Les touristes lors de leur déplacement, mettent en œuvre un projet fondé sur des pratiques et pour cela ils choisissent un lieu ou plusieurs ou arbitrent entre différentes destinations. Pour mener à bien ce voyage, ils mobilisent des services et connaissances en amont puis un moyen de transport et sur place un hébergement comme toute une série de prestations. Très rapidement, des opérateurs ont su saisir les enjeux économiques de la mobilité touristique. Quels que soient l’espace et le temps, cette logique fonctionne et le Sanditon de Jane Austen (1817) montre bien que des acteurs privés se souciaient de créer des lieux et des services adaptés aux nouveaux voyageurs que constituaient les touristes.

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De même, la puissance publique n’a jamais été désintéressée du tourisme même si les politiques d’État ont été plus tardives que l’action locale à travers des associations comme le premier Syndicat d’Initiative à se mettre en place. Cependant, très tôt, les États ont su utiliser le tourisme pour servir leur politique ou régler des tensions politiques à tous les échelons. L’espace qui devient touristique peut incarner 1 enjeu pour le pouvoir central et la venue de touristes peut être un outil à sa politique. Enfin, la co-présence entre les habitants et les touristes produit une évolution de la société locale qui peut conduire à des changements souhaités par le pouvoir central dans la mesure où, au XIXè siècle en Europe, et aujourd’hui dans le Monde, les élites sont des urbains, porteurs de centralité et contribuent à leur manière à renouveler la société locale tout en la pacifiant souvent. Avec les années 1850, le tourisme est devenu et un marché économique et une activité aux enjeux politiques forts. Cela s’observe de toutes les manières.

I – Panorama des acteurs du marché

L’apparition d’un marché touristique peut être datée car elle correspond à 3 événements : la création du métier de tour-opérateur avec Thomas Cook, l’apparition des premiers guides touristiques avec les collections Murray, Joanne et Baedeker [TISSOT, 2000] et celle des Grands Hôtels. Ces innovations se produisent parallèlement entre 1830 et 1850 en Europe et aux Etats Unis. Le tourisme passe alors d’un stade artisanal à un stade industriel. [MIT, 2011] lorsqu’advient l’« industrie des étrangers » [KNAFOU, 2008]. Aujourd’hui, les Entreprises et les acteurs du tourisme sont très nombreux et très variés quant à leur taille et leur fonctionnement.

1) Les opérateurs de voyages : producteurs et distributeurs

En France, 4 000 entreprises assurent un chiffre d’affaires de 26 milliards d’€ employant 31 000 pers. dont ¾ sont des femmes. Depuis 2010, environ 250 à 290 entreprises sont créées/an, et le nombre de défaillances annuelles oscille entre 80 et 100. En Inde, le nombre d’entreprises reconnu par le Ministère du Tourisme s’élève à 990 avec la répartition suivante : 402 agences de voyage, 392 tour-opérateurs réceptifs, 70 opérateurs de transport de tourisme, 38 tour-opérateurs d’aventure, 89 tour-opérateurs domestiques [Annuaire de l’Inde, 2016].

Le secteur du tourisme est organisé selon deux grandes logiques d’activité : les producteurs du voyage et les distributeurs du voyage. Les producteurs de voyage sont principalement « des tour-opérateurs (TO) qui imaginent et élaborent des voyages, du simple vol au forfait […]. Les tour-opérateurs proposent ensuite ces forfaits aux consommateurs par l’intermédiaire des « distributeurs » ou en direct. Pour construire ses voyages, le tour-opérateur fait appel à des hôtels ou à des compagnies aériennes et à de nombreux autres prestataires » [Panorama des entreprises, 2016]. Ils forment le marché de l’émission (du point de départ vers le point d’arrivée). En 2016, existent 400 à 500 opérateurs de voyage sur le marché français dominé par quelques grands groupes : Club Méd (946 millions d’€ de chiffre d’affaires en 2015), Euro Disney Vacances (717 millions d’€), TUI France (686 millions d’€), Transat France (448 millions d’€) et Th. Cook (375 millions d’€). Sur les 150 premiers français, 54 ont leur siège social à Paris et 78 en Ile-de-France. En région, deux pôles apparaissent avec les Bouches-du-Rhône (13 sièges) et la région lyonnaise (8 sièges). Puis ils sont disséminés sur l’ensemble du territoire comme GTI à Lille, Corsicatours à Porto-Vecchio… A ce premier dualisme quantitatif s’ajoute un clivage selon le rang dans le classement : 8 des 20 plus importantes sont à Paris et 15 pour l’ensemble de l’Île de France. Les mieux classés en région sont Exotismes à Marseille et Vacances Héliades à Aix-en-Provence, Salaün évasion à Pont-de-Buis-les-Quimerch ou Mer Montagnes Vacances à Saint-Laurent-du-Var.

On distingue 3 catégories de tour-opérateurs : les généralistes, les spécialistes et les groupistes. Les premiers sont une vingtaine en France avec FRAM, TUI, Nouvelles Frontières ou Marmara mais aussi Amplitudes ou Rev’vacances. Ils se caractérisent par une offre très variée. Ils sont généralement très connus du grand public pour leur marques-phares du marché touristique. Toutefois, ils peuvent avoir leurs spécificités en termes de produits vendus et de destinations investies. Ainsi, FRAM propose 4 catégories de voyage (séjours, familles, circuits, croisières), 2 types d’hébergement : hôtels-clubs Framissima de la marque et camping. 46 pays sont proposés. L’ensemble des prestations peuvent être accessibles depuis 10 villes françaises selon les dates du voyage, mais aussi depuis Bruxelles. Marmara (groupe TUI) s’inscrit dans une autre logique d’offres. Elle ne propose que des séjours en hôtel-clubs dans 8 pays sur pourtour méditerranéen avec 2 destinations importantes : 11 établissements en Grèce et 10 en Espagne avec implantations bien ciblées : 4 clubs aux Baléares et 4 aux Canaries, par exemple.

Les spécialistes sont des tour-opérateurs dont l’offre est fondée sur 1pays ou sur 1 produit. Atalante s’est ainsi spécialisé dans le trek, la randonnée et la découverte mais offre 80 destinations dans son catalogue ; La Balaguère a vendu des vacances à pieds et à vélo à plus de 14 000 clients (2015). En revanche, les destinations et les modalités du voyage sont extrêmement nombreuses et rappellent les généralistes. D’autres offrent des voyages vers un pays ou une région du Monde : Scanditours permet de visiter les pays du Nord de l’Europe, Celtics Tours emmène ses clients seulement en Irlande et Ecosse. D’autres, enfin, se sont spécialisés dans le voyage en groupes : ce sont les « groupistes ». Transunivers avec 150 000 clients/an propose des voyages dans Monde entier comme Mondoramas avec une offre très diversifiée constituée de 9 rubriques mais centrées sur la France et l’Europe. Il montre une certaine originalité avec sa rubrique « fêtes » permettant de se rendre à la fête des Chrysanthèmes de la Forêt Noire ou au Bal des Cafetiers à Vienne.

Les distributeurs « fournissent aux consommateurs, l’expertise, la garantie et la vente libre de billetterie, d’hébergements, de locations de voiture, de forfaits et de voyages à la carte dans des agences de voyages ou via leur site Internet » [Panorama des entreprises, 2016]. C’est aussi le marché à l’émission qui est constitué par des agences en réseaux, des indépendants, des agences on-line et la grande distribution. Si les agences de voyage vont produire leurs propres voyages comme un tour-opérateur, l’essentiel de leur activité est réalisé avec la billetterie qui représente environ 75% du chiffre d’affaires suivie de la vente de voyage organisé. En France, une dizaine de grands réseaux d’agences de voyage se partagent le marché avec un total de 3 500 points de vente.

Photocopie tableau p.90

Parmi ces agences, la grande distribution fait son apparition dans les années 90 avec un développement assez conséquent en France. Leclerc, Carrefour, Auchan… se sont lancés dans l’aventure. Aujourd’hui, la situation est inégale selon les enseignes. Mousquetaires vacances a cessé cette activité en 2007, Casino Voyages en décembre 2013 du fait d’une rentabilité insuffisante. Parallèlement, Auchan, Leclerc et Carrefour ont une activité performante avec 30% de prise de commande en plus pour le dernier. Et le marché continue d’évoluer puisque Lidl a lancé une plateforme de réservation de voyages sur le Net dès septembre 2017. Enfin, le « e-tourisme » prend une place nouvelle et importante depuis qu’Internet est devenu un outil de marché touristique pour la vente et la promotion. S’ajoute le « m-tourisme » qui correspond aux applications téléchargeables sur smartphones. L’arrivée du Net a transformé le marché du tourisme en faisant apparaître de nouveaux acteurs : les agences en ligne (OTA) et les comparateurs de prix.

