Au beau milieu de[s] confrontations théologiques [de l’époque moderne, D. T.], l’absence de tout contenu religieux dans la Fronde, cette guerre du xviie siècle, est frappante. la Fronde est, avant tout, un affrontement politique et le résultat immédiat de l’avènement de l’absolutisme royal et de l’opposition qu’il a suscitée.

Ce jugement de l’historien israélien Moshe sluhovsky résume bien l’état de l’historiographie : si les historiens débattent depuis deux cent ans du caractère révolutionnaire ou réactionnaire, populaire ou élitaire, progressiste ou passéiste de la Fronde, peu ont pris au sérieux les références religieuses pourtant nombreuses dans les mazarinades.

Au xixe siècle, les historiens monarchistes brossèrent le portrait d’une période d’anarchie tandis que les libéraux y virent une « révolution manquée ». Après la seconde Guerre mondiale, le néerlandais ernst Kossmann critiqua les thèses de ces deux courants. Il montra que le Parlement de Paris n’était ni révolutionnaire ni réactionnaire. les frondeurs défendaient la monarchie absolue tout en estimant que le Parlement pouvait y trouver sa place.

Les Clionautes multi-écran

Vous souhaitez lire la suite ?

Actifs dans le débat public sur l'enseignement de nos disciplines et de nos pratiques pédagogiques, nous cherchons à proposer des services multiples, à commencer par une maintenance professionnelle de nos sites.

Adhérer aux Clionautes pour accéder aux ressources disponibles dans l'espace réservé ne se limite pas à un simple réflexe consumériste.

La modestie de la cotisation demandée ne saurait donc constituer un obstacle pour un soutien à notre démarche.

*Bibliographie :

Moshe sluhovsky, « la mobilisation des saints dans la Fronde parisienne d’après les mazarinades », in : Annales 54 (1999), pp. 353-374.

Ernst Kossmann, La Fronde, Leyde 1954.

Boris Poršnev, Traduction française : Les Soulèvements populaires en France au XVIIe siècle, Paris 1972.

Voir les thèses de Roland Mousnier, de Pierre Deyon et de Pierre Goubert : Hubert Méthivier, La Fronde, Paris 1984, pp. 17-18. Denis Richet parle des « balbutiements de la Fronde » : Denis Richet, La France moderne : L’Esprit des institutions, Paris 1973, pp. 135-139.

François Bluche, Louis XIV, Paris 1986, p. 58.

Arlette Jouanna, Le Devoir de révolte : la noblesse française et la gestation de l’État moderne,
1559-1661, Paris 1989, pp. 217-244.

Hubert Carrier, Le Labyrinthe de l’État. Essai sur le débat politique en France au temps de la Fronde (1648-1653), Paris 2004.

Christian Jouhaud, « Retour aux mazarinades : « opinion publique », action politique et production pamphlétaire pendant la Fronde », in : La Fronde en questions. Actes du dix-huitième colloque du centre méridional de rencontres sur le XVIIe siècle, Roger Duchêne et Pierre Ronzeaud (dir.), Aix-en-Provence 1989, pp. 297-308.

Françoise Hildesheimer, Richelieu. Une certaine idée de l’État, Paris 1985, pp. 45-46.

Fanny Cosandey et Robert Descimon, L’Absolutisme en France. Histoire et historiographie, Paris
2002, p. 96

Marcel Gauchet, « l’État au miroir de la raison d’État : la France et la chrétienté », in : Raison et déraison d’État. Théoriciens et théories de la raison d’État aux XVIe et XVIIe siècles, Yves charles Zarka (dir.), Paris 1994, pp. 193-244. Joël Cornette suit également cette thèse. Il reconnaît un conflit fondamental entre ceux qui donnent la priorité à la religion et ceux qui suivent les intérêts « machiavéliques » de l’État : Joël Cornette, Le Roi de guerre. Essai sur la souveraineté dans la France du Grand Siècle, Paris 1993, p. 138.

Orest A. Ranum, Te Fronde : A French Revolution 1648 1652, New York 1993.