Jean FLORI, Guerre sainte, jihad, croisade. Violence et religion dans le christianisme et l’islam, Éditions du Seuil, 2002

Dans cet ouvrage, passionnant, Jean Flori tente de montrer l’évolution doctrinale du christianisme et, dans une moindre mesure, l’islam, par rapport à la violence dite guerre sainte ou jihad.
Le livre est divisé en 4 parties et 14 chapitres complétés par un recueil de textes concernant la guerre dans le christianisme et dans l’islam.

Le christianisme de Jésus se définit comme une religion de paix. Cependant, à la fin du XIe siècle, le pape Urbain II prêche la croisade, expédition de guerre sainte prescrite aux chevaliers chrétiens en rémission de leurs péchés, destinée à reprendre par la force le Saint Sépulcre de Jérusalem, tombé quatre siècles et demi plutôt entre les mains des musulmans, ce qui montre une révolution doctrinale. Au contraire de l’islam, pour qui, dès l’origine, Mahomet va répandre par l’usage de la violence et accepte la guerre sainte (jihad), amplifiée par ses successeurs.

Mais, dès le début du 4e siècle, avec l’empereur Constantin, l’attitude violente évolue. L’essor de la papauté et l’implication de l’Église dans la société féodale apportent de nouveaux éléments de sacralité à l’usage de la violence armée lorsque celle-ci est destinée à défendre l’Église, ses personnes et ses biens terrestres…La Reconquista espagnole et la lutte pour la papauté grégorienne achèvent de donner à la guerre pour la « bonne cause » ses traits de guerre sainte. L’idée de croisade en découle, à la fin du XIe siècle, au moment où la perspective d’une nouvelle invasion musulmane semble menacer le monde chrétien, en Orient avec les Turcs, en Espagne avec les Almoravides (P.8).

Par ce temps, dans l’empire islamique, créé par les conquérants d’Allah, se développe une civilisation brillante et fascinante qui, tout en adoptant pleinement le concept de guerre sainte, pratique à l’intérieur de ses frontières et sous ses lois une assez large « tolérance » envers les religions monothéistes, avec un « complexe de supériorité », même si les défaites militaires provoquent amertume et rancœur.
Ce livre, donc, cherche à décrire l’évolution des idées, des mentalités et des attitudes des deux religions envers la guerre, la naissance de l’idée de guerre sainte en Occident, son interaction avec l’idée de jihad dans l’islam qui lui fait face, jusqu’à l’appel à la croisade, qui est le dramatique aboutissement d’une évolution militaire (p.9). Les deux religions en arrivent, à cette date (fin XIe siècle) à un niveau similaire de sacralisation de la guerre. La croisade marque le terme du présent ouvrage. Il n’est donc pas inutile, pour mieux comprendre notre temps, de se pencher sur les racines des idéologies de guerre sainte.

1ère partie : Guerre et christianisme de Jésus à Charlemagne (1e-8e siècle)

Chap. 1 : Le refus de la violence. Les chrétiens et la guerre dans l’Empire romain païen

Peu de religions, sous leur forme originelle, ont été aussi réfractaires à la violence et la guerre que le christianisme.

– Jésus : le message certifié par l’amour de Dieu et de son prochain. Avec une dimension universelle internationale, par opposition à la religion hébraïque, qui demeure foncièrement nationale ou éthique. Jésus est dans une attitude de refus total de la violence, qui lui a valu des adversaires et n’a pas contribué à asseoir sa réputation parmi son peuple. Il instaure la loi d’amour universelle qui abolit les frontières et les antagonismes politiques, sociaux et raciaux. Dans le comportement comme dans les paroles de Jésus, on ne trouve nulle exclusive, nulle barrière ethnique, raciale ou sociale (P.18). L’objectif est de gagner le paradis céleste, plus important.

– Les premiers chrétiens : dès lors, ces derniers se désintéressent des royaumes de ce monde. Bientôt les chrétiens, tous d’origine juive au début de la prédication du christianisme deviennent majoritairement d’anciens païens convertis.

– L’Église et la guerre dans l’Empire païen : la foi catholique et le service guerrier sont totalement incompatibles. Un chrétien doit refuser de tuer, même s’il est déjà soldat ; il ne doit pas donc s’engager dans l’armée. Ainsi, les persécutions et les tortures contre les chrétiens s’amplifient à la fin du IIIe siècle et au début du IVe siècle face à leur refus, pour des raisons morales, de servir l’armée impériale, ce qui n’empêche pas le christianisme de se diffuser surtout en Orient. Ce phénomène va entraîner un revirement total de l’attitude impériale envers la nouvelle religion sous Constantin, au début du IVe siècle. L’attitude des chrétiens en sera profondément modifiée. Jusqu’alors réfractaires à l’usage de la violence et des armes, les chrétiens vivent dans un empire romain favorable à leur foi se sentant désormais tenus de le servir et de le défendre. L’accent nouveau mis sur l’Église terrestre comme accomplissement au moins partiel du « royaume de Dieu » change les perspectives. L’usage de la non violence et des armes, interdit jusqu’alors, va s’en trouver justifié dans certaines conditions.

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