Enfin, dans chaque destination, se trouvent les réceptifs : « ils accueillent et prennent en charge les visiteurs sur le territoire national. Ils conçoivent des produits touristiques, excursions et séjours, pour l’accueil des clients des agences de voyage. » [Panorama des entreprises, 2016]. Ils sont connus sous le nom de DMC (Destination Management Compagny). Ils se répartissent entre des excursionnistes, des spécialistes « loisirs » et/ou « affaires » comme des organisateurs de congrès, séminaires. Sur les 3 600 agences que compte la France, 1 200 ont une activité réceptive et 170 sont spécialisées dans l’accueil. Leur volume d’affaires représente 6 millions d’€. Ces DMC peuvent être des organismes locaux du tourisme (comme les Offices du Tourisme), des prestataires d’activités (culturelles, artistiques et sportives), ou des gestionnaires d’hébergements ou encore des transporteurs. Là encore Paris domine (44% des agences pour 62% du volume d’affaires) suivie par la Côte d’Azur. Ces agences jouent aussi un rôle très important dans le redéploiement des flux de voyageurs vers les sites touristiques : par exemple : Paris vers les Châteaux de la Loire ou Lyon vers Chamonix. En France, les 3 plus importants sont Évolution Voyage, Paris-City-Vision, Syltours Inconing.

Enfin, tous les métiers du service peuvent devenir des acteurs du tourisme dans une destination : les petits taxis à Marrakech, les guides touristiques, les restaurateurs, les vendeurs de souvenirs… Il s’agit alors d’une galaxie d’entrepreneurs qui travaillent exclusivement ou partiellement avec les touristes. Ici, prennent place aussi les opérateurs qui développent des projets touristiques, y compris les associations qui proposent des produits et des destinations écotouristiques le plus souvent.

2) Les hébergeurs

L’hébergement est une autre part importante du marché touristique tant par le volume des établissements que par le nombre de lits. Il est difficile d’estimer le nombre exact de places disponibles dans le Monde du fait du caractère légal des uns et illégal des autres. Deux grands ensembles se distinguent : les hébergements marchands ou banalisés et les hébergements non marchands/non banalisés. Les premiers sont tous les hébergements mis sur le marché de manière officielle avec les hôtels, les campings, les résidences de tourisme et les meublés ; les deuxièmes sont le monde des résidences secondaires dont l’identification est difficile car elles peuvent être prêtées ou louées sans être déclarées. Chaque catégorie se définit de manière précise et certains se subdivisent en plusieurs sous-ensembles comme l’hôtellerie.

L’hôtellerie indépendante est constituée d’entreprises juridiquement et économiquement autonomes, souvent familiales, et représente 57% du parc hôtelier en France. L’Hôtellerie de chaîne « est définie comme l’ensemble des hôtels ayant une enseigne d’un groupe hôtelier quelque soit leur statut juridique ». [Insee, 2016] Elle est composée de professionnels qui se rassemblent pour améliorer la commercialisation de leur établissement. D’une part, on trouve les chaînes volontaires constituées d’établissements traditionnels indépendants (exemple : Logis de France ou Best Western). Chaque établissement bénéficie d’une centrale de réservation et de la renommée de la marque. Ici, les professionnels recherchent une augmentation de leur volume d’affaires. Cela représente 26% du parc hôtelier français. D’autre part, les chaînes hôtelières intégrées sont constituées d’établissements affiliés à un holding ou à un groupe hôtelier. Ceux-ci ont développé leurs propres enseignes commerciales et permettent l’exploitation de ces « marques » soit sous forme de sociétés filiales complètement intégrées au groupe et sous sa stricte dépendance juridique et financière. En France, ces chaînes intégrées représentent 17% du nombre d’hôtels mais 39% des chambres et environ 47% du marché.

L’hôtellerie est sans doute l’hébergement marchand le plus développé dans le Monde : environ 200 000 hôtels en 2016 (plus de 40 millions de lits) dont 14 millions pour l’Union Européenne [Eurostat, 2016]. La croissance mondiale repose surtout sur la région Asie-Pacifique « avec quelques 300 000 chambres nettes supplémentaires, alors que l’Amérique Latine et les Caraïbes apparaissent également comme un marché de plus en plus porteur pour les investisseurs hôteliers » [Hospitality On, 2017]. La répartition du parc immobilier montre la place structurante des Etats-Unis (5 millions de chambres et 22% au total) devant la Chine (2 millions) et l’Italie (1 million). Puis viennent le Mexique, le Japon, la France, le Royaume-Uni et l’Espagne avec 600 000 à 950 000 chambres. À l’échelle de la France, il y a 645 000 lits dont 23% sont en Île de France suivie de l’Auvergne-Rhône-Alpes (14%), la PACA et l’Occitanie (10/11%). L’Hôtellerie de chaîne est très importante dans quelques régions : 61% des lits en Hauts-de-France, 58% en Île de France, 43 à 45% en Bourgogne-Franche Comté, dans le Grand Est, en Centre-Val-de-Loire et en Normandie.

L’offre hôtelière s’est caractérisée par une montée en gamme depuis les années 90. Ainsi, en France, la part des 3 à 5 étoiles est passée de 19% en 1995 à 27% en 2009 et 44% en 2017. Si les hôtels non classés représentent 25% de l’offre actuelle, cela s’explique soit par une volonté des exploitants de ne pas souscrire aux nouvelles normes soit par celle de certaines chaînes intégrées de ne pas classer certains hôtels, la marque suffisant. Ainsi, seuls 2 des 250 BetB Hotels le sont. A l’inverse, dans certains pays, de nouvelles nomenclatures proposent des hébergements à 6 ou 7 étoiles exprimant ainsi l’exceptionnalité de l’hébergement proposé comme l’Emirates Palace (Abu Dhabi), le Burj-El-Arab à Dubaï.

L’Hôtellerie de plein air est une pratique touristique ancienne liée au développement du camping au 19ème et qui s’est diffusée dans de nombreux pays : les Etats-Unis sont le premier marché avec 12 000 campings puis vient la France (environ 8 500 campings plus 920 000 emplacement en 2016) suivie de l’Allemagne et du Royaume-Uni. Au total, environ 30 000 établissements (10 millions de lits) sont présents dans l’Union Européenne [Eurostat, 2017]. En France, 75% sont des structures privées avec une clientèle nationale aux 3/4. Ce sont surtout des petits campings : 88% ont moins de 200 places. Le niveau de classement le plus important est assuré par les 3 étoiles et 37% sont en 4 ou 5 étoiles. Dominent la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie avec environ 1 500 établissements. Puis viennent l’Auvergne-Rhône-Alpes et la PACA (94 000 emplacements) et enfin le Pays de la Loire (84 000) avec le premier département français qu’est la Vendée (353 campings).

Depuis une vingtaine d’années, le niveau d’équipement a considérablement progressé : 51% ont un accès Wi-fi, 48% un bar, près de 40% un service d’épicerie comme un peu de restauration/restaurant, 45% ont une piscine (+ 174% en 25 ans). De plus, l’offre d’hébergement s’est diversifiée : en plus des emplacements libres pour tentes et caravanes (450 000 unités en France, 3,5 millions en Europe), existe maintenant un marché du locatif ou de la propriété dominé par le mobil-home avec 280 000 unités en France. Ainsi, les réservations d’emplacement représentent 56% du total des 44% des réservations de locatifs. Là, se croisent deux types de clientèle : des familles locataires qui viennent des hôtels-clubs en saison et des propriétaires qui y séjournent en intersaison.

L’engouement pour ce type de vacances est très fort, comme le montre le succès du 3ème film Camping, l’émission de TV réalité Bienvenu au Camping ou encore la série TV Camping Paradis. Il constitue un vrai remède à la crise pour de nombreux vacanciers. Enfin, il permet de se rapprocher de la nature et d’être plus respectueux de l’environnement.

FOCUS : Des vacances responsables dans un cadre naturel d’exception.

« Les établissements de campings se sont souvent développés au sein d’espaces d’exception permettant aux campeurs de passer des vacances au plus près de la nature. L’HPA cultive cette particularité et s’est investie pour la promotion du Développement Durable.

D’une part, la profession s’est engagée dans une démarche visant à insérer les campings dans leurs milieux naturels. Cet engagement s’est concrétisé par l’adoption en 2006 d’une Charte nationale pour la qualité paysagère.

Par ailleurs, la structure même d’un camping se caractérise par sa très faible empreinte environnementale […].La profession s’implique notamment de plus en plus dans le démontage et le recyclage de mobil-homes vieillissants.

Enfin, l’HPA est également impliquée dans le tri des déchets. Un récent rapport du Conseil économiques, social et environnemental (CESE) consacré au Développement Durable du tourisme (novembre 2014) souligne que l’impact des campings sur la quantité d’ordures ménagères résiduelles est « environ 2 fois moindre que quand il s’agit d’un hôtel ».

L’HPA s’investit aussi dans le domaine social en permettant à de nombreux jeunes de développer leurs compétences. 7 fédérations régionales ont ainsi mis en place des projets pilotes autour du CDI emploi-formation. L’objectif premier de ce dispositif est de permettre une pérennisation de l’emploi en ayant recours à des CDI au lieu des CDD saisonniers. Par ailleurs, ce contrat permet aussi de professionnaliser les saisonniers, en mettant en œuvre un parcours de formation débouchant sur un titre, un diplôme ou une qualification reconnus par la branche professionnelle.

