L’histoire globale, ou Global History, d’inspiration anglo-saxonne, propose une analyse du rôle des mondes non-européens dans l’histoire de l’humanité pour sortir à la fois des histoires nationales et des histoires eurocentrées. La théorie des systèmes-monde est une orientation historiographique spécifique à l’intérieur du vaste programme de la Global History, développée par Immanuel Wallerstein.
Cette fiche complète une précédente réflexion visant à différencier les formes historiographiques de l’histoire globale.
Plan de la fiche
I. Le concept de « système-monde » d’Immanuel Wallerstein
a. Une première définition (synthétique)
b. Le système-monde est une économie-monde
c. Le système-monde wallersteinien : interprétations
d. Comment le système-monde capitaliste s’est-il autant étendu ? Comment est-on passé du féodalisme au capitalisme ?
II. Un concept critiqué
a. Une critique valorise le maintien de l’Etat-nation comme principale échelle d’analyse historique
b. Une critique porte sur les erreurs théoriques du modèle
c. Un critique marxiste de Wallerstein : Robert Brenner
d. Une critique contre l’eurocenstrisme maintenu par l’analyse des systèmes-monde
e. Un critique parmi les historiens qui ont inspiré Wallerstein : Andre Gunder Frank
f. Une critique inspirée de l’histoire interconnectée / Entangled History : l’histoire hémisphérique
III. Des systèmes-monde ont-ils existé avant le XVIe siècle ?
a. Plusieurs historiens font remonter les systèmes-monde à des périodes antérieures au XVIe siècle
b. Une économie-monde européenne capitaliste et conquérante
c. Une réinterprétation des économies-monde et des empires-monde avant l’époque moderne
d. Conclusion : élargir le système-monde d’Immanuel Wallerstein à partir de l’histoire de l’océan Indien
IV. Le système-monde repose sur un fonctionnement marxiste de type centre/périphérie
a. Le modèle centre/périphérie
b. La place des semi-périphéries au sein du système-monde
c. De l’analyse centre/périphérie à l’étude des réseaux : une manière de moderniser les systèmes-monde
I. Le concept de « système-monde » d’Immanuel Wallerstein
Immanuel Wallerstein (1930-2019) est l’un des pionniers de l’histoire globale. Il est sociologue de formation, économiste et proche de Fernand Braudel. Né en 1930 dans une famille d’immigrants juifs allemands politiquement ancrés à gauche, il grandit à New York et entre à Columbia en 1947 pour y étudier la sociologie.
Militant marxiste et altermondialiste impliqué dans les manifestations américaines de 1968, il a passé beaucoup de temps en Afrique subsaharienne après la phase des indépendances. Il utilise ses lectures (notamment de Kondratiev, d’Andre Gunder Franck et de Karl Polanyi), ses observations et ses réflexions développées aux côtés de Fernand Braudel pour écrire The Modern World-System, en 4 volumes, parus de 1974 et 2011 (disponibles en ligne : http://pombo.free.fr/wallersteini.pdf ; http://pombo.free.fr/wallersteinii.pdf ; http://pombo.free.fr/wallersteiniii.pdf ; http://pombo.free.fr/wallersteiniv.pdf), et affiner ses propos dans des ouvrages connexes (The Capitalist World Economy, 1450-1640, 1979 ; World-Systems Analysis : Theory and Methodology, 1982 ; Historical Capitalism, 1983 ; Antisystemic Movements, 1989 ; Transforming the Revolution : Social Movements and the World-System, 1990 ; After Liberalism, 1995 ; World-system Analysis : an Introduction, 2004).
a. Une première définition (synthétique)
La liste des travaux commentant et développant la pensée d’Immanuel Wallerstein est très importante. Avant de l’exposer en détails, il est possible de le résumer avec les propres mots de Wallerstein dans Comprendre le monde :
« Il est important de noter la présence du tiret dans les termes systèmes-monde, économies-monde et empires-monde. Son but est d’indiquer que nous ne parlons pas de systèmes, d’économies ou d’empires concernant le monde entier, mais de systèmes, d’économies et d’empires qui constituent un monde (lequel, en général, n’inclut pas le monde entier). Il est important de bien comprendre ce concept initial essentiel : il énonce que les « systèmes-monde » désignent chaque fois une zone spatiale/temporelle qui traverse nombre d’unités politiques et culturelles, et qui constitue une zone intégrée d’activités et d’institutions régies par certaines règles systémiques »1.
