Stéphane Haffemayer analyse dans trois articles différents la construction de la figure de Charles Ier en Angleterre et en France par ses opposants après son exécution en 1649. La question de la diffusion des nouvelles entre l’Angleterre et la France est au coeur de ces réflexions. La représentation centrale du « tyran » depuis l’Antiquité permet aux rébellionnaires radicaux et aux parlementaires anglais de justifier leurs actions violentes. Tandis que le Parlement de Westminster se lance dans une vraie campagne de propagande grâce aux médias (newsbooks), la Gazette de Renaudot ne diffuse que des informations restreintes en France, sur ordre de Richelieu. Cela n’empêche pas l’opinion éclairée française de se tenir au courant des faits, même par le biais des rumeurs. Rumeurs et réalités gagnent en importance contre le ministériat et sont reprises par les Nobles pendant la Fronde pour justifier leur « devoir de révolte ».

 

La mort de Charles Ier Stuart dans la culture politique française au XVIIe siècle, Dix-Septième Siècle, 257, 2012/4, p. 605-605

L’exécution d’un roi catalyse inévitablement une réflexion politique et morale sur l’exercice du pouvoir, la justice, le sacrifice, la légitimité de la violence politique. L’auteur souhaite analyser le développement de cet imaginaire au cours du XVIIe siècle.

De prime abord, dans le contexte de « l’hiver des monarchies », la mort de Charles Ier provoqua un ébranlement des consciences. L’Europe monarchique réprouve unanimement l’exécution du roi d’Angleterre. En France, tandis que la plupart des textes semblaient exprimer la force du lien qui unissait les peuples à leur souverain, en profondeur, le régicide suscita une réflexion politique sur l’exercice du pouvoir, dans laquelle opéraient les divergences idéologiques qui parcouraient l’opinion française. L’Apologie royale pour Charles Ier, écrite par Saumaise, commandée par Christine de Suède, connut 13 éditions entre novembre 1649 et 1652 ; elle incarne une forme érudite de l’indignation contre les tyrannicides. John Milton répliqua vertement dans le Pro populo Anglicano Defensio en 1651 à l’intention de l’Europe savante ; à la veille de la Révolution, il fut traduit en Français par Mirabeau.

La figure du tyran occupe une place centrale dans l’imaginaire politique depuis l’Antiquité. Réactivée pendant les guerres de religion, elle est un élément rhétorique clé de la révolte : face aux théories monarchomaques qui justifiaient la résistance armée légitime, se dressèrent ceux qui, comme Luther ou Hobbes, dénonçaient l’usage qu’en faisaient les régicides : pour Hobbes, l’accusation de tyrannie était un prétexte commode qui permettait à des peuples indociles de se débarrasser d’un souverain impopulaire. Pendant la Fronde, le terme s’appliqua abondamment à Mazarin, usurpateur de l’autorité royale.

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