Source : Fédération nationale de l’HPA, dossier de presse, 2015

Depuis les années 70, un camping itinérant s’est développé grâce aux camping-cars : de 500 000 unités en Europe en 2006 à 1,5 millions en 2016. La France est le leader avec environ 1/3 du total, suivie de l’Allemagne et de l’Italie. En France, 5 800 lieux peuvent les accueillir comme les aires de services (1 500), les aires de stationnement d’accueil (400), les aires de stationnement à l’entrée des campings (2 500) et des Camping Stop Accueil Camping-Cars (plus de 500). En Europe, ils sont près de 10 000. La population est très caractéristique en France car 80% des acquéreurs n’ont pas d’enfant à charge, ont 58 ans en moyenne et 54% sont des pré-retraités ou des retraités. 85% sont des familiers de la pratique et partent sur de longues durées (63 jours) pour près de 10 000km parcourus en 2016. Les destinations favorites sont la Bretagne (46%), la PACA (15%) et la Nouvelle Aquitaine (15%). Hors du territoire national, l’Espagne (30%), l’Italie (21%) et le Portugal (12%) sont les plus fréquentés.

La nomenclature des hébergements de l’Union Européenne propose un autre ensemble qui regroupe les structures du tourisme social, auberge de jeunesse, refuges mais aussi meublés. Les premières relèvent des programmes d’accès au tourisme mis en place par les gouvernements. Le plus grand nombre est constitué de « Villages Vacances et maisons familiales » (1500) dont 1/3 en France, sont affiliées à l’UNAT, le reste étant exploité par des structures privées comme le Club Méd. La répartition des hébergements du tourisme social rappelle celle de l’hôtellerie avec les mêmes régions dominantes : Auvergne-Rhône-Alpes (124 villages et 30 000 lits), PACA, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie avec environ 20/25 000 lits chacun (entre 70 et 85 établissements).

Les Meublés de tourisme sont « des villas, appartements, studios meublés, à l’usage exclusif du locataire, offerts en location à une clientèle de passage qui y effectue un séjour caractérisé par une location à la journée, semaine ou mois, où il n’élit pas domicile. Ils doivent être déclarés en mairie, où leur liste est consultable. Les meublés classés de tourisme comprennent des meublés labellisés et des meublés non labellisés » [Mémento du tourisme, 2016]. Cet ensemble est hétérogène entre les meublés classés aux nouvelles normes de janvier 2016 en France et les autres : plus de 75 000 établissements pour près de 360 000 lits. L’Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine sont en tête : 120 000 lits et 75 000 lits. 4 grands labels existent : Fédération nationale des Gîtes de France (45 000 lits), Clés Vacs de France (16 000), Accueil Paysan (700) et Fleurs de Soleil (550).

Ensuite, vient l’univers des locations officielles/officieuses avec les annonces publiées sur les sites Internet des Offices de Tourisme, sur les plateformes comme Airbnb ou encore dans les journaux spécialisés comme De particulier à Particulier : il est difficile de chiffrer leur volume.

Dans les destinations, l’offre en hébergement peut être diverse par le type d’hébergements proposés mais elles peuvent aussi montrer des spécificités comme nous permet de le saisir l’analyse du site www.booking.com. Selon les pays, entre 10 et 20 types d’établissements sont proposés, toujours les mêmes avec les hôtels et les appartements en tête. En revanche, seul le Maroc propose plus de 1 000 riads juste après les appartements mais devant les hôtels. Au Japon, les Ryokans comme « hôtels japonais économiques » rassemblent 2 300 et 1 300 offres. Plus qu’ailleurs sont mis en ligne des « Love Hotels » (405) et des hôtels capsules (141). En Tanzanie, les « lodges » arrivent en deuxième position. La diversité est généralement signe d’un lieu touristique développé alors qu’une offre dominée par l’hôtellerie peut évoquer des lieux qui se limitent à l’accueil des voyageurs d’affaires. Ainsi 60 des 100 hébergements proposés au Bénin sont des hôtels.

FOCUS : Les Riads au Maroc.

« Lancés à Marrakech au début des années 2000, avant de s’étendre à Fès, Essaouira et d’autres cités à vocation touristique, la mode des riads maisons d’hôtes venait enrichir et diversifier l’offre hôtelière au Maroc. 600 riads ont été répertoriés et homologués entre 2004 et 2007 dans la médina de Marrakech et son périmètre urbain, 200 supplémentaires entre 2008 et 2012 et l’on recense aujourd’hui 900 homologués avec décision du classement d’exploitation. La Commission estime aussi qu’il existe environ 400 riads « informels » […]. Les autorités concernées préfèrent « parfois fermer les yeux » sur ces pratiques illégales, dans l’attente d’une régularisation, consciente que l’exploitation touristique d’un riad draine pour la ville un apport de devises, offre des emplois et participe à la conservation du patrimoine culturel. […] Depuis 2 ans, de nombreux riads sont entrés dans le rang, après la régularisation de leur statut. En ce qui concerne le classement, 7 critères sont retenus par la Commission : l’originalité, le confort et la convivialité, l’environnement, la sécurité, l’hygiène et la qualité de services. Du côté des hôteliers de la ville, on préfère parler de complémentarité plutôt que de concurrence, arguant du fait que la maison d’hôtes a ouvert une niche dont la clientèle est différente, qu’elle véhicule une image positive à l’international et qu’elle fait tourner l’économie du tourisme local »

Source : Michel ROUSSEL, Challenges, avril 2014

Hors du marché touristique existe un hébergement non-banalisé composé des résidences secondaires. Selon une enquête menée par l’agence RE/MAX et conduite dans 16 pays européens, 1/6ème des Européens possèdent une résidence secondaire, ce qui représente 55 millions de résidence utilisées par leurs propriétaires, mis à disposition gratuitement ou louées. Généralement, on considère qu’une maison représente 5 lits touristiques ce qui correspond à une offre de 275 millions de lits. Comparées à un hébergement marchand proposé dans ces mêmes pays, les résidences secondaires représenteraient la majorité de l’offre d’hébergement. Photocopie tableau p.97

95% d’entre elles sont localisées dans le pays du propriétaire. Elles sont fréquentées principalement pour les vacances puis les week-ends mais aussi pour le travail. Selon les pays, le nombre de propriétaires représente une part très variable de la population totale : 5% pour l’Allemagne contre 33% chez les Grecs.

Les propriétaires des résidences secondaires sont généralement des urbains, habitant la capitale des pays concernés ou les grandes villes proches des espaces touristiques fréquentés. Comme le montre le cas français, les Parisiens rayonnent sur l’ensemble du territoire national avec des aires urbaines de prédilection vers les façades atlantique et méditerranéenne où dominent quelques stations. En dehors de Paris, des liens sont visibles de Lille vers la Côte d’Opale, de Rennes vers St Malo, de Nantes vers La Baule et la Vendée. Ils sont aussi très marqués de Bordeaux vers Arcachon et Biarritz où viennent des Toulousains qui fréquentent aussi le littoral méditerranéen d’Agde à Perpignan. Les Lyonnais ont investis les Alpes et la Côte d’Azur comme les Marseillais [BERROIR, 2017]. Enfin, si les résidences secondaires représentent un hébergement touristique pour le propriétaire, elle constitue aussi une rente locative : une enquête des logements élaborée par gouvernement britannique montre que la moitié des résidences secondaires possédées au Royaume-Uni sont louées entre 2013-2014, contre 33% de celles possédées à l’étranger.

3) Les transporteurs

Pour se déplacer, les touristes empruntent un moyen de transport : l’automobile, le train, l’avion et pendant longtemps le transport maritime qui, aujourd’hui, est mobilisé pour d’autres usages.

Depuis le début 19ème, la révolution des transports a été décisive pour l’accélération de la mise en tourisme des lieux et la diffusion du phénomène. D’une part, l’apparition du bateau à vapeur permit la rapidité et la régularité des traversées dès 1820 entre Douvres et Calais voire Boulogne ensuite [DEWAILLY, 1989]. A partir de là, les progrès techniques permirent des traversées de plus longue portée et les escales techniques pour le ravitaillement en charbon furent autant d’occasions pour les passagers de découvrir de nouveaux lieux potentiellement touristiques [GAY, 2006]. La révolution ferroviaire a constitué « un basculement par la massification qu’il provoque » [GAY, 2006] car la desserte en train permet rarement la mise en tourisme des destinations [TOWNER, 1996]. En revanche, elle en intensifie la fréquentation en réduisant le temps de trajet : Ostende en 1839 est à 2h de Bruxelles, Boulogne/Mer en 1848 à 4h de Paris. L’électrification surtout après la Deuxième Guerre mondiale permet de réduire encore les temps de parcours autorisant souvent des allers/retours dans la journée, transformant des villes touristiques en villes de courts séjours (week-end) ou en villes de loisirs comme Strasbourg ou Marseille voire Bordeaux et Rennes depuis juillet 2017. Toutefois les effets ne sont pas si clairs que cela en matière de développement touristique [BAZIN-BENOIT et DELAPLACE, 2013]. Ils transforment plutôt les déplacements professionnels [PEBARTHE-DESIRE, MONDOU et DUHAMEL, 2018].

