait un vaste cartulaire, d’ailleurs hétérogène, des biens et revenus de la papauté. Quant à l’administration du Latium, elle devint du ressort d’une Curia Campaniae, supervisée par un rector.

Podestat et communes italiennes (XIIe s – XIIIe s)

Les communes italiennes étaient divisées en factions « parrainées » par des familles dominantes : les communes du XIIe siècle avaient été le plus souvent dirigées par des collèges de consuls ; mais dans les grandes occasions, on convoquait l’assemblée des citoyens (arengo, parlamentum, concio). L’essor démographique et l’évolution de la politique communale amenèrent son effacement, au profit d’assemblées larges comptant plusieurs centaines de membres. Dès les 1150s qui furent un temps d’expérimentation ; plusieurs cités tentèrent la solution d’un magistrat suprême unique ; les impériaux enracinèrent cette innovation en installant parfois des podestats allemands, peu populaires, mais qui gouvernèrent au-dessus des factions.

Le recours à la podestatie ne fut pas d’emblée irréversible : les retours au consulat furent fréquents avant 1200. Dans un premier temps aussi, les podestats furent souvent d’origine locale et la podestatie foraine (étrangère à la cité), qui garantissait une meilleure impartialité, ne s’imposa pas définitivement avant 1215-1220. Dans les cités du Nord, plus évoluées (et aussi dans quelques autres comme Pérouse ou Florence), le popolo en voie de structuration joua rapidement un rôle essentiel : dès le début du XIIIe siècle, la podestatie, notamment foraine, apparaît comme une concession majeure faite à l’élément populaire.

Le podestat détenait l’exécutif suprême, mais ses fonctions étaient étroitement encadrées. Pour prévenir toute confiscation du pouvoir communal, sa charge durait en général un an, parfois moins. Il ne devait pas faire d’affaires dans la cité, ni même, souvent, fréquenter des citoyens. A sa sortie de charge, sa gestion était examinée par des syndics. Souvent, comme à Arezzo, une instance de proviseurs jugeait en appel des sentences du podestat. La commune restait donc dominée par l’oligarchie urbaine ; et le podestat – emblème du pouvoir communal, au point que des listes de podestats nous sont conservées, à la différence des consuls – était en fait l’instrument des forces agissantes au sein de la commune. La podestatie foraine permit l’entrée dans la politique communale de grandes familles nobles que le régime consulaire avait tenues à l’écart. Face aux familles dominantes de l’oligarchie consulaire, certains lièrent leurs fortunes au popolo qui les choisit parfois comme podestats, ou, après 1250, comme capitaines ou gonfaloniers (porte-drapeau) du peuple.

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