Commenté par Philippe Norel2, Philippe Beaujard3, Chloé Maurel4, Patrick Manning5, Laurent Berger6, le « système-monde » de Wallerstein se mettrait efficacement en place à partir du XVIe siècle, lorsque l’expansion de l’espace géographique des Européens permet une division globale du travail au profit des puissances mercantilistes, coloniales et militaires.
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La théorie générale des systèmes-monde (Chloé Maurel, Manuel d’histoire globale, p. 42-43) « La théorie des systèmes-monde est une approche multidisciplinaire à l’échelle macro. Elle affirme que ce sont les systèmes-monde (et non pas les États-nations) qui devraient être l’unité de base pour la division internationale du travail. Cette dernière diviserait le monde en pays du centre, de la semi-périphérie et de la périphérie. Les pays du centre se caractérisent par un haut niveau de qualification et une production intensive en capital, et le reste du monde se caractérise par un faible niveau de qualification, une production intensive en travail, et l’extraction de matières premières. Cela renforce constamment la domination des pays du centre sur les pays de la périphérie. Toutefois, ce système est en constante évolution, des États peuvent rejoindre le centre ou le quitter au fil du temps. Pour une certaine période, certains pays deviennent hégémoniques. Au fil des derniers siècles, ce statut a été détenu par les Pays-Bas, le Royaume-Uni puis les États-Unis. |
L’intérêt de cette théorie est double : elle permet de dépasser à la fois les approches nationales et l’eurocentrisme de l’historiographie classique. D’abord, l’Etat-nation n’est plus le cadre « normal » des études historiques car il est trop restreint ; puis, la mise en relation de différentes aires régionales démontre que l’Europe n’est pas à l’origine de toutes les innovations technologiques, culturelles, économiques, sociales que l’on a voulu lui reconnaître.

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- Immanuel Wallerstein, Comprendre le monde : introduction à l’analyse des systèmes-monde (traduction de World-Systems Analysis. An Introduction par Camille Horsey), La Découverte, 2006, p. 33-34.
- Philippe Norel, L’histoire économique globale, Seuil, 2009, chapitre 4 : « L’analyse des systèmes-monde », p. 95-113.
- Philippe Beaujard, Histoire globale, mondialisations et capitalisme, La Découverte, 2009, chapitre 2, « Un seul système-monde avant le XVIe siècle ? L’océan Indien au cœur de l’intégration de l’hémisphère afro-eurasien » (en particulier les sous-chapitres « Les pulsations du système-monde, p. 96-108, « Cœurs, semi-périphéries et périphéries » p. 108-128 et « Continuités et changements. L’expansion du système-monde » p. 128-133)
- Chloé Maurel, Manuel d’histoire globale, Armand Colin, 2014, p. 42-49.
- Patrick Manning, Navigating World History : Historians Create a Global Past, Macmillan, 2003, p. 61-65.
- Laurent Berger, « Epilogue », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 421-467.
- Jacques Addas précise que « Le terme capitalisme, pour Wallerstein, ne se réfère ni à un certain niveau de développement des forces productives, ni à la prédominance du rapport salarial, ni à l’existence d’entreprises à but lucratif. Il désigne un système structurellement orienté vers l’accumulation illimitée de capital. Du caractère capitaliste de l’économie-monde européenne découle sa vocation universelle, autrement dit sa propension à s’étendre à l’ensemble de l’espace mondial en tirant parti de l’hétérogénéité de cet espace » (« Braudel, Wallerstein et le système d’économie-monde », Alternatives Economiques, 1996).
- Immanuel Wallerstein, Comprendre le monde : introduction à l’analyse des systèmes-monde (traduction de World-Systems Analysis. An Introduction par Camille Horsey), La Découverte, 2006, chapitre 2.
- Immanuel Wallerstein, Comprendre le monde : introduction à l’analyse des systèmes-monde (traduction de World-Systems Analysis. An Introduction par Camille Horsey), La Découverte, 2006, chapitre 3.
- Rondo Cameron, « The Modern World-System, a Review », Journal of Interdisciplinary History, 7, 1976, p. 140-144.