La voiture et l’autocar ont aussi leur place. A la différence des trains et des avions, l’usage de la voiture ne nécessite pas l’édification de grands équipements comme les gares et aéroports mais une route carrossable au départ. La diffusion de l’automobile dès 1908 avec la Ford T aux Etats-Unis est un outil de mobilité qui va favoriser la massification de la pratique touristique par sa démocratisation. De plus, la naissance de l’Automobile Club de France dès 1895 constitua un lobby puissant qui permit de réels progrès concernant la sécurité routière. D’un point de vue strictement touristique, il fut aussi un levier de valorisation de certains espaces à l’écart des fréquentations comme le Massif des Maures [BERTHO-LAVENIR, 1999].

Dans cet ensemble, il convient d’insérer les autocaristes devenus progressivement un important secteur du transport touristique. Aujourd’hui, 1 200 entreprises françaises font voyager près de 30 millions de personnes, au cours de 80 000 voyages organisés. Sur les 62 500 cars disponibles, 70% sont voués à l’activité touristique. Malgré ces chiffres, les autocaristes véhiculent l’image d’un tourisme réservé au 3ème âge ou aux personnes les plus pauvres. Pour dynamiser cette pratique, ils déploient des efforts et créent sans cesse de nouveaux produits et nouveaux circuits, comme le groupe Mondoramas.

Concernant le transport aérien, il faut attendre le début du 20ème pour que s’ouvrent les premières lignes touristiques [DACHARRY, 1981] et les années 50 pour que le lien entre transport aérien et tourisme soit pleinement consacré. 2 institutions se mettent en place alors : l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale) et l’IATA (International Air Transports Association), pour assurer la coopération entre les États et la concertation entre les entreprises de transports aériens. « On passe de 1937 à 1954 de 2,5 millions de passagers transportés à 57,8 millions » [PEPIN, 1956 cité par GAY, 2006]. A cette date, les voyages sont longs et les escales nombreuses. Certaines d’entre elles deviendront touristiques au moment du boom touristique de l’aviation dans les années 1970 : « Air France crée, en 1979, le produit Air France Vacances en mettant […] des B-747 de 500 places vers la Martinique, la Guadeloupe et New-York ; des A-300 de 310 places vers Athènes, Palma, Istanbul… Dans certaines destinations où l’avion est le principal voire l’unique moyen d’acheminement des touristes, on calibre les hôtels en fonction du nombre de sièges des gros-porteurs (comme) à Benidorm. Certains villages de vacances en Méditerranée ont aussi parfois été dimensionnés par les avions les desservant de même que de nombreux hôtels sur des îles tropicales » [GAY, 2006].

L’implication des entreprises de transports dans le tourisme peut prendre d’autres formes. Les compagnies ferroviaires diversifièrent leurs activités par le développement de l’hôtellerie et les agences de voyage pour proposer une offre complète à leurs clients. C’est ainsi qu’apparaît le réseau mis en place en Europe par la Compagnie Internationale des Wagons-Lits et du Grand Express à la fin du 19ème. Avec son maillage ferroviaire de l’Europe à l’Egypte, elle possédait une centaine d’agences de voyage et 10 hôtels. Les compagnies américaines firent pression sur le gouvernement pour que le Yellowstone devint un Parc National [SHAFFERN, 2001] leur permettant d’édifier des hôtels. Les compagnies maritimes et aériennes eurent les mêmes effets sur les lieux d’escale pour héberger leurs passagers. De nombreux exemples émaillent ainsi l’histoire comme le Royal Hawaiian Hotel à Waikiki lancé par la Matson Navigation Compagny [BOUNDS, 1978 cité par GAY, 2006] ou la Pan Am dans les îles de Midway, Wake ou Guam. A l’inverse, de grands groupes touristiques comme TUI possèdent leur compagnie aérienne.

À échelle mondiale, l’augmentation du transport aérien est considérable avec 3,7 milliards voyageurs en 2016, soutenue par une forte croissance en Asie-Pacifique (plus8%) et au Proche-Orient (plus12%) suite à la création de 700 lignes et à la baisse de 40$ en moyenne sur le prix des billets (Challenge du 2 février 2017). Même si l’avion ne transporte pas uniquement des touristes, cette dynamique explique l’évolution en cours d’autant que les fortes croissances se situent sur un marché touristique porteur. Elle est aussi portée par la libéralisation des marchés aériens dont l’une des conséquences est l’augmentation des trafics. Ce fut le cas entre l’Union Européenne et le Maroc où le nombre de sièges-passagers est passé de 200 000 (2005) à 600 000 (2010) [DOBRUSKES et MONDOU, 2013].

À l’échelle de l’Europe, la voiture domine encore largement avec plus de 73% des voyages personnels effectués, suivie de l’avion (9%) puis du bus et du car (8%), et enfin du train. Ce dernier occupe une place plus forte en France, dans les pays du Nord de l’Europe et en Suisse avec plus de 15% [Eurostat, 2016]. En France, selon le type de voyage, le moyen de transport utilisé diffère quelque peu. Ainsi, plus de 80% des Français utilisent leur voiture pour les séjours en France métropolitaine et cela tombe à 27% pour les DOM et l’étranger laissant la primauté à l’avion (56%). Dans tous les cas, le train occupe une position secondaire : 14% en France, 8% hors métropole. Selon les années, 100 à 120 millions de voyages en TGV sont réalisés en métropole, soit 2% du total. Dans les voyages nationaux, l’avion reste très limité avec 2% du total en dépit du développement des low costs. Il reste un transport réservé aux « longs voyages ».

II – Politique et tourisme, politique du tourisme

Si les entreprises sont un acteur clé du tourisme, les opérateurs publics supranationaux ou locaux jouent pleinement leur rôle depuis longtemps en conduisant des politiques d’aménagement et de valorisation des territoires et en contribuant à leur intégration. Mais ces instances se servent aussi du tourisme à des fins politiques pour servir le « discours national » et des projets politiques comme géopolitiques. Ces enjeux sont anciens mais restent d’une grande actualité. Certains acteurs affirment même que « penser le tourisme (est utile) pour penser le politique » [CHAPUIS et BOUKRIS, 2016].

1) « Penser le tourisme pour penser le politique »

Tout d’abord, les lieux touristiques furent des lieux politiquement importants. D’une part, certains devinrent des « capitales d’été ». Ainsi Vichy quand Napoléon III y séjourna de 1861 à 1866 et y géra la diplomatie française en recevant des hôtes nombreux et divers. Il en fut de même à Saint Sébastien dès 1885 avec la Régente Marie-Christine. Là, tout Madrid se déplaçait à la saison pour s’installer sur le littoral atlantique tout comme Simla de l’Himachal Pradesh pour gouvernement britannique des Indes à partir de 1864 ou encore Rivière-du-Loup au Canada entre 1871 et 1891. D’autre part, ce furent des lieux de traité et d’armistice, comme Yalta où se scella une nouvelle organisation du Monde au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale ou encore de la Conférence de Simla en 1914. La réunion des plénipotentiaires de la République de Chine, du Tibet et du Royaume-Uni déboucha sur le tracé de la ligne Mac Mahon délimitant la frontière entre le Tibet et l’Inde. Enfin, les lieux touristiques furent parfois des lieux d’asile politique pour des gouvernements en exil. Ainsi le « Nice Havrais » et d’autres bâtiments de Sainte-Adresse, station touristique aux portes du Havre, accueillirent le gouvernement belge dès 1914 et devinrent la capitale d’un État chassé de son territoire par l’invasion allemande.

Un 2ème niveau d’analyse permet de montrer que le tourisme en tant que phénomène marqué par la venue de populations extérieures et par la réalisation d’équipements et d’aménagements spécifiques a eu un rôle politique important en ce qu’il transforme la société locale en profondeur et qu’il donne aux territoires concernés une valeur et une place nouvelles dans les États. Le tourisme contribue à l’intégration de territoires périphériques au sein de l’État-nation [BERNARD, BLONDY et DUHAMEL, 2017].

Dès le 19ème, le tourisme est mobilisé par les États pour asseoir leur autorité et fixer le territoire de la Nation. C’est ainsi le cas du rattachement de la Savoie à la France en 1860, qui croise des enjeux politiques, économiques et touristiques. En juin, un vote acte l’annexion de la Savoie par la France et du 27 août au 4 septembre, Napoléon III et l’impératrice Eugénie font un voyage dans la nouvelle région française : « il importait que la Maison impériale prit directement la relève de la Maison de Savoie » [LOVIE, 1963 cité in BRUSTON et al., 1994]. Pour faciliter l’intégration fut créée une zone neutre militairement et une zone franche de douanes. La Savoie devenue française entre alors dans une période « d’évolution industrielle et dans une civilisation nouvelle » [DUBY, 1988] marquée par l’accès au progrès, à l’industrialisation… Suite à la défaite de 1870, la France veut montrer qu’elle a encore sa place dans le Monde et la région du Mont-Blanc apparaît alors comme un laboratoire de l’intégration à la nation.

