L’histoire globale, ou Global History, d’inspiration anglo-saxonne, propose une analyse du rôle des mondes non-européens dans l’histoire de l’humanité pour sortir à la fois des histoires nationales et des histoires eurocentrées. La théorie des systèmes-monde est une orientation historiographique spécifique à l’intérieur du vaste programme de la Global History, développée par Immanuel Wallerstein. Ses successeurs, spécialistes d’économie et d’anthropologie ont complexifié ce schéma d’analyse en argumentant qu’il n’existe qu’un seul système-monde qui ne fait que s’étendre à l’échelle de la planète depuis le IVe millénaire avant J.C.
Cette fiche se concentre donc sur la qualité des apports transdisciplinaires entre anthropologie et système monde. Elle approfondit et complète une précédente réflexion qui introduit à l’analyse des systèmes-monde développée par Immanuel Wallerstein.
Plan de la fiche
I. Les successeurs de Wallerstein approfondissent le modèle
II. La thèse continuationniste
III. La « globalisation structurelle » et les « sociétés interconnectées »
IV. Les « hégémonies »
V. Les cycles systémiques »
VI. Les « cycles systémiques d’accumulation »
VII. Les « transitions hégémoniques »
◦ Giovanni Arrighi et Beverly Silver
◦ Christopher Chase-Dunn/Thomas Hall, Kajsa Ekholm/Jonathan Friedman
VIII. Contre les hégémonies et en faveur d’un système monde de longue durée : la « civilisation centrale » (David Wilkinson)
IX. La hiérarchie cœur/périphérie du système monde
X. Les « efflorescences »
XI. Conclusions : il existe deux approches (les systèmes-monde et la Théorie du Système Monde)
◦ Les systèmes-monde d’Immanuel Wallerstein et le fonctionnement réticulaire de l’organisation du monde
◦ La Théorie du Système Monde construit le schéma d’un unique système qui se renouvelle constamment
I. Les successeurs de Wallerstein approfondissent le modèle
Comme démontré dans l’introduction aux systèmes-monde, le modèle centre-périphérie est bien au cœur des systèmes-monde : Wallerstein s’est inspiré de la soumission du Tiers-Monde (périphérie) par le camp impérialiste (cœur)1. Mais ce schéma a été étoffé et complexifié depuis 40 ans, notamment par des anthropologues, des économistes et des historiens de l’économie : Andre Gunder Frank Barry Gills, Jack Goldstone, Giovanni Arrighi, Christopher Chase-Dunn, Thomas Hall, William Thomson, Kajsa Ekholm, Jonathan Friedman, Philippe Norel, afin d’affiner les recherches historiques sur l’origine du capitalisme2.
L’importance de leurs travaux démontre à quel point l’histoire économique peut encore être un support des réflexions globales et de la modernisation de l’historiographie.
II. La thèse continuationniste
Dans les années 1990, Andre Gunder Frank et Barry Gills ont défendu l’idée selon laquelle les systèmes-monde auraient existé bien avant le XVIe siècle3. Leur proposition s’articule autour de 4 idées majeures :
- l’extraction et le transfert des surplus existe depuis l’âge du Bronze et il est lié au développement des cités-Etat (les palais et les temples étant à l’origine d’une forte demande d’approvisionnement et de services) ;
- avec le temps, de nouveaux secteurs d’activités (publics et privés) apparaissent, dont le développement dépend des transformations des formes de l’extraction et du transfert des surplus ;
- ces transformations des formes de l’extraction et du transfert de surplus sont cycliques et permettent d’identifier de longs cycles séculaires d’expansion (A) et de contraction (B) des échanges ;
- l’interpénétration des échanges entre l’Afrique et l’Eurasie sont à l’origine d’une synchronisation progressive de ces cycles tout au long du premier millénaire avant J.C.
Tous les historiens partagent l’idée d’une synchronisation effective des cycles séculaires au cours du premier millénaire avant J.C. aboutissant à la constitution d’un vaste système-monde de l’Europe à l’Extrême-Orient. Pour eux, les types de processus sociaux qu’observe Wallerstein à partir d’une analyse matérialiste historique existaient donc à d’autres époques largement antérieures au XVIe siècle. A la suite de Frank et Gills, ils défendent donc une thèse « continuationniste » en supposant que le système-monde n’a pas 500 ans, mais est une réalité depuis près de 5000 ans.
L’énorme avantage de cette thèse est qu’elle permet de rompre définitivement avec l’eurocentrisme en ne reconnaissant pas à l’Europe la paternité du capitalisme ou de la mondialisation des flux. L’essor historique du capitalisme n’est pas un événement unique né en Europe, et encore moins un point de départ des processus d’accumulation ou d’échanges. Le paradigme est radicalement différent de Braudel et de Wallerstein.
