Introduction

1) L’émancipation féminine –même incomplète, et loin d’être universelle- constitue l’acquis le plus incontestable du XXe siècle. Elle revêt quatre dimensions :

  • politique : droit de vote et accession aux responsabilités
  • sociale : fin de la plupart des discriminations, légales au moins éducative : égalité dans la formation
  • démographique : recul du nombre de maternités et de la mortalité périnatale
  • sexuelle : reconnaissance de l’autonomie, ainsi que du plaisir féminin, enfin découplé de la reproduction.

2) Cette émancipation touche le monde entier : même l’Arabie saoudite s’apprête à reconnaître aux femmes le droit de conduire une voiture, et l’absence de droit de suffrage féminin apparaît une incongruité, même au sein des pays musulmans conservateurs, tels que l’Iran.

3) Les tentatives périodiques, de moins en moins assurées, pour « renvoyer les femmes à la maison », ont dans l’ensemble échoué à interrompre durablement le mouvement global, et ce sont plutôt les régimes qui les promouvaient (ultra-conservateurs, fascistes) qui ont disparu.

4) Il reste cependant beaucoup à faire pour que le formel coïncide avec le réel. Ainsi, il s’est déroulé une soixantaine d’années entre l’acquisition du droit de vote par les femmes françaises (1944) et leur accession concrète à des responsabilités politiques équivalentes à celles des hommes.

5) En outre, les rythmes d’évolution furent très différents d’un pays à l’autre. Ainsi l’avortement ou même le divorce restent interdits, ou étroitement encadrés, dans certains pays catholiques. L’homosexualité (surtout masculine il est vrai) demeure proscrite, et parfois durement sanctionnée, dans d’autres pays, musulmans en particulier. Le voile est imposé dans certains pays, tel l’Iran. Alors, convergence ou divergence ?

6) L’histoire du XXe siècle pourrait être réécrite en termes de genre. Ainsi, à la libre sexualité des débuts de la révolution russe succéda, sous Staline, l’interdiction de l’avortement et même en pratique du divorce. Les régimes ultra-conservateurs menèrent de véritables « guerres contre les femmes », de la dernière exécution pour avortement dans la France de Vichy aux talibans afghans ou à l’Etat islamique imposant le port du voile intégral, la polygamie et l’abolition de l’éducation des filles. Du point de vue du genre, les antagonismes entre gauche et droite perdent de leur signification, une manière de coalition centriste, animée d’esprit libéral, se trouvant souvent être la plus progressiste. Enfin, l’évolution technologique (« Moulinex libère la femme », slogan publicitaire des années soixante-dix) ou le discours politique (le care, l’importance prise par les questions de consommation et de mode de vie) furent conditionnés par les nouveaux rôles féminins et, en retour, les conditionnèrent.

7) Il ne faut pas oublier la diversité du monde féminin : statut social, appartenance nationale, adhésion religieuse, inclinations culturelles ou politique, orientation sexuelle, classe d’âge…

Au plan de l’action en vue de l’émancipation féminine, un problème insoluble est de savoir s’il faut miser sur une revendication et une organisation féminines distinctes, ou sur une participation féminine à des mouvements d’ensemble.

I – L’émancipation politique

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