D’autre part, cela conduira l’État à soutenir le développement des stations, traduisant la croissance progressive du nombre des excursionnistes à Chamonix : 5 000 en 1850, 12 000 en 1865 et 24 000 en 1892 où la Compagnie des guides occupait alors 1/3 des hommes du village [DEBARDIEUX, 1990] ; mais aussi la reconfiguration du bourg ancestral de St-Gervais et l’urbanisation du plateau suite à la catastrophe des bains de 1892 [BRUSTON et al., 1994]. Les Français ne se rendent plus en Allemagne, ils trouvent là des équipements touristiques de qualité. D’autre part, la perte de l’Alsace-Lorraine a reposé de manière douloureuse la question des frontières. L’enjeu est d’autant plus fort que le Mont Blanc est devenu un symbole de la France avec le rattachement de la Savoie. Localement, l’État doit composer avec les communes concernées (Chamonix, St-Gervais) dont la posture diffère vis-à-vis du pouvoir. Les habitants de Chamonix « agissent comme s’ils étaient propriétaires du massif, décrètent un monopole d’accès au Mont Blanc et arrêtent la construction de bâtiments municipaux sur des terrains non cadastrés » [DEBARDEIEUX, 1990] alors que ceux de St-Gervais se montrent légalistes et militent pour une délimitation précise des massifs et de leur sommet. L’État doit arbitrer pour que Chamonix ne s’arroge pas un symbole national : il s’agit bien de mener une entreprise de colonisation de ce territoire à l’égale de ce qu’écrit Jean VIARD à propos de Nice : « le tourisme est à l’intérieur ce que le colonialisme est aux terres lointaines et il assure l’unité nationale dans les frontières de la République » [BRUSTON et al.,1994]. En effet, « le développement touristique des territoires colonisés devient un moyen de démontrer la grandeur de la nation civilisatrice. Il s’articule ainsi étroitement aux politiques de modernisation des colonies, aux politiques patrimoniales de conservation de la « culture indigène » ainsi qu’à la production d’imaginaires géographiques alimentant le désir colonial entre la métropole et ses colonies » [CHAPUIS et BOUKRIS, 2016].

Dès lors, le développement touristique permet aux États la conquête et le contrôle de leur espace national. Ainsi, l’État népalais permit le développement du trekking dès les années 60 mais en assura le contrôle/encadrement avec la délivrance de permis de trekking payants. L’État put ainsi organiser l’ouverture progressive de montagnes aux touristes et en interdire d’autres comme celles proches du Tibet pour éviter les conflits avec la Chine. Localement, la présence de fonctionnaires de police pour contrôler les permis permet d’affirmer la présence de l’État dans les vallées reculées et d’assurer leur intégration [SACAREAU, 1997].

Certaines tensions géopolitiques peuvent aussi trouver un début de résolution par la mise en tourisme du problème lui-même. Par exemple, à la frontière indo-pakistanaise, bien connue pour être un lieu emblématique et symbolique des différends entre les deux États, la cérémonie de descente des drapeaux située sur le Joint Check Point de Wagah Border est devenue, depuis 2000, une cérémonie fréquentée par Indiens et Pakistanais rejoints par des touristes étrangers. La théâtralisation de l’évènement (chaque soir), les sentiments exprimés par les soldats à la parade et les foules installées en face à face ont valeur d’exutoire [GOEURY, 2008]. Parallèlement, depuis le 14 août 1996 (date du 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Inde et du Pakistan) une veillée aux chandelles (Candleligth vigil) est organisée : des chandelles sont allumées dans la nuit pour symboliser la continuité entre les 2 déclarations (14 pour Pakistan et 15 pour Inde). Ainsi se manifeste pacifiquement le désir de paix entre les 2 pays. Si, à l’origine, seulement quelques dizaines de personnes y participaient, aujourd’hui ce sont plusieurs centaines de milliers de touristes qui y assistent. Des concerts y sont souvent associés mêlant musique traditionnelle et musique moderne, appelant à la fin de la politique de visas qui limite la circulation entre les 2 États. Cet évènement très médiatisé est minimisé par les autorités qui tentent régulièrement de l’empêcher, en raison des problèmes de sécurité.

Localement, l’espace politique et administratif peut aussi être transformé grâce à un développement touristique réussi, qui peut conduire alors à l’autonomisation municipale. En effet, si le tourisme se déploie dans le bourg/ville pré-existant à son apparition, des luttes très fortes peuvent surgir entre groupes pour conserver ou prendre le pouvoir. Alors s’affrontent les opposants au tourisme et ses partisans. Si le tourisme se déploie sur une nouvelle portion du territoire communal, il y aura soit un glissement de la centralité du bourg ancien vers la station, soit l’instauration d’une entité administrative autonome. De nombreux exemples existent dans l’histoire comme la création de la station de Palavas-les-Flots en 1850 à partir de plusieurs communes alentour ou plus récemment La Grande Motte née de l’amputation de la commune de Mauguio en 1974. Cette dynamique ancienne en Europe se développe ailleurs, là où les enjeux du développement touristique sont plus récents comme actuellement sur la Riviera Maya au Mexique.

FOCUS : La construction politique d’un espace touristique.

« […] la dynamique observée à Playa del Carmen illustre la façon dont sont redéfinis certains équilibres politiques locaux et régionaux à un moment particulier de l’histoire économique du Quintana Roo. L’émergence de Cozumel comme centre économique et politique correspondait au boom agricole et commercial de la fin du 19ème et au contexte politique particulier qui l’avait accompagné pendant la guerre des castes. Cette distribution spatiale du pouvoir était traduite à Playa del Carmen par une forte dépendance politique et économique vis-à-vis de Cozumel, ainsi que par d’importants contrastes en matière de peuplement et d’urbanisation. Pendant près d’un siècle, Playa del Carmen et, plus largement, la partie continentale de la municipalité ont ainsi évolué à la périphérie de Cozumel […]. Au milieu des années 70, le développement du tourisme modifie ce schéma en instituant de nouvelles formes de centralité dans le Nord du Quintana Roo et dans sa partie continentale. D’abord concentré dans le centre touristique de Cancùn, le développement touristique et urbain du littoral s’étend rapidement vers le Sud […] comme c’est le cas à Playa del Carmen.

Au début des années 80, de nouveaux intérêts émergent donc à l’échelle locale : les intérêts économiques de petits entrepreneurs […], ou d’autres acteurs du tourisme naissant comme l’Union de Artesanos, mais aussi les intérêts sociaux de nouvelles populations requérant davantage d’infrastructures, de logements ou d’équipements urbains […]. Il est notable que certaines des familles les plus influentes de la communauté agraire, […] également un rôle actif dans le mouvement pro-municipal. […] Au-delà de la situation exceptionnelle dans laquelle (ouragan Gilberto) intervient, on peut faire l’hypothèse que le processus politique qui débute en 1988 et débouche en 1993 sur la création de la municipalité de Solidaridad correspond au moment où, pour le dire comme Alain REYNAUD (1981), « la périphérie essaie de se faire entendre » et où la centralité émergente de Playa del Carmen entre en conflit avec la domination historique sur l’île de Cozumel ».

Source : Marie DIT CHIROT, 2014

Mais l’interaction entre politique et tourisme ne porte pas seulement sur les espaces : elle concerne aussi la population dans l’encadrement dans leurs pratiques ou dans leur accès au tourisme et aux loisirs. Les régimes autoritaires allemand, italien ou soviétique ont été très représentatifs de cette posture. Dans l’Italie fasciste, la politique touristique vise à donner une image positive du pays mais « il s’agit non seulement de récompenser le citoyen-travailleur pour sa contribution à la production de richesse nationale et au maintien de l’ordre social préétabli, mais également de cultiver l’adhésion à l’esprit du régime. […] Elles permettent enfin la diffusion de messages idéologiques véhiculés par les monuments et les célébrations, dans le but d’accroître le consensus au sein de la population » [TIZZONI, 2014]. En 1933, l’Allemagne nazie met en place le mouvement « Kraft durch Freude » (« La force par la joie ») dont la mission est de gérer le temps libre des travailleurs allemands. Cette organisation planifiait de très nombreuses activités de loisirs comme des croisières, des séjours au ski, des randonnées ou des vacances à la plage. Cette démarche se traduit par l’édification d’une station 100% homologuée par le régime : Prora, sur la Mer Baltique. Lancée en 1936, elle devait loger 20 000 vacanciers. Son organisation spatiale répondait parfaitement au projet « social » des nazis : peu d’espace privé et beaucoup d’espaces publics contrôlés.

Au sortir de la guerre, cette attention prend d’autres formes avec le développement d’un « tourisme social » dont l’expression apparaît en Suisse alémanique (1947) puis en Belgique pour arriver en France dès 1953 : « Après les réunions de Vienne (1959) et Milan (1962), le 4ème Congrès international du Tourisme social, tenu à Bruxelles, les 5, 6 et 7 juin 1963, décidait la création du Bureau international du tourisme social pour organiser une collaboration internationale permanente en matière de tourisme social » [DACHARRY, 1965]. C’est alors que le Suisse Walter HUNZIKER le définit comme un « type particulier de tourisme caractérisé par la participation des personnes à bas revenus et mettant à leur disposition des services spéciaux reconnus comme tel » [cité par DIEKMANN et JOLIN, 2013] complété plus tard par l’OITS (Organisation internationale du tourisme social). Les membres de cette organisation ont aujourd’hui une implantation mondiale : présents sur l’ensemble du continent américain et en Afrique de l’Ouest, les 3 principaux pays sont la France, la Belgique et l’Italie. Ailleurs dans le Monde ; il n’y a pas de politique sociale du tourisme [MOISY et MICHEL, 2017]. Dès lors, le cas français fait figure d’exception. 2 dispositifs sont particulièrement importants ici.