Selon les auteurs, le système-monde que nous connaissons actuellement a été créé et soutenu par des routes de commerce et de communication planétaires qui sont établies depuis plusieurs millénaires à travers l’Eurasie (Mésopotamie, Afrique, steppes orientales, océan Indien, etc…). Les nations ne se développent pas de manière isolée autour de quelques cités-Etat ou d’Etat à auréoles concentriques de type mandala, mais plutôt au sein d’un système plus vaste qui façonne leurs expériences politiques, économiques, sociales et culturelles. Un seul système monde se serait constitué autour des cités sumériennes (vers 3 400 avant l’ère conventionnelle) puis égyptiennes (à partir de 3 100 avant l’ère conventionnelle) du Croissant Fertile et se serait étendu à d’autres régions depuis 3000 avant l’ère conventionnelle. Il aurait rencontré d’autres civilisations védiques, chinoises et viets en Asie centrale et extrême-orientale (vers 2 100 avant l’ère conventionnelle) qui se sont développées différemment. La fin du IIe millénaire avant l’ère conventionnelle et le début du Ier millénaire avant l’ère conventionnelle sont marqués par un refroidissement climatique généralisé, l’apparition du nomadisme pastoral dans les steppes d’Asie centrale, une augmentation des échanges et des transformations sociales qui conduisent à la disparition des routes du cuivre et de l’étain4. La partie occidentale du continent (Egypte, Anatolie, côte du Levant, Assyrie) voit se développer une métallurgie du fer qui permet la fabrication d’outils et d’armes nouveaux, assurant d’énormes progrès agricoles et le développement de nouvelles capacités guerrière. Les populations d’Asie centrale, grâce aux caravanes de chameaux, diffusent cette métallurgie du fer en Inde et en Chine au cours du Ier millénaire avant l’ère conventionnelle. Cet « âge du fer » est une période cruciale de l’expansion du système-monde puisque trois systèmes-monde se réunissent pour n’en former qu’un seul5.
Philippe Beaujard défend la vision d’un vaste système-monde afro-eurasiatique à partir du XVIe siècle (lui-même hérité de la constitution d’un système-monde eurasiatique à l’âge du fer). Dans Les mondes de l’Océan indien, il décrit comment le commerce à longue distance a unifié l’océan Indien en identifiant quatre cycles (chacun étant composé d’une phase d’expansion et d’une phase de contraction). Le premier cycle va du tournant de l’ère chrétienne au VIe siècle (marqué par l’essor et la chute, au sein des cœurs, des empires han, kushan, shâtavâhana, gupta, parthe, sassanide et romain), le second du VIe siècle au Xe siècle (pour les cœurs, empires des Tang, des Pallavas, des Râshtrakûtas, empires omeyyade puis abbasside, et empire byzantin), le troisième du Xe siècle au XIVe siècle (empires song puis yuan, chola, sultanat de Delhi, empires seljukide puis ilkhânide, et État égyptien), le quatrième du XVe siècle au XVIIe siècle (empire ming, sultanats du Gujarat, du Bengale, du Deccan, empire de Vijayanâgara, empires égyptien, ottoman, safavide et moghol).

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- Par exemple dans Africa, the Politics of Independance : an Interpretation of Modern Africa History, 1961 ; Africa : the Politics of Unity ; an Analysis of a Contemporary Social Movement, 1967. Par la suite, l’impact de la théorie des systèmes-monde est clair dans les études sur le processus d’émergence du Tiers Monde : voir en particulier Samir Amin, Accumulation on a World Scale : a Critique of Underdevelopment, New York University Press, 1974 et Unequal Development : an Essay on the Social Formations of Peripheral Capitalism, New York University Press, 1976 ; Leften Stavrianos, Global Rift : the Third World comes of Age, New York University Press, 1981.
- Voir les réflexions éclairantes dans le « Prologue » de Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations, capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 33-51.
