Le Webdossier de L’Histoire sur « Religion et pouvoir dans le monde romain de 218 avant J.C. à 235 après J.C. » recense près de 40 articles rédigés par des spécialistes. Parmi ceux-ci, voici une sélection pertinente de 10 articles, y compris l’introduction du dossier.

1. Introduction (Sylvia Estienne) ;
2. Qu’est-ce qu’un Romain ? (Paul Veyne) ;
3. Le miracle romain (Claude Nicolet) ;
4. Les païens et leurs dieux (Paul Veyne) ;
5. La mort des dieux romains (John Scheid) ;
6. Les rites initiatiques des jeunes Romains (Jean-Noël Robert) ;
7. L’affaire des Bacchanales (Pierre Grimal) ;
8. Un scandale politique à Rome : l’affaire Clodius (Catherine Salles) ;
9. Visite au Forum d’Auguste (Yves Perrin) ;
10. Mort d’un prince, naissance d’un dieu (Frédéric Hurlet).

Introduction du Dossier L’Histoire « Religion et pouvoir dans le monde romain » (Sylvia Estienne)

– 218 av. J.C. : Deuxième Guerre Punique : deuxième des trois conflits connus sous le nom de « Guerres Puniques », qui opposent Rome à Carthage. Plus précisément, ce conflit se déroule au III e siècle av. J. -C., de 218 à 203 av. J.C. en Europe, puis de 203 à 202 av. J.C. en Afrique.
– Première Guerre Punique : 264-241 av. J.C.
– Troisième Guerre Punique : 149-146 av. J.C. avec l’anéantissement de Carthage.

Remarque : La chronologie s’arrête à 235 qui correspond à la fin de la dynastie des Sévères, tandis que les bornes chronologiques de la question au CAPES 2022 sont délimitées entre -218 et 250, c’est-à-dire à la persécution des Chrétiens par Trajan Dèce incluse.

La religion des Romains

Une religion ritualiste, centrée sur l’exécution des rites et non sur l’affirmation d’un dogme théologique comme nos sociétés occidentales (cf. John Scheid, « Quand faire c’est croire ») ;
Polythéiste avec des dieux romains indéniablement supérieurs aux hommes mais qui n’en participent pas moins à la vie de la cité (cf. expression de John Scheid qui parle de « dieux citoyens »).
Civique : le choix de l’intitulé « religion et pouvoir » rappelle qu’à Rome, les pratiques religieuses sont indissociables du fonctionnement de la cité, au niveau « public » comme « privé ».

Ce modèle interprétatif d’une « religion civique », privilégié depuis plusieurs décennies, invite à analyser l’articulation entre les pratiques religieuses et les institutions civiques : analyser les structures du pouvoir religieux à Rome, mesurer son impact sur la vie politique, mais plus largement comprendre comment les pratiques religieuses, collectives et individuelles participent de l’élaboration et de la négociation des normes politiques et sociales.

La religion romaine face au pluralisme

Les bornes chronologiques du programme, depuis la Deuxième Guerre Punique qui voit l’émergence de Rome comme grande puissance méditerranéenne jusqu’à la persécution de Trajan Dèce, invitent à prendre en compte les évolutions du système religieux romain au miroir de la mise en place progressive d’un gouvernement impérial et de la transformation de l’identité romaine.

Avant d’être une puissance méditerranéenne de premier ordre, Rome s’est d’abord imposée régionalement. Le fonctionnement des cultes publics reflète les différentes étapes de la lente émergence d’une Italie romaine, depuis les très anciennes Féries latines jusqu’à l’hellénisation du culte de Cérès en passant par les haruspices étrusques, d’abord appelés en qualité d’experts étrangers avant de devenir (sans doute à la fin du Ier siècle avant J.C.), des assistants officiels des magistrats. Plus tard, l’intégration des cultes d’origine grecque et orientale dans les sphères publique et privée, selon des modalités et des temporalités variées, peut donc être mise en rapport avec la construction de l’Empire romain et doit être analysée en fonction du contexte général tout autant que des contextes locaux.

L’instauration du principat par Auguste (forme de gouvernement instaurée par Auguste entre 31 et 27 av. J.C. et qu’il fait évoluer jusqu’à sa mort en 14 ap. J.C. ; il fait suite à une longue période de guerres civiles et marque la fin de la République romaine et le début de l’Empire romain) eut un impact sur le système religieux avec le « culte impérial ». Il ne s’agit pas d’une religion d’État imposée par le pouvoir central, mais d’un ensemble de pratiques religieuses diverses, nées souvent d’initiatives locales, visant à reconnaître la nouvelle réalité du pouvoir et la redéfinition des hiérarchies politiques dans le cadre des systèmes religieux existants. Rôle d’Auguste fondamental => par ses initiatives et réactions face aux honneurs quasi divins qu’on lui décernait, a redéfini clairement les contours de la représentation symbolique du pouvoir impérial.
Le règne d’Auguste marque aussi l’achèvement du processus de transformation des territoires soumis par la conquête romaine en un ensemble territorial intégré. Aboutissement symbolique de ce mouvement : édit de Caracalla (212) qui donne la citoyenneté romaine à tous les habitants libres de l’Empire => entraîna une reconfiguration de l’identité romaine, y compris dans la sphère religieuse.
Les recherches de ces dernières décennies ont toutefois montré la persistance des religions traditionnelles, de même que la vitalité des structures civiques jusque dans l’Antiquité tardive. A l’intérieur de ces structures toutefois, les équilibres socio-politiques se modifièrent : si la diffusion de la citoyenneté romaine laissait aux individus et aux collectivités une grande liberté dans le choix des panthéons (temples consacrés à certains dieux chez les Romains et les Grecs), elle allait également de pair avec des formes d’homogénéisation. Or, la documentation témoigne d’une multiplication des affiliations religieuses au sein de l’empire : comment expliquer ce foisonnement ? Toutes les affiliations religieuses étaient-elles compatibles ? On pouvait être un bon Romain, vénérer Mithra (dieu d’origine indo-iranienne) et rendre hommage aux dieux traditionnelles, mais d’autres affiliations, notamment celle des Juifs et des Chrétiens, apparaissent plus exclusives.

Vers un monde chrétien ?

La christianisation de l’empire résulte d’un processus long, dont les étapes majeures se situent aux IVe et Ve siècle ap. J.C, à partir du moment où la faveur impériale va donner un poids nouveau aux chrétiens et contribuer à la structuration d’une Église unitaire. Le christianisme ne naît pas tout armé au Ier siècle ap. J.C. Ce nouveau type de système religieux se construit progressivement, et les communautés chrétiennes ne formèrent pas d’emblée un groupe homogène. La nature exclusive du christianisme structura aussi au gré des rapports complexes que ces communautés entretenaient avec les autorités publiques et le reste de la population.

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