Créée en 1920, l’Union nationale des Associations de tourisme (UNAT) fusionne en 1966 avec le Comité national de plein air de Maurice Herzog pour devenir l’UNAT (Union Nationale de tourisme et de plein air) association reconnue d’utilité publique de tourisme solidaire/social. Aujourd’hui, elle compte 68 adhérents nationaux, 500 membres régionaux et se structure en 4 grands secteurs d’activité :

– les villages vacances et maisons familiales : au nombre de 500, ils accueillent près de 2 millions de vacanciers pour 12 millions de nuitées. Leur chiffre d’affaires s’élève à 600 millions d’€ aujourd’hui ;

– les secteurs « enfants et ados » : avec 420 centres de vacances et 41 000 lits. 800 000 enfants et ados y ont séjourné en 2016 ;

– le secteur « jeune » : il rassemble 272 auberges de jeunesse, centres internationaux de séjours et centres sportifs. Avec 27 000 lits, 1 million de jeunes les ont fréquentés ;

– le secteur « voyage » : il propose des séjours en France ou à l’étranger à 40 000 personnes.

Le chiffre d’affaires est estimé à 1,4 milliard d’€ et l’UNAT emploie plus de 10 000 personnes. Les retombées nettes sur les territoires sont évaluées à plus de 175 millions d’€ (UNAT, données 2013).

L’Agence nationale de Chèques vacances est un autre dispositif du tourisme social français. Lancée en 1982 par François Mitterrand, l’ANCV est un établissement public dont la mission est de favoriser le départ en vacances du plus grand nombre et de réduire les inégalités d’accès aux vacances et aux loisirs. Des chèques d’un montant de 10 à 50€ acceptés par 190 000 prestataires conventionnés permettent de régler les prestations touristiques. Ils sont près de 4,5 millions de bénéficiaires (10 millions avec leurs familles) pour un volume d’émission de 1,6 million d’€. Il y a 4 publics prioritaires : jeunes adultes, personnes en situation de handicap, personnes âgées et les familles notamment monoparentales.

2) Le tourisme comme projet de territoire, à l’échelle nationale et internationale

L’action des acteurs politiques peut intervenir dans la mise en tourisme des lieux et l’accompagnement de leur développement à travers des opérations d’aménagement et d’équipement ; ils peuvent aussi utiliser le tourisme comme vecteur de diffusion des idéologies dominantes. Nous allons saisir cela à 3 échelles différentes (supranationale, nationale et locale) avec des niveaux d’actions variés.

Tout d’abord, il y a les prescripteurs mondiaux. Ces instances sont nombreuses, comme la Banque mondiale pour qui le tourisme n’est qu’une facette de son activité et dont le nombre de projets touristiques soutenus est passé de 1 en 2012 à 13 en 2016 avec des montants de 42 à plus de 400 millions d’€. D’autres instances sont liées à l’activité touristique comme l’OMT et l’UNESCO. Ces 2 agences internationales conduisent des actions de soutien au développement du tourisme et de valorisation des territoires. Celles-ci peuvent revêtir une dimension politique lorsque, par exemple, le classement de la langue Sapara a permis de contrecarrer certains plans d’extension des champs pétrolifères dans l’Amazonie équatorienne [MEJIA AYALA, 2014]. Mener un projet dans le cadre d’un programme labellisé par l’OMT ou obtenir le label UNESCO (ex : Parc des Volcans d’Auvergne, juillet 2018) est un gage de reconnaissance de la qualité ou du sérieux de l’action conduite et permet une visibilité mondiale. Un site classé par l’UNESCO devient un élément du « patrimoine de l’humanité », ce qui lui confère une grande valeur même si des financements à sa valorisation n’y sont pas toujours associés.

Parmi l’ensemble des projets conduits aujourd’hui en faveur du tourisme, la plupart des institutions internationales et nationales présente le tourisme comme outil de développement et de lutte contre la pauvreté, notamment dans les espaces ruraux des pays en très grande difficulté. Cette question est d’ailleurs devenue un enjeu des OMD votés en 2000 par les Nations Unies dont le but premier est de réduire l’extrême pauvreté mais aussi de mettre en œuvre le Développement Durable. Dès 2002, l’OMT a lancé le programme SP-EP (Sustainable Tourism-Eliminating Poverty) qui rassemble les agences des Nations Unies, gouvernements, agences donatrices et ONG… 120 projets ont été menés depuis 2002, dont les objectifs sont variés, concernent des plans d’aménagements (Mombasa au Kenya, route du café au Guatemala), des axes de développement écotouristiques (Cameroun, Ethiopie, Mali), des réglementations sur le Développement Durable (Bouthan, Albanie), le soutien aux femmes-entrepreneurs (Namibie) ou la formation en Mongolie et Timor-Oriental (STEP, 2017). La fondation ST-EP est devenue en 2013 une agence internationale dont le siège est à Séoul. Son slogan est « connecting one billion tourist to the one billion in absolute poverty » (« Connecter le milliard de touristes au premier milliard des personnes dans la plus grande pauvreté »).

De son côté, l’Union Européenne reconnaît aussi l’importance de l’industrie touristique pour le continent. C’est pourquoi elle a pris toute une série de mesures dans ce domaine. Cependant, puisque son action consiste à soutenir, coordonner ou compléter les actions des États-membres, dès lors la politique européenne du tourisme est limitée mais pas inexistante. Il apparaît peu dans traités (1ère fois en 1992) et un premier plan stratégique est proposé en 2010 avec 4 axes : stimuler la compétitivité de la destination ; promouvoir le tourisme durable ; consolider l’image de la destination Europe ; maximiser le potentiel des politiques financières de l’Unino Européenne pour développer le tourisme. Cela se traduit par quelques projets comme Calypso, programme de tourisme social lancé en 2009, qui soutient retraités, jeunes, personnes à mobilité réduite ou familles modestes pour qu’elles puissent découvrir l’Europe. Les budgets alloués entre 2009 et 2014 oscillaient de 1 à 2 millions d’€.

La Commission participe aussi à la réalisation d’aménagements comme la Route des sites astronomiques entre 2013-2015 (200 000€ soit 75% du budget total de l’opération) ou encore Euroveloroutes avec une contribution de 2 millions d’€ en 2014-2016. Le soutien au tourisme existe aussi via d’autres secteurs comme les industries et petites entreprises, la protection du consommateur, le transport, la politique des visas et les politiques de développement régional avec les fonds de Cohésion et les fonds structurels (FEDER, FEADER, FEP, FSE…) [Parlement européen, 2015]. Aujourd’hui, 1 091 projets en « tourisme et culture » ont été financés pour un montant de 1,1 milliard d’€. Cela a permis, par exemple, la mise en place du parc marin international des Bouches de Bonifacio entre la France et l’Italie (2010).

Si des États ont mobilisé dès le 19ème siècle le tourisme comme un argument politique pour pacifier l’espace national et diffuser l’innovation, il a plus tardivement investi dans le développement spatial de cette activité. Tous n’ont pas été dans cette posture [VIOLIER, 2010]. Nous aborderons donc les États impliqués. En effet, l’aménagement touristique des littoraux et des montagnes fut longtemps l’apanage des associations ou d’acteurs privés (entrepreneurs ou sociétés). Avec les années 60, certains États deviennent porteurs de projets concomitants : en Bulgarie et Roumanie, l’action de l’État débute dès 1957/58 pour transformer le littoral de la Mer Noire [BARBAZA, 1970] ; en France « la mission Racine » pour le Languedoc-Roussillon débute en 1961 suivie en 1964 par création du SEATM (Service d’études et d’aménagement touristique de la montagne) dont l’objectif est de créer les Alpes françaises du ski après les premiers essais réussis à Megève et Courchevel. A la même époque, le littoral tunisien devient touristique sous l’action conjuguée de l’État et des partenaires privés [MIOSSEC, 1997]. Il faut attendre 1974 pour que l’État mexicain lance les CIP (Centres Intégralement Planifiés) avec Cancùn et Ixtapa. Suivront Los Cabos (1976), Loreto (1978), Huatulco (1984). Ce type d’intervention étatique a marqué le pas ensuite, avant que n’apparaissent de nouveaux États investisseurs. Dès les années 90, les Émirats arabes unis débutent un vaste programme d’aménagement de leur territoire au sein duquel Dubaï fait figure d’icône. En 2001, le Maroc lance le Plan d’Azur.

Les raisons d’une telle démarche sont doubles. D’une part, les États entendent contrer une crise économique et sociale, comme ce fut le cas de la Maurienne (France) d’où le choix de développer des stations de ski pour maintenir l’emploi et retenir les jeunes. Parfois il s’agit de l’anticiper : dès les années 1980, les dirigeants des Emirats Arabes Unis surent qu’un développement uniquement fondé sur l’extraction du pétrole n’était pas durable et qu’il fallait envisager d’autres perspectives. En Tunisie, au Mexique et au Maroc, il y a l’idée d’accroître la fréquentation internationale pour augmenter les devises : le marché américain de la Côte Est et de la Californie pour les CIP, le marché européen pour le Maghreb. Dans le cas des Alpes et du Languedoc, l’État français souhaitait aussi rééquilibrer la balance des paiements alors très déficitaire. Il fallait accueillir des touristes européens qui skiaient peu en France et des Français qui skiaient ailleurs en Europe, faute de lieux ; pour le Languedoc, l’enjeu était de capter le flux de vacanciers qui, déjà, fréquentaient le littoral espagnol et surtout la Costa Brava.