- Theda Sckocpol, « Walterstein’s World Capitalist System : a Theoretical and Historical Critique », American Journal of Sociology, 82, 1977, p. 1075-89.
- Andre Gunder Frank, « De quelles transitions et de quels modes de production s’agit-il dans le système mondial réel ? Commentaire sur l’article de Wallerstein », Sociologie et Sociétés, 22, 1990, p. 207-222.
- « Pendant que les théoriciens des systèmes-monde commencent correctement par identifier la spécificité du capitalisme avec la production pour l’échange pour le profit par l’accumulation du capital, notamment au moyen du développement des forces productives (l’innovation), ils ne spécifient pas les rapports sociaux productifs particuliers qui sont nécessaires pour mettre en mouvement ces processus. Ils supposent, de manière incorrecte, que ces processus se produiront une fois que sera apparu une division du travail fondée sur le commerce et reliant des organisations politiques multiples, c’est-à-dire une économie-monde. Autrement dit, ils assimilent l’existence d’une économie-monde à l’existence du capitalisme. Ainsi, les théoriciens du système-monde se trouvent face à un dilemme insoluble, même dans leurs propres termes. D’un côté, ils ne peuvent pas expliquer pourquoi des économies-monde antérieures à l’économie-monde moderne n’ont pas été caractérisées par l’accumulation illimitée du capital et l’innovation. D’un autre côté, il leur est difficile de spécifier les caractéristiques de l’économie-monde moderne qui permettent l’accumulation et l’innovation. Pour les théoriciens du système-monde, il existe deux manières de traiter ce dilemme : soit ils nient l’existence d’économies-monde avant l’époque moderne, soit ils ignorent la différence spécifique de l’économie-monde moderne capitaliste, notamment la tendance à développer systématiquement les forces productives. La première n’est pas vraiment une alternative viable, comme le confirme Wallerstein (malgré sa tentative hésitante de nier que l’économie médiévale ait été une économie-monde). En conséquence, il est en fin de compte poussé à fournir un récit de l’économie-monde moderne qui échoue à la distinguer de l’économie-monde médiévale qui l’a précédée et qui échoue à expliquer sa caractéristique la plus spectaculaire : le développement illimité des forces productives, de la productivité du travail » (Robert Brenner, « La théorie du système-monde et la transition au capitalisme : perspectives historique et théorique », 17 novembre 2014).
- Robert Brenner, « The Origins of Capitalist Development : a Critique of Neo-Smithian Marxism », New Left Review, 104, 1977, p. 25-92.
- John Hobson, The Eastern Origins of Western Civilisation, Cambridge University Press, 2004 ; Jack Goody, Capitalism and Modernity : the Great Debate, Polity Press, 2004 ; Jack Goody, The Theft of History, Cambridge University Press, 2007.
- Andre Gunder Frank, Barry Gills, « The Cumulation of Accumulation. Theses and Research Agenda for 5000 Years of World System History », Dialectical Anthropology, 15, 1990, p. 19-42 ; « A Theoretical Introduction to 5 000 Years of World-System History », Review, 13, 1990, p. 155-248 ; « World System Cycles, Crises, and Hegemonic Shifts, 1700 BC to 1700 AD », Review, 15, 1992, p. 621-687 ; « The 5 000-year World System. An interdisciplinary introduction », dans Andre Gunder Frank, Barry Gills (dir), The World System : Five Hundred Years or Five Thousands ?, Routledge, 1993, p. 3-55 ; « The Modern World System under Asian Hegemony. The silver standard world economy 1450-1750 », dans Patrick Manning et Barry Gills (dir), Andre Gunder Frank and Global Development. Visions, Remembrances, and Explorations, Routledge, 2011, pp. 50-80. Voir aussi, écrits après la disparition d’Andre Gunder Frank en 2005, Barry Gills et Robert Denemark, « L’hypothèse de la continuité historique du système monde », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 203-226 ; « One World System or Many : the Continuity Thesis in World System History », dans George Modelski, Robert Denemark (dir), The Encyclopedia of Life Support Systems (EOLSS), EOLSS Publishers, 2010.
- Andre Gunder Frank, « De quelles transitions et de quels modes de production s’agit-il dans le système mondial réel ? Commentaire sur l’article de Wallerstein », Sociologie et Sociétés, 22, 1990, p. 207-222.