- Andre Gunder Frank, Barry Gills, « The Cumulation of Accumulation. Theses and Research Agenda for 5000 Years of World System History », Dialectical Anthropology, 15, 1990, p. 19-42 ; « A Theoretical Introduction to 5 000 Years of World-System History », Review, 13, 1990, p. 155-248 ; « World System Cycles, Crises, and Hegemonic Shifts, 1700 BC to 1700 AD », Review, 15, 1992, p. 621-687 ; « The 5 000-year World System. An interdisciplinary introduction », dans Andre Gunder Frank, Barry Gills (dir), The World System : Five Hundred Years or Five Thousands ?, Routledge, 1993, p. 3-55 ; « The Modern World System under Asian Hegemony. The silver standard world economy 1450-1750 », dans Patrick Manning et Barry Gills (dir), Andre Gunder Frank and Global Development. Visions, Remembrances, and Explorations, Routledge, 2011, pp. 50-80. Voir aussi, écrits après la disparition d’Andre Gunder Frank en 2005, Barry Gills et Robert Denemark, « L’hypothèse de la continuité historique du système monde », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 203-226 ; « One World System or Many : the Continuity Thesis in World System History », dans George Modelski, Robert Denemark (dir), The Encyclopedia of Life Support Systems (EOLSS), EOLSS Publishers, 2010.
- Andrew Sherratt, « ‘Who are you calling peripheral ?’ : Dependence and Independence in European Prehistory », dans Chris Scarre, Frances Healy (dir.), Trade and Exchange in Prehistoric Europe, Oxbow Books, 1993, p. 245-255 ; Andrew Sherratt, « What would a Bronze Age world system look like ? Relations between temperate Europe and the Mediterranean in later Prehistory », Journal of European Archaeology, 1, 1994, p. 1-57 ; Anthony Harding, « World Systems, Cores, and Peripheries in Prehistoric Europe », Journal of European Archaeology, 16, 2013, p. 378-400.
- Philippe Beaujard, « From Three Possible Iron Age World-Systems to a Single Afro-Eurasian One », Journal of World History, 21, 2010, p. 1-43. Il retrace la méta-histoire de cette unification du système-monde eurasiatique en trois phases : de 1000 à 750, de 750 à 350/300, de 350 à l’Empire romain. Voir aussi « Un seul système-monde avant le XVIe siècle ? L’Océan indien au cœur de l’intégration de l’hémisphère afro-eurasien », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 91-96 et 96-108. Voir aussi « Empires et système-monde. Empires tang et musulman, VIIe-Xe siècle », Monde(s), 2, 2012, p. 87-110. Beaujard s’intéresse surtout aux « pulsations du système-monde » et aux phases de croissance ou de récession commerciale, technique, gouvernementale, qui correspondent à des cycles d’événements politiques, religieux et climatiques. Voir aussi différents articles dans le Blog d’histoire globale.
- Philippe Beaujard, « Un seul système-monde avant le XVIe siècle ? L’Océan indien au cœur de l’intégration de l’hémisphère afro-eurasien », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 82-148, p. 130.
- Philippe Beaujard, « Un seul système-monde avant le XVIe siècle ? L’Océan indien au cœur de l’intégration de l’hémisphère afro-eurasien », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 82-148, p. 83.
- Maxime Rodinson, Islam et capitalisme, Seuil, 1966 ; Jacques Gernet, Le monde chinois, Armand Colin, 1972 ; Himanshu Prabha Ray, The Winds of Change : Buddhism and the Maritime Links of Early South Asia, Manohar Publish., 1994 ; The Archaeology of Seafaring in Ancient South Asia, Cambridge University Press, 2003 ; Denys Lombard, « Y a-t-il une continuité des réseaux marchands asiatiques ? », dans Denys Lombard, Jean Aubin (dir), Marchands et hommes d’affaires asiatiques dans l’océan Indien et la mer de Chine : XIII-XXe siècles, EHESS, p. 11-18 ; Timothy Brook, The Confusions of Pleasure. Commerce and Culture in Ming China, Berkeley, University of California Press,1998 ; The troubled empire. China in the Yuan and Ming dynasties, Harvard University Press, 2010 ; Denis Twitchett, Frederick W. Mote (dir), The Cambridge History of China, Volume 7–8, Cambridge University Press, 1998 ; Patricia Buckley Ebrey, The Cambridge Illustrated History of China, Cambridge University Press, 1999.
- Shelomo Dov Goitein, A Mediterranean Society : The Jewish Communities of the Arab World as Portrayed in the Documents of the Cairo Geniza, University of California Press, 6 volumes, 1967-1993.
- Kajsa Ekholm, Jonathan Friedman, « ‘Capital’ Imperialism and Exploitation in Ancient World Systems », Review, 4, 1982, p. 87-109.
- Janet Abu-Lughod, Before European Hegemony. The World System A.D. 1250-1350, Oxford University Press, 1989.
