Les révoltes populaires en France et en Angleterre aux XVIIe et XVIIIe siècles

I) La question de la conscience politique du peuple face à la révolution anglaise et à la Fronde

1) La conscience politique des plunderers de Colchester (1642)

– En Angleterre pendant la guerre civile, les soutiens au Parlement ou au roi font ressortir des différences régionales et l’historiographie oppose généralement le Sud-Est pro-parlementaire et un ensemble Nord et Ouest pro-royaliste. La participation populaire dans la révolution anglaise relèverait de trois modèles explicatifs mis en avant par les historiens : la déférence à l’égard des élites locales, qui expliqueraient la capacité des forces royalistes à lever des troupes dans leur propre comté, le localisme, qui expliquerait de la même manière la capacité du Parlement à lever des troupes dans un certains « fiefs » électoraux, et le sentiment de « classe », qui s’exprimerait à travers un parlementarisme « populaire ». Dans un certain nombre de cas, c’est la haine contre la gentry qui serait à l’origine du déchaînement de la révolte populaire au cours de l’été 1642 (Underdown, 1985).

– Un des célèbres épisodes est celui des « pillards de Colchester » d’août 1642. Ces émeutes de la Stour Valley, où des milliers d’insurgés virent piller les biens des riches propriétaires terriens, ont longtemps incarné l’exemple paradigmatique du conflit de classe, qui traduirait le comportement de la plèbe dans le cours de la révolution. C’est un niveau jamais atteint d’attaque contre la gentry et la destruction de ses biens. D’après John Walter, il s’agirait d’une rupture décisive avec la tradition protestataire des siècles précédents, où la révolte n’intervenait qu’en dernier ressort, après l’expression d’une violence rhétorique ou symbolique dirigée contre les effigies d’enclosers. L’étude des Colchester plunderers de John Walter met l’accent sur la notion de « culture politique populaire », définie par un certain nombre d’attentes vis-à-vis des autorités : un roi juste qui protège son peuple de l’oppression, qui respecte le sentiment religieux de ses sujets, qui garantit la possibilité d’une économie « morale » en matière de prix agricoles. Or, la politique de Charles Ier des années 1630, revendiquant forêts et marécages comme propriété de la couronne, lui aliéna les populations qui en avaient l’usage, et une partie de l’aristocratie dépossédée. La révolte de Colchester fut suivie par des émeutes dans l’Essex et le Suffolk. La presse décrivait l’irrationalité des émeutiers qui pillaient et détruisaient. En réalité, les cibles n’étaient pas choisies au hasard : les propriétés visées étaient celles de familles catholiques, de la nobilité ou de la gentry qui s’apprêtaient à rejoindre le roi pour prendre les armes contre le Parlement. Les révoltes ne visaient pas à changer l’ordre social, elles n’exprimaient pas une conscience de classe mais une adhésion à la cause du Parlement, que les imprimés rendaient très présente dans l’espace public, un fort antipapisme populaire et des préoccupations économiques. Elles s’inscrivaient dans un contexte très particulier qui révèle une « politique populaire » cohérente, dans laquelle se mêlaient des considérations locales et nationales.

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