- « Mainland ports served as entrepots for external goods, and provided local raw materials in return for imported bulk materials, bullion, and handicrafts. The principal mainland exports between c. 1500 and 1750 were rice and various foodstuffs, timber, elephants, raw cotton, silk, ceramics, gems and other preciosities and forest products. These goods went chiefly to eastern India, Malaya, Sumatra, and south China. The chief imports to the mainland were vast quantities of Indian textiles of different grades, Chinese textiles and handicrafts, Japanese and Chinese copper, and silver from Japan and the New World. In so far as there were higher levels of skill and capitalization, they were probably to be found not on the mainland, but in the textile and handicraft producing centers of eastern India and south China that exported goods to Southeast Asia. In short, in contrast to northwest Europe we have commercially assisted strengthening of mainland Southeast Asian states without a system of economically subordinate maritime zones. The prominence of non-European areas in the trade with Southeast Asia in turn bears upon our final question, the extent to which European economic growth contributed to mainland developments between c. 1500 and 1750. There is no doubt that the mainland’s chief trading partners were Asian merchants rather than European companies in Asia, and that Europeans, both company and private merchants, played a relalively limited role in this period » (Victor Lieberman, « Wallerstein’s System and the International Context of Early Modern Southeast Asian History », Journal of Asian History, 24, 1990, p. 70-90, p. 86-87). Voir aussi Victor Lieberman, Strange Parallels. Southeast Asia in Global Context, c.800-1830 (2 volumes), Cambridge University Press, 2003.
- Jack Greene, « Hemispheric History and Atlantic History », dans Jack Greene et Philip Morgan (dir), Atlantic History : a Critical Reappraisal, Oxford University Press, 2009, p. 299-315, p. 307-308.
- Joseph Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, 1954 (2 volumes).
- Janet Abu-Lughod, Before European hegemony. The World System A.D. 1250-1350, Oxford University Press, 1989.
- Andre Gunder Frank, Barry Gills (dir), The World System : Five Hundred Years or Five Thousand, Routledge, 1993.
- Philippe Beaujard, « The Indian Ocean in Eurasian and African World-Systems before the Sixteenth Century », Journal of World History, 16, 2005, p. 411-465 ; « L’Afrique de l’Est, les Comores et Madagascar dans le système-monde avant le XVIe siècle », dans Nativel (dir), L’Afrique et Madagascar, Karthala, 2007, p. 29-102 ; « East Africa, the Comoros Islands and Madagascar Before the Sixteenth Century : on a Neglected Part of the World System », Azania, 42, 2007, p. 15-35 ; « Un seul système-monde avant le XVIe siècle ? L’Océan indien au cœur de l’intégration de l’hémisphère afro-eurasien », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 82-148 ; « Evolution and Temporal Delimitations of Possible Bronze Age World-Systems in Western Asia, Africa and the Mediterranean », dans Toby Wilkinson, Susan Sherratt, John Bennet (dir), Interweaving Worlds : Systemic Interactions in Eurasia, 7th to 1st Millennia B.C., Oxbow Boox, 2011, p. 7-26 ; « From Three Possible Iron Age World-Systems to a Single Afro-Eurasian one », Journal of World History, 21, 2010, p. 1-43 ; Les Mondes de l’Océan indien (4e millénaire av. J.-C.-VIe siècle), 2 volumes, Armand Colin, 2012 ; « Asie-Europe-Afrique : un système-monde (- 400 – + 600) », dans Philippe Norel, Laurent Testot (dir), Une histoire du monde global, Editions Sciences Humaines, 2012, p. 198-211.
- Guillermo Algaze, The Uruk World-System. The Dynamics of Expansion of Early Mesopotamian Civilization, University of Chicago Press, 1993.
- Victor Lieberman, « Wallerstein’s System and the International Context of Early Modern Southeast Asian History », Journal of Asian History, 24, 1990, p. 70-90. Voir aussi Victor Lieberman Strange Parallels. Southeast Asia in Global Context, c.800-1830 (2 volumes), Cambridge University Press, 2003.
- Edmund Burke III, « The Mediterranean of Modernity : the longue durée Perspective » (dans Judith Tucker, The Making of the Modern Mediterranean, Views From the South, University of California Press, 2019, p. 67-94.