- Voir par exemple Robert Marks, Tigers, Silk, and Silt : Environment and Economy in Guangdong, 1250-1850, Cambridge University Press, 1997 ; David Christian, « Silk roads or Steppe Roads ? The Silk Roads in World History », Journal of World History, 11, 2000, p. 1-26 ; Geordie Torr, The Silk Roads, A History of the Great Trading Routes Between East and West, Arcturus Publishing, 2021 ; Philippe Beaujard, « The Indian Ocean in Eurasian and African World-Systems Before the Sixteenth Century », Journal of World History, 16, 2005, p. 411-465 ; Kirti Chaudhuri, Trade and Civilisation in the Indian Ocean : an Economic History from the Rise of Islam to 1750, Cambridge University Press, 1985 ; Kirti Chaudhuri, Asia Before Europe. Economy and Civilisation in the Indian Ocean from the Rise of Islam to 1750, Cambridge University Press, 1990 ; Michael Pearson, The Indian Ocean, Routledge, 2003 ; Eric Vallet, « Pouvoir, commerce et marchands dans le Yémen rasûlide » (626-858/1229-1454), Thèse d’histoire, 2 volumes, 2006 ; Eric Vallet, L’Arabie marchande. Etat et commerce sous les sultans rasulides du Yémen (626-858/1229-1454), Editions de la Sorbonne, 2010 ; Philippe Norel, Histoire économique globale, Seuil, 2009 ; Philippe Norel, Laurent Testot (dir), Une histoire du monde global, Sciences Humaines, 2012.
- Christopher Chase-Dunn, Yukio Kawano, Benjamin Brewer, « Trade Globalization since 1795, Waves of Integration in the World-System », American Sociological Review, 65, 2000, p. 77-95 ;
- Christopher Chase-Dunn, Thomas Hall, Rise and Demise. Comparing World-Systems, Westview Press, 1997 ; « Comparing World-Systems to Explain Social Avolution », dans Robert Denemark, John Friedman, Barry Gills, George Modelski (dir), World System History. The Social Science of Long-Terme Change, Routledge, 2000, p. 85-111.
- Cette conception des cycles s’appuie sur le processus de « destruction créatrice » de l’économisme autrichien Joseph Schumpeter (1942) et sur le « cycle de vie produit » de l’économiste allemand Théodore Levitt (1965).
- Giovanni Arrighi, Beverly Silver, « Hegemonic Transitions : a Rejoinder », Political Power and Social Theory, 13, 1999, p. 307-315 ; Giovanni Arrighi, Beverly Silver, « Capitalism and World (dis)order », Review of International Studies, n°27, 2001, p. 257-279. Une traduction française de cet article existe : « Le capitalisme et le (dés)ordre mondial », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations, capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 227-260, p. 229. Les auteurs poursuivent en citant Braudel : « l’idée que bien avant le début du XXe siècle, l’accumulation de capital par l’achat et la revente de marchandises « à une échelle qui dépasse les occasions normales d’investissement » a permis au capitalisme financier « de contrôler et de dominer, au moins pour un temps, toutes les activités du monde des affaires », est un thème récurrent des deuxième et troisième volumes de la trilogie de Braudel, Civilisation matérielle, économie, capitalisme. Elle sous-tend son affirmation suivant laquelle le trait essentiel du capitalisme historique sur sa longue durée, c’est-à-dire depuis qu’il existe, tient à la « flexibilité » et à « l’éclectisme » du capital plutôt qu’à la forme concrète qu’il peut prendre à différents moments et à différents endroits. À certaines périodes, même longues, le capitalisme a semblé « se spécialiser ». Ce fut le cas au XIXe siècle lorsqu’il « s’installa de façon si spectaculaire dans le monde nouveau de l’industrie ». Cette spécialisation a conduit nombre de personnes à « considérer l’industrie comme l’épanouissement final qui donnait sa ‘véritable’ identité au capitalisme ». Mais c’est là une vision à court terme. « Après le premier boom du machinisme, le très haut capitalisme est revenu à l’éclectisme, à une sorte d’indivisibilité comme si l’avantage caractéristique de se trouver en ces points dominants était précisément […] de n’avoir pas à s’enfermer dans un seul choix. D’être éminemment adaptable, donc non spécialisé » (citation de Braudel, 1982, II, p. 381) » (p. 230-231).
- Giovanni Arrighi, Adam Smith in Beijing : Lineages of the Twenty-First Century, Verso, 2007.
- Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XV-XVIIIe siècle, tome III. Le temps du monde, Armand Colin, 1979. Braudel expose plusieurs exemples : au XVe siècle puis dans les années 1560, les Génois se retirent graduellement du commerce méditerranéen et changent alors de métier. Ils deviennent des banquiers et investissent dans les finances d’autres cités portuaires. Dans les années 1740, les Hollandais sont également devenus les « banquiers de l’Europe ». Après la phase d’industrialisation qui a créé une surabondance d’argent au Royaume-Uni, la Grande Dépression (1873-1896) incite les industriels britanniques à faire de même. Depuis les années 1970, le capital nord-américain suit la même trajectoire. La loi de Marx serait donc « un schéma récurrent du capitalisme historique en tant que système-monde » (Giovanni Arrighi et Beverly Silver, p. 231).
- Sanjay Subrahmanyam, Christopher Bayly, « Portfolio Capitalists and the Political Economy of Early Modern India », The Indian Economic Social History Review, 25, 1988, p. 401-424.
- Philippe Norel, L’histoire économique globale, Seuil, 2009.
- Le prochain cycle sera-t-il chinois ? En 2009, Laurent Berger proposait, dans les dernières lignes de Histoire globale, mondialisations et capitalisme, cette réflexion : Il semble que la question est surtout de savoir si la Chine et l’Asie orientale participeront à la bifurcation contemporaine du capitalisme mondial, en tant que super-hégémon d’un nouveau régime d’accumulation, ou bien si elles deviendront l’un des centres moteurs d’une véritable économie de marché mondiale non capitaliste, multipolaire et plus égalitaire, entrevue par Smith. Il est clair aujourd’hui que le projet néoconservateur américain (Project for a New American Century) de créer le premier empire planétaire de l’histoire de l’humanité, en s’arrogeant le contrôle et le monopole des énergies fossiles au Moyen-Orient, a échoué. Le président chinois Hu Jintao, en 2004, s’est au contraire fait l’ardent défenseur des quatre non (non à l’hégémonie, à la force, aux blocs alliés, à la course aux armements) et des quatre oui (oui à la confiance partagée, à la résolution des problèmes et des difficultés, au développement de la coopération et à l’évitement des confrontations). L’histoire de la Chine tout au long du second millénaire a été celle de ses rendez-vous volontairement ou involontairement manqués, lors de chaque mondialisation, avec le capitalisme. Les invasions mongoles ont non seulement mis fin à la naissance du capitalisme dans la Chine Song, mais de surcroît ont réorienté ensuite tous les efforts de la dynastie Ming vers des stratégies territorialistes visant à la construction d’un État continental intégré et protégé à ses frontières. Les diasporas chinoises d’outre-mer ont développé leurs stratégies capitalistes dans les interstices de l’empire du milieu et de son système commercial tributaire lors de la mondialisation ibérique, mais se sont associées alors aux seigneurs de la guerre japonais, et non à la dynastie mandchoue Qing, qui les a finalement délogées et chassées de Taïwan en 1683. L’État Qing a rappelé les communautés chinoises d’outre-mer sur le sol continental durant la mondialisation edwardienne, après les guerres de l’opium et les guerres civiles, pour leur proposer une nouvelle alliance. Ces diasporas s’arrogèrent alors le monopole du commerce de l’opium, des armes, du crédit et de l’engagement des coolies à l’étranger et récupérèrent ainsi leur place à la cour impériale, en échange de leur financement de la dette publique de l’État, engagé alors dans une course aux armements avec le Japon. La supériorité militaire et la colonisation japonaise durant l’ère Meiji étouffèrent néanmoins cette alliance symbiotique promise à un bel avenir capitaliste et la déportèrent encore une fois à Taïwan. La mondialisation contemporaine a vu de nouveau les réseaux d’affaires des Chinois d’outre-mer devenir les intermédiaires privilégiés du système de sous-traitance japonais dans tout le Pacifique, jusqu’à ce que la Chine communiste de Deng Xiaoping leur ouvre les portes de son économie pour jouer l’interface entre les investisseurs étrangers et les travailleurs et cadres du parti-État chinois. Aujourd’hui, Hong Kong et Macao ont réintégré la Chine continentale sur le mode « un pays, deux systèmes », et les Chinois d’outre-mer sont devenus les premiers investisseurs directs dans ce pays. Les mondialisations ont toujours été en définitive à la fois le chant du cygne et le phénix du capitalisme moderne : celui-ci a toujours pu en effet renaître de ses cendres sous de nouvelles formes toujours plus développées et complexifiées, après avoir été à chaque fois, lors de ses envolées, littéralement consumé. Le dragon chinois saura-t-il cette fois-ci terrasser l’oiseau de feu ? » (dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations, capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 421-467, 467).