Dans tous les cas, il s’agit d’une approche globale qui vise à transformer un territoire peu touristique en grande destination nationale et/ou internationale. Cela se traduit par la croissance massive des hébergements et la construction d’un certain nombre d’équipements routiers et/ou aéroportuaires. Le rôle de l’État est central, puisqu’il est à l’initiative de projets et les pilote. Sa contribution consiste souvent à acheter des terrains et à les mettre à disposition des promoteurs après viabilisation ou à leur céder à bas prix. En quelques décennies, tous ces projets ont transformé profondément les territoires concernés. Ainsi, 20 stations et 28 ports maritimes avec 33 000 places (105 000 bateaux immatriculés) bordent la Méditerranée languedocienne où séjournent 8 des 30 millions de touristes de la région en 2016. Le tourisme s’est énormément développé à partir du littoral avec plus de 100 domaines viticoles, des villes très attrayantes (Montpellier, Nîmes) mais aussi de nombreux sites et activités sportives. Au total, le tourisme en Occitanie représente 14 milliards d’€ de consommation touristique (10% du PIB régional), 108 000 emplois directs et 38 000 entreprises pour 212 millions de nuitées. A Cancùn, le nombre de touristes est passé de 100 000 en 1975 à 5 millions en 2016. Ensuite s’est progressivement constituée la Riviera Maya avec Playa del Carmen dès 1979 et Tulum dès les années 90. C’est un littoral touristique fort de 180 000 lits hôteliers qui accueille 8 millions de touristes en 2016.

Le Plan Azur lancé par le roi du Maroc Mohammed VI en janvier 2001 avec des ambitions chiffrées en matière de produits touristiques, de formation, d’investissement et de promotion : 10 millions de touristes en 2010 dont 70% internationaux, 160 000 lits touristiques supplémentaires, 600 000 emplois additionnels et 72 000 personnes formées, entre autres. Ce projet s’est élaboré dans le cadre d’un partenariat public-privé avec 5 sites identifiés. Mais les résultats ne sont pas à la hauteur des objectifs. D’après une étude de la Cour des comptes, reprenant les chiffres de la Société marocaine d’ingénierie touristique, seulement 3% des lits touristiques et 6% des lits résidentiels sont réalisés en 2016. Saidia se distingue avec 26% de lits réalisés. De plus, plusieurs promoteurs se sont désistés et l’État marocain a dû reprendre les rênes comme à Taghazout ou Lixus en 2009-2010. Aujourd’hui, le Plan Azur-Vision 2010 est devenu le plan Vision 2020 avec un recentrage sur 3 stations : Saidia, Lixus et Taghazout, reposant sur une stratégie de vente des terrains à bas prix pour attirer des promoteurs et des primes à l’investissement. Plusieurs raisons sont invoquées pour expliquer cette situation : les attentats du 11 septembre 2001 plus la crise économique de 2008 plus des soucis dans la gouvernance du projet. Enfin, de nombreux spécialistes évoquent des projets trop ambitieux et mal calibrés avec des « business model » fondés strictement sur le court terme par la vente d’immobilier.

Au-delà des projets bien identifiés, les États sont aussi des acteurs importants de l’investissement dans le tourisme pour accompagner son développement. Les chiffres du WTTC (World Tourism and Travel Council) montrent que les 185 pays du recensement ont consacré 820 milliards d’€ aux investissements touristiques en 2016, ce qui représente 8% du total de leur investissement. Le poids est donc conséquent avec des variations très fortes d’un pays à l’autre. Photocopie carte p.110

Ainsi les Etats-Unis comme la Chine sont à plus de 100 milliards chacun alors que la France est, avec 40 milliards d’€, au 4ème rang, suivie par le Japon et l’Inde. La moyenne est de 5 milliards pour une médiane à 300 millions d’€. Comme les politiques européennes, les politiques étatiques sont sectorielles et contribuent directement à l’hôtellerie par des fonds de soutien ou indirectement par l’amélioration de la desserte des lieux. Bien sûr la promotion est un élément important dans l’attrait des destinations et Atout France, par exemple, unique opérateur de l’État français dans le secteur du tourisme, est là pour la conduire.

Le développement des activités économiques en général et surtout du tourisme s’articule aussi, depuis les années 1970, avec la question de la protection des espaces dans une tension permanente du fait des attentes et des besoins contradictoires des sociétés et le goût des paysages qui est un ressort puissant de la mobilité touristique contribuant à la création des premiers Parcs Nationaux et espaces protégés.

Photocopie carte p.111

Les premiers États concernés sont ceux qui ont connu des colonisations de peuplement au 19ème comme les Etats-Unis et l’Australie, mais aussi la colonisation européenne, tout particulièrement en Amérique Latine et en Afrique. Cette antériorité s’explique en partie par la culture protestante des Anglo-Saxons qui mettent sur un pied d’égalité nature et humanité, à la différence des catholiques. [VIARD, 1990]. Mais cela s’explique aussi par la volonté des puissances colonisatrices de tester ce type de démarche dans leurs colonies avant de les implanter en métropole ce qui fait que la colonie est devenue un laboratoire. Là aussi, les enjeux politiques sont présents dans cette démarche, hier comme aujourd’hui. Actuellement, « la nature des régimes intervient également, un système autoritaire va parfois sanctuariser un espace pour des raisons économiques, politiques ou ethniques, et cela avec des moyens forts de coercition. Ces régimes utilisent parfois ce prétexte pour sédentariser des populations nomades ou, à l’inverse, exclure des populations sédentaires, ce que l’on appelle le « déguerpissement ». Un espace protégé est une création politique » (Lionel LASLAZ, Libération du 13 oct. 2012).

Toutefois, il fallut attendre les années 1980 pour voir s’amplifier et se diversifier la question de la protection des espaces face aux développements. Le Rapport Bruntland de 1987 a fait entrer le monde dans une nouvelles ère, celle du Développement Durable qui est devenu la clé de voûte de tout projet, tout investissement, à tout le moins dans les discours. Cela a aussi été le moment de promulguer de nouveaux modèles de développement/protection avec la loi Montagne et Littoral en France (1985 et 1986) ou la Ley de Costas en Espagne (1986) par exemple … Pourtant, les enjeux économiques de l’urbanisation sont tels que le pouvoir politique cède encore et que les lois promulguées ont des difficultés à se mettre en œuvre et sont révisées en permanence malgré les changements climatiques. Des enjeux véritables de société et de développement sont alors posés et confrontent les différents échelons de la commune à l’État.

FOCUS : Tensions et enjeux entre urbanisation touristique et protection environnementale

Autour de la loi Littoral : une lutte ancienne et permanente.

« Votée en 1986, la loi Littoral fut le socle de la protection de nos littoraux contre l’urbanisation, tout en offrant un accès garanti à la mer. Ses principes sont bien connus : densification des zones habitées sans extensions, reconnaissance de la servitude de passage le long du littoral, inconstructibilité dans la zone des 100m.

Cet ensemble de règles est vécu par certains comme un bouclier. […] Pour d’autres, par contre, c’est une épine dans le pied qui a trop duré.

Un choix qui a confirmé sa pertinence au fil des années, pendant que l’on découvrait la réalité du changement climatique, […] (submersions marines, tempêtes plus violentes et érosion accélérée du littoral). (Ainsi l’immeuble Signal) en Gironde, construit dans années 70 à 200m de la mer et qui menace dorénavant de s’effondrer à tout moment. La Loi Littoral n’est pas adaptée aux changements climatiques : pas d’indemnisation prévue, impossibilité de recul stratégique devant la montée des eaux. Il faut donc la revoir et tout le monde semble d’accord. C’est le but d’un projet de loi déposé à l’Assemblée nationale fin 2016 : « l’adaptation des territoires littoraux au changement climatique ».

Le projet de loi est adopté en première lecture par les députés, et est donc transmis au Sénat. La majorité de droite au Sénat va tout simplement profiter de l’occasion pour remettre en cause l’interdiction de nouvelles constructions qui ne soient pas en continuité avec le bâti existant sous prétexte de combler les « dents creuses », ces espaces non urbanisés pouvant s’étendre jusqu’à 2km dans les terres.

Cet amendement a très vite fait parler de lui en provoquant une pétition de 235 000 signatures en mars 2017 ce qui provoqua une réécriture du projet de loi. Un consensus sur une possible urbanisation des dents creuses pour permettre le recul des activités menacées par la montée des eaux a été trouvé : mais vu les modifications apportées au texte initial, celui-ci doit retourner devant les Sénateurs »

Source : D’après E-RSE, la plateforme de l’engagement RSE et Développement Durable

3) Acteurs publics décentralisés et actions sur les espaces

Si le rôle de l’État reste d’importance dans nombre de pays, celui des échelons intermédiaires n’est pas négligeable, bien que souvent plus modeste. Leur marge de manœuvre et leurs effets sont inégaux selon le régime politique en vigueur. Ainsi un gouverneur aux Etats-Unis ou au Mexique n’aura pas le même pouvoir qu’un président de région en France. A cet échelon infra-national s’ajoute des départements (France) ou provinces (Espagne ou Chine) mais aussi des structures intercommunales (pays, métropole, aire urbaine) et des communes dans le cas français. Tous contribuent au développement touristique avec, parfois, quelques superpositions.