- Barry Gills, « La théorie du système-monde : analyse de l’histoire mondiale, de la mondialisation et de la crise mondiale », Actuel Marx, 53, 2013, p. 28-39, p. 32-33.
- Immanuel Wallerstein, « Les économies-monde et leur histoire. Entretien avec Immanuel Wallerstein », Le Débat, 2009/2, 154, p. 157-170 : « on pourrait avoir une économie-monde qui ne soit pas capitaliste, mais elle ne pourrait pas survivre. Historiquement, de multiples économies-monde se sont construites, mais elles se sont toutes, tôt ou tard, soit converties en empires-monde par la conquête intérieure, soit désagrégées. Seule l’économie-monde créée en Europe au XVIe siècle a pu survivre en installant définitivement le capitalisme (…). D’un autre côté, on ne peut avoir de système capitaliste que dans une économie-monde. C’est un élément crucial, qui permet un équilibre des forces entre les États et les entreprises, équilibre qui n’existerait pas autrement. Les entreprises ont besoin des États pour toutes sortes de raisons qui leur sont essentielles. Mais elles doivent aussi pouvoir agir contre les États si nécessaire, ce qu’elles ne peuvent pas faire dans le cas d’un empire-monde. C’est donc la flexibilité des structures de l’économie-monde qui permet aux capitalistes à la fois d’utiliser, quand ils en ont besoin, la force des États et de leur échapper quand cela les arrange. Mon explication de la raison pour laquelle la Chine n’est pas devenue capitaliste tient à ce qu’elle était un empire-monde ». « Les capitalistes ont existé de tout temps puisqu’il y a toujours eu des gens qui ont voulu obtenir du profit à travers le marché. Mais un système capitaliste est un système dont l’organisation de base est la recherche de l’accumulation incessante du capital : on accumule du capital afin d’en accumuler davantage ». Voir aussi Philippe Norel, L’histoire économique globale, Seuil, 2009, p. 145-149.
- Michel Bruneau, L’Asie entre Inde et Chine, Belin, 2006. Les réflexions de Michel Bruneau sont confirmées par d’autres travaux anglo-saxons : Jan Wisseman Christie, « Negara, Mandala and Despotic State : Images of Early Java », dans David Marr, A Milner (dir), Southeast Asia in the IXth to the XIVth Centuries, Institute of Southeast Asian Studies, 1986, p. 65-94 ; Nicholas Tarling, Cambridge History of Southeast Asia, I, From Early Times to c. 1800, Cambridge University Press, 1992 ; Nicholas Tarling, Southeast Asia, a Modern History, Oxford University Press, 2001 ; Geoff Wade, « An Early Age of Commerce in Southeast Asia, 900-1300 CE », Journal of Southeast Asian Studies, 40, 2009, p. 221-265 ; Craig Lockard, Southeast Asia in World History, Oxford University Press, 2009 ; Arthur Cotterell, A History of Southeast Asia, Marshall Cavendich, 2014 ; Anthony Reid, Robert Moore, A History of Southeast Asia : Critical Crossroads, John Wiley, 2015 ; David Henley, Henk Schulte Nordholt (dir), Environment, Trade and Society in Southeast Asia. A Longue Durée Perspective, Brill, 2015.
- Pierre-Louis Viollet, L’hydraulique dans les civilisations anciennes, 5000 ans d’histoire, Presses de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées, 2000.
- Jacques Adda précise : « L’expansion du capitalisme à l’échelle mondiale ne se traduit pas seulement par l’instauration de rapports de domination entre des économies ayant un niveau de développement inégal. Elle est aussi génératrice d’une diffusion des capitaux, des techniques et des méthodes d’organisation qui suscitent une contestation permanente des avantages acquis. La notion de semi-périphérie tente de cerner cet espace où la logique de diffusion internationale du capitalisme rencontre une dynamique de développement national, généralement impulsée par l’Etat » (« Braudel, Wallerstein et le système d’économie-monde », Alternatives Economiques, 1996).
- Samir Amin, L’Échange inégal et la loi de la valeur. La fin d’un débat, 1973 ; Capitalism in the Age of Globalization, Zed Press, 1997.