- Giovanni Arrighi, Beverly Silver, « Hegemonic Transitions : a Rejoinder », Political Power and Social Theory, 13, 1999, p. 307-315 ; Giovanni Arrighi, Beverly Silver, « Capitalism and World (dis)order », Review of International Studies, n°27, 2001, p. 257-279. Une traduction française de cet article existe : « Le capitalisme et le (dés)ordre mondial », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations, capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 227-260.
- Giovanni Arrighi, Beverly Silver, « Le capitalisme et le (dés)ordre mondial », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations, capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 227-260, p. 240. Giovanni Arrighi, Beverly Silver, « Capitalism and World (dis)order », Review of International Studies, n°27, 2001, p. 257-279, p. 267. En effet, le cycle génois dure, selon Arrighi, 220 ans ; le cycle hollandais dure 180 ans ; le cycle britannique dure 130 ans ; le cycle états-uniens dure 100 ans.
- Kajsa Ekholm, Jonathan Friedman, « ‘Capital’ Imperialism and Exploitation in Ancient World Systems », Review, 4, 1982, p. 87-109 (reproduit dans Andre Gunder Frank, Barry Gills (dir), The World System : Five Hundred Years or Five Thousands ?, Routledge, 1993, p. 59-80 ; Historical Transformations : The Anthropology of Global Systems, Altamira Press, 2007.
- Barry Gills et Robert Denemark, « L’hypothèse de la continuité historique du système monde », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 203-226.
- Voir Laurent Berger, « Epilogue. Capitalisme et mondialisation. De l’autonomie des trajectoires locales à l’interdépendance systémique globale », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 456-459.
- Christopher Chase-Dunn, Thomas Hall, Core/Periphery Relations in Precapitalists Worlds, Westview Press, 1991 ; Rise and Demise. Comparing World-Systems, Westview Press, 1997.
- Barry Gills et Robert Denemark, « L’hypothèse de la continuité historique du système monde », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 203-226, p. 217. Les auteurs citent également des peuples tribaux issus des hinterlands comme les Guti, les Amorrites et les Kassites, qui se sont trouvés intimement impliqués dans les cycles politiques et économiques de la Mésopotamie ancienne, jusqu’à devenir une force dominante dans le centre.
- Voir entre autres Revolution and Rebellion in the Early Modern World : Population Change and State Breakdown in England, France, Turkey, and China, 1600-1850, University of California Press, 1991 ; Why Europe ? The Rise of the West in World History 1500-1850, McGraw Hill, 2008 ; Revolutions : a Very Short Introduction, Oxford University Press, 2013.
- Jack Goldstone, « Cultural Orthodoxy, Risk, and Innovation : the Divergence of East and West in the Early Modern World », Sociological Theory, 5, 1987, p. 119-135 ; « Gender, Work, and Culture : Why the Industrial Revolution Came Early to England and Late to China », Sociological Perspectives, 20, 1996, p. 1-22 ; « The Rise of the West – or Not ? A Revision to Socio-economic History », Sociological Theory, 18, 2000, p. 157-194 ; « Efflorescences and Economic Growth in World History : Rethinking the ‘Rise of the West’ and the Industrial Revolution », Journal of World History, 13, 2002, p. 323-389 (Une traduction française de cet article existe : « Efflorescences et croissance économique dans l’Histoire globale : une réinterprétation de l’essor de l’Occident et de la Révolution industrielle », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 299-334) ; Why Europe ? The Rise of the West in World History 1500-1850, McGraw Hill, 2008.
- Il poursuit : « Ce qui s’est passé dans la Grande-Bretagne des XVIIIe et XIXe siècles et qui semble avoir constitué un épisode unique dans l’histoire, ce n’est pas l’avènement d’une croissance fondée sur le commerce, par ailleurs intensive et tirée par la technique. Un tel avènement est en effet récurrent dans l’histoire économique. Il n’existe pas non plus de preuve que la Grande-Bretagne se soit trouvée initialement en meilleure position que d’autres grands États comme la France, les Pays-Bas, la Chine ou le Japon, du fait d’une croissance préalable déjà cumulative. En revanche il semble que la Grande-Bretagne ait réussi à échapper au schéma cyclique de croissance qui avait caractérisé plusieurs siècles d’histoire. Elle s’est alors embarquée sur une trajectoire de croissance économique accélérée caractérisée, non plus par des gains en termes de production qui finissaient par s’épuiser, mais par une croissance du produit par tête continue et même accélérée du fait d’une expansion ininterrompue de l’innovation technique et des gains de productivité. Expliquer pourquoi et comment cette rupture avec la croissance cyclique a pu se produire est crucial pour comprendre la nature véritable et les origines de la croissance économique moderne. Dans la mesure où le schéma cyclique de croissance économique remonte au moins au Moyen Age et a été observé partout, il est très différent de l’avènement de cette croissance vraiment « moderne », fondée sur une accélération ininterrompue de l’innovation et de la productivité, telle qu’elle apparaît après 1800. Et ce serait un contresens de regrouper tous ces différents processus sous la simple étiquette de la ‘croissance économique’ » (« Efflorescences et croissance économique dans l’Histoire globale : une réinterprétation de l’essor de l’Occident et de la Révolution industrielle », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 299-334, p. 304).