- Jacques Adda précise : « Ce qui définit la périphérie est son mode d’insertion particulier dans le réseau d’échanges d’une économie-monde ou, plus précisément, dans la division internationale du travail promue par les puissances qui dominent cette économie-monde. Il importe en effet ne pas s’en tenir à l’échange. La division internationale du travail entre zones centrales et périphériques n’est pas le simple produit d’une distribution aléatoire des ressources naturelles ou factorielles de par le monde. Elle met en jeu une maîtrise des filières d’approvisionnement et de commercialisation et une emprise multiforme du centre sur les productions périphériques. La périphérisation désigne le processus de restructuration des productions des régions tombant sous le contrôle politique (colonisation) ou économique du centre de l’économie-monde, en fonction de ses besoins de consommation finale ou intermédiaire. Les productions périphériques sont ainsi dissociées de la satisfaction des besoins locaux et deviennent directement branchées sur le marché dit mondial. Dans les régions les plus développées de la périphérie (l’Extrême-Orient à l’époque coloniale), la complémentarité vis-à-vis des productions du centre est imposée par l’élimination de toute concurrence effective ou virtuelle » (« Braudel, Wallerstein et le système d’économie-monde », Alternatives Economiques, 1996).
- Philippe Norel, L’histoire économique globale, Seuil, 2009, p. 96.
- Philippe Beaujard, « Un seul système-monde avant le XVIe siècle ? L’Océan indien au cœur de l’intégration de l’hémisphère afro-eurasien », dans Philippe Beaujard, Laurent Berger, Philippe Norel (dir), Histoire globale, mondialisations et capitalisme, Paris, La Découverte, 2009, p. 82-148, p. 124-125.
- Nick Kardulias, World-Systems Theory in Practice : Leadership, Production, and Exchange, Rowman & Littlefield Publishers, 1999 ; « Negotiation and incorporation on the margins of World-Systems : examples from Cyprus and North America », Journal of World-Systems Research, 13, 2007, p. 55-82.
- Pierre Vershueren décrit trois acceptions du « réseau » : 1) une métaphore générale de l’organisation du monde, qui ne fait que donner un autre nom à l’analyse des systèmes ; 2) un ensemble d’infrastructures techniques et sociales, matérielles ou numériques, qui maille les territoires connectés entre eux ; 3) une catégorie d’analyse de la société. Sur cette dernière acception, le doctorant écrit : « Elle vise à dépasser le déterminisme structuraliste tout autant que le modèle de l’homo oeconomicus en plaçant en son centre le lien social lui-même, c’est-à dire l’interaction entre les acteurs39. Concrètement, elle conçoit les relations sociales en termes de nœuds – des acteurs, des objets ou des institutions – et de liens entre ces nœuds ; à partir de ces deux éléments, il est possible de modéliser un réseau social, et de former une structure analysable par le biais d’indicateurs statistiques et représentable graphiquement. La structure obtenue n’est pas le résultat de catégories prédéfinies, de normes sociales ou d’attributs individuels de ses nœuds, mais uniquement de la position de ceux-ci les uns par rapport aux autres. Il s’agit dès lors, pour « faire des choses qui tiennent », de combiner cette méthode avec l’étude des identités, des dynamiques, des organisations, des institutions, des structures sociales. Cette perspective d’usage comprend aussi les analyses mobilisant les réseaux de façon plus qualitative, pour saisir des ensembles de relations interpersonnelles structurées plus ou moins durablement : il permet ainsi d’étudier des sujets aussi variés que la mobilisation en politique de groupes d’individus, la structure des relations amicales ou des flux de migration, voire encore le rôle des liens faibles comme vecteur d’information dans le marché du travail. Ce sont ces aspects, de métaphore globale et de catégorie d’analyse, qui nous intéressent le plus dans ces travaux, puisque ce sont ceux qui recouvrent les enjeux méthodologiques les plus directs pour l’historien » (« Dompter l’Hécatonshire. Les réseaux dans l’atelier de l’historien », Hypothèses, 19, 2016, p. 177-186, p. 183-184).
- Immanuel Wallerstein, The End of the World as we Know it : Social Science for the Twenty-First Century, University of Minnesota Press, 1999 ; Comprendre le monde : introduction à l’analyse des systèmes-monde (traduction de World-Systems Analysis. An Introduction par Camille Horsey), La Découverte, 2006.