- Jack Goldstone, « Efflorescences et croissance économique dans l’Histoire globale : une réinterprétation de l’essor de l’Occident et de la Révolution industrielle », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 299-334, p. 305.
- David Landes est le premier à utiliser le concept d’« état de masse critique » en 1961. Les historiens français l’ont souvent repris : François Crouzet, Pierre Lebrun, Patrick Verley, Fernand Braudel…
- Voir à ce propos les réflexions éclairantes dans « Epilogue. Capitalisme et mondialisation. De l’autonomie des trajectoires locales à l’interdépendance systémique globale » de Laurent Berger, dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 438-447.
- Voir à ce propos l’historiographie du concept de « système-monde » après Wallerstein dans Philippe Norel, L’histoire économique globale, Seuil, 2009, chapitres 5 et 6, p. 118-160.
- Christopher Chase-Dunn, Thomas Hall, Rise and Demise. Comparing World Systems, Westview Press, 1997.
- Barry Gills, « La théorie du système-monde : analyse de l’histoire mondiale, de la mondialisation et de la crise mondiale », Actuel Marx, 53, 2013, p. 28-39. Il poursuit : « ce cadre permet de parvenir à une ‘histoire du Système Monde’ où les processus de mondialisation actuels sont interprétés comme les produits d’une histoire globale cumulative » (p. 28).
- Barry Gills, « La théorie du système-monde : analyse de l’histoire mondiale, de la mondialisation et de la crise mondiale », Actuel Marx, 53, 2013, p. 28-39, p. 30.
- Jack Goody, L’Orient en Occident, Seuil, 1996 ; Peer Vries, « Should We Really Re-Orient ? », Itinerario, 22/3, 1998, p. 19-38 ; Andre Gunder Frank, « Re-Orient or not : that IS the Question », Itinerario, 22/4, 1998, p. 9-15 ; Andre Gunder Frank (dir), Reorienting : Global Economy in the Asian Age, University of California Press, 1998 ; Andre Gunder Frank (dir), Reorienting the 19th Century. Global Economy in the Continuing Asian Age, Routledge, 2015.
- Alf Hornborg, Carole Crumley (dir), The World System and the Earth System. Global Socioenvironmental Change and Sustainability since the Neolithic, Left Coast Press, 2007 ; Alf Hornborg, John McNeill, Joan Martinez-Alier (dir), Rethinking Environmental History : World-System History and Global Environmental Change, Altamira Press, 2007.
- Kenneth Pomeranz, « Le machinisme induit-il une discontinuité historique ? Industrialisation, modernité précoce et formes du changement économique dans l’Histoire globale », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 335-373. Voir aussi B. L. Turner, William Clark, Robert Kates, John Richards (dir), The Earth as Transformed by Human Action : Global and Regional Changes in the Biosphere over the Past 300 Years, Cambridge University Press, 1991 ; Andrew Goudie, Heather Viles, The Earth Transformed : an Introduction to Human Impacts on the Environment, Wiley-Blackwell, 1997 ; John McNeill, Something New Under the Sun : an Environmental History of the Twentieth-Century, Norton, 2000 ; Joseph Tainter, Roderick McIntosh, and Susan Keech McIntosh (dir), The Way the Wind Blows : Climate Change, History, and Human Action, Columbia University Press, 2000 ; Andrew Goodie, The Human Impact on the Natural Environment, 2000 ; Jason Moore, « Transcending the Metabolic Rift : a Theory of Crises in the Capitalist World-Ecology », The Journal of Peasant Studies, 38, 2011, p. 1-46 ; Stefen Will, Wendy Broadgate, Lisa Deutsch, Owen Gaffney, Cornelia Ludwig, « The trajectory of the Anthropocene : the Great Acceleration », The Anthropocene Review, 2015, p. 1-18.
- Christopher Chase-Dunn, Thomas Hall, « Ecological Degradation and the Evolution of World Systems », Journal of World Systems Research, 1998, 3, p. 403-431.
- Philippe Beaujard, « From Three Possible Iron Age World-Systems to a Single Afro-Eurasian one », Journal of World History, 21, 2010, p. 1-43 ; Les Mondes de l’Océan indien (4e millénaire av. J.-C.-VIe siècle), 2 volumes, Armand Colin, 2012 ; « Asie-Europe-Afrique : un système-monde (- 400 – + 600) », dans Philippe Norel, Laurent Testot (dir), Une histoire du monde global, Editions Sciences Humaines, 2012, p. 198-211.
- Joseph Tainter, The Collapse of Complex Societies, Cambridge University Press, 1988 ; Christopher Chase-Dunn, Thomas Hall, « Ecological Degradation and the Evolution of World Systems », Journal of World Systems Research, 1998, 3, p. 403-431 ; David Keys, Catastrophe : an Investigation into the Origins of the Modern World, Ballantyne, 2000 ; Mike Davis, Late Victorian Holocausts : El Niño Famines and the Making of the Third World, Verso, 2002 ; Jared Diamond, « Twilight at Easter », dans Collapse. How Societies Choose to Fail or Succeed, Penguin Books, 2005 ; Alf Hornborg, John McNeill, Joan Martinez-Alier (dir), Rethinking Environmental History : World-System History and Global Environmental Change, Altamira Press, 2007 ; Edmund Burke III, Kenneth Pomeranz (dir), The Environment and World History, University of California Press, 2009 ; John McNeill, Erin Stewart Mauldin, A Companion to Global Environmental History, Wiley-Blackwell, 2012 ; Alan Mikhail, Water on Sand : Environmental History of the Middle East and North Africa, Oxford University Press, 2013 ; John Brooke, Climate Change and the Course of Global History, Cambridge University Press, 2014 ; Philippe Beaujard, Les Mondes de l’Océan indien (4e millénaire av. J.-C.-VIe siècle), 2 volumes, Armand Colin, 2012 ; Laurent Testot, Cataclysmes. Une histoire environnementale de l’humanité, Payot, 2017 ; François Jarrige, Thomas Le Roux, La contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel, Seuil, 2017.
- « The key factors in the onset of crises include the following: an excessive rate of the extraction of surplus (overextraction); an excessive concentration of control over capital (overconcentration); a failure of demand or expansion to stimulate growth (underconsumption); and a failure of investment in productive capacity underinvestment) which may be reflected in the growth of elite consumption relative to social redistribution and productive investment – but is always ‘parasitic appropriation’ as opposed to productive investment of capital. The above are often accompanied by a fiscal crisis of the state and a crisis of political authority. The end result is economic contraction and political fragmentation or dislocation, often accompanied by social rebellion and war. A general world system crisis occurs when the combined cumulative layers of contradictions in the world system cannot any longer be sustained by the existing social, economic, and political arrangements of the world order – thus necessitating drastic transformation. The interaction of all the cycles in the system and the simultaneous occurrence of crises in such conjunctural moments generate a high disequilibrium within the world system, which destabilizes the whole. This disequilibrium is present in both the sphere of world trade and the sphere of political-military power. A shift in both the locus of accumulation and of hegemonic power in the world system is the result. This process is accompanied by economic, social, and political upheavals and usually by wars. A dramatic world hegemonic transition is thus both the result and the resolution of a general world crisis. It is a resolution in the sense that the old world order is eventually destroyed and conditions are laid down for the emergence of a new world order. Out of a crisis of accumulation comes the restored conditions for an expansion of accumulation and a new hegemonic order. Most importantly, these concepts seem as relevant to today’s global economic crisis and on-going world hegemonic reorganization as they are to 5,000 years of world system history. This again renders the supposed sharp historical break around 1 500 AD less meaningful than some would have it » (Barry Gills, « Hegemonic Transitions in the World System », dans Andre Gunder Frank, Barry Gills (dir), The World System : Five Hundred Years or Five Thousand, Routledge, 1993, p. 115-140, p. 137-138). Voir aussi Gills Barry K., « Going South : Capitalist Crisis, Systemic Crisis, Civilizational Crisis », Third World Quarterly, 31, 2010, p. 169-184 ; Barry Gills, « Globalization, Crisis and Transformation : World Systemic Crisis and the Historical Dialectics of Capital », dans Barry Gills (dir), Globalization in Crisis, London, Routledge, 2011, p. 273-286 ; Barry Gills, Barry Gills, « La théorie du système-monde : analyse de l’histoire mondiale, de la mondialisation et de la crise mondiale », Actuel Marx, 53, 2013, p. 28-39, p. 38-39.