Tout d’abord, chacun d’entre eux met en place des politiques inscrites dans des schémas directeurs de développement touristique : stratégie régionale du tourisme en Île de France 2017-2020 ou encore schéma directeur du tourisme de Toulouse métropole 2016-2020. Chacun a ses thèmes de prédilection qui conduiront à des actions différentes : par exemple, « nouveaux formats de séjours » ou « agilité et innovation » pour le premier, et 5 objectifs pour le deuxième comme « devenir une destination européenne » ou « augmenter les nuitées de 20% en 5 ans »… Il en est de même à l’échelle des départements. Là les Comités départementaux du tourisme ou Agences de développement touristique vont mettre en œuvre les politiques et projets décidés. Par exemple, la réalisation de Terra Botanica, le parc porté par le Conseil général du Maine-et-Loire, inauguré en 2010 et co-financé par l’UE à hauteur de 20 millions d’€. Sa fréquentation décevante et son lourd déficit montrent le problème posé par des aménagements qui n’ont pas fait l’objet d’une étude de marché suffisamment réfléchie. Car un parc à thème accueille généralement des populations résidentes à 2h maximum du site et Terra Botanica se trouve en concurrence avec le Puy du Fou et le Futuroscope. La situation est d’autant plus difficile à gérer que le positionnement du parc n’a pas été clair pendant les premières années : parc scientifique ou parc à thème. Malgré quelques ajustements, le seuil de rentabilité de 300 000 visiteurs n’est pas atteint. Toutefois, depuis 2016, il fait partie du top 10 des parcs de loisirs sur Trip Advisor.

Le Grand Lyon a lancé en 2003 le projet de Lyon Confluences qui visait à transformer un ancien quartier industriel proche du centre-ville en nouvel espace d’habitations et de loisirs sur 150ha. Parmi les objectifs, on trouve la création d’un centre commercial et de loisirs qui s’inscrit dans la logique de ces nouvelles générations de ces équipements par l’architecture retenue et la mixité des services : 100 enseignes et 70 boutiques, 21 resto dont la moitié avec terrasse panoramique, 25% des espaces réservés aux loisirs (cinéma, salle de fitness, mur d’escalade). Tout est prévu pour faciliter l’accès avec une navette fluviale et 1 500 places de parking. Cela contribue à dynamiser les loisirs urbains mais alimente aussi de la déambulation touristique des personnes en séjour à Lyon. Tout près, le musée des Confluences complète le dispositif spatial des loisirs et du tourisme. Ouvert en 2014, le projet avait été lancé dès 1999 et piloté par le Conseil général. Il visait à reprendre les collections du Muséum de Lyon pour devenir un musée d’histoire naturelle, d’anthropologie, des sociétés et des civilisations. Il a accueilli plus de 700 000 visiteurs en 2016.

Pour des collectivités territoriales d’échelon plus modeste, le développement touristique passe par la mobilisation des crédits des échelons supérieurs ou par la mutualisation de leur budget dans le cadre des structures intercommunales. Ces dernières ont une place particulière avec la Loi NOTRe de 2015, même si : « le législateur n’a jamais réussi à définir une répartition des rôles entre les régions, les départements et les communes ou groupements de communes, aussi bien dans la loi dite Mouly de 1992 portant sur la répartition des compétences dans le domaine du tourisme, que dans la récente loi du 7 août 2015 portant sur la nouvelles organisation territoriale de la République (loi NOTRe). La seule évolution apportée […] est l’inscription du tourisme comme compétence obligatoire des groupements intercommunaux » [VIOLIER, 2017] en lieu et place des communes constitutives.

Sur le territoire, cette réforme territoriale conduit à la création d’Offices de Tourisme communautaires, c’est à dire le regroupement de plusieurs Offices de tourisme au sein d’une même structure, souvent une SLP (Société Publique Locale). En 2015, 123 structures ont ainsi fusionnées portant le nombre d’Offices de Tourisme à 2 278 en France. 39% sont encore des Offices de Tourisme communaux, principalement localisés sur les littoraux et dans les espaces montagnards très touristiques, montrant ainsi la difficulté de la mutualisation quand des enjeux économiques et sociaux puissants sont à l’œuvre. Parmi ces Offices de Tourisme intercommunautaires, 68% restent des associations, 15% sont des régies et 15% des EPIC et 731 sont classés en 3 catégories soit 1/3 du total avec une dynamique de progression (plus 150 entre 2014 et 2015). 85% des Offices de Tourisme sont ouverts toute l’année, montrant bien le double rôle de ces structures destinées à la fois aux touristes et aux habitants. Cela tient à leur rôle d’accueil, d’information, de promotion touristique et de coordination des socio-professionnels du tourisme : « ils peuvent, en outre, sous certaines conditions, commercialiser des produits touristiques, exploiter des installations, organiser des évènements et participer à la conception, la mise en œuvre de la politique locale du tourisme et des programmes d’actions touristiques » [DGE, 2017].

Leurs actions sont donc très différentes et d’une portée sociale et spatiale variée. A travers son bilan 2016, l’Office de Tourisme de Carnac montre par exemple son action sur son territoire pendant une année : la valorisation de l’obtention de la certification « Qualité tourisme », l’amélioration de l’accueil par de nouveaux aménagements et la mise en place d’écrans d’affichage dynamiques, la création d’une « marque de territoire » du nom de Experience by Carnac très utile à la notoriété et sa déclinaison via des goodies, la réalisation de supports de promotion et de communication, la participation à des salons, l’animation du site Internet et l’augmentation de sa fréquentation (181 à 460 000 visiteurs entre 2014 et 2016) comme les réseaux sociaux, le soutien à des manifestations ou la création d’animations pendant la saison, une activité de billetterie et la gestion de la collecte de la taxe de séjour : le plan d’action 2015 prévoit 65 actions.

III – S’organiser pour produire des richesses

Tous ces acteurs privés et publics visent l’intensification du tourisme par la démultiplication des clients ou des touristes. Pour cela, des stratégies se mettent en place pour tenir des positions sur le marché et l’ensemble des collectivités territoriales tentent d’augmenter la fréquentation pour rentabiliser les aménagements, les équipements comme les activités réalisées. Car le tourisme est source de richesse considérable, plus que le secteur pétrolier, agro-alimentaire et automobile, et représente près de 10% du PIB mondial. Il est aussi source d’emplois, autre élément important pour tous les acteurs du tourisme.

1) Dynamiques contradictoires du monde des entreprises touristiques

Le monde de l’entreprise touristique connait des logiques particulières qui voient émerger dans le même temps des mastodontes et florès de micro-entreprises. Cela s’observe dans tous les domaines touristiques. Ainsi depuis une vingtaine d’années ont surgi de grands groupes hôteliers rassemblant un nombre important d’hôtels, de lits et d’enseignes couvrant une palette diverse dans la qualité des hébergements. Photocopie tableau p.116

Ainsi s’opère une concentration horizontale des activités, c’est à dire qu’un même groupe investit le même domaine d’activités en rachetant des marques, ici hôtelières. Par exemple, Accor a racheté en 2016 les marques de luxe Fairmont, Raffles et Swisshôtel. La même année, il acquiert 30% du capital de 25hours Hôtel et en 2017 devient propriétaire du groupe brésilien BHG alors qu’il était entré au capital de Mama Shelter en 2014.

L’implantation géographique de ces groupes est aussi très spécifique. Ainsi, Accor est présent dans 95 pays avec près de 6 500 établissements en captant les partenaires. La majorité est localisée en Europe (2 800) et les localisations sont différentes selon les marques : 1 100 hôtels Ibis dans 65 pays, 110 Sofitel dans 41 pays et la marque Raffles compte 11 établissements dans 10 pays.

Cela rend compte du positionnement de chaque famille d’établissements. Certaines marques sont présentes dans un seul pays comme les Formule 1 en France. Cette démultiplication de marques est récente et s’est particulièrement développée dans les années 2010 avec la stratégie de vouloir proposer un produit hôtelier très ciblé pour des clientèles précises. En 2011, Accor lance sa méga marque Ibis déclinée en 3 familles : Ibis, Ibis Style et Ibis budget. En 2016, il lance JOetJOE et révolutionne le monde de l’hospitalité avec un produit adapté aux « milleniums », cette génération pour laquelle Internet fait partie du quotidien.

Afin d’être présent sur tous les marchés, Accor réalise des alliances avec des hôtels indépendants complémentaires aux marques du groupe avec un certain nombre de garanties pour les clients fidèles : « Des hôtels rigoureusement sélectionnés selon différents critères : leur emplacement, et les notes des voyageurs sur Trip Advisor, permettant à nos experts d’affiner la sélection et de proposer uniquement les meilleures hôtels qu’ils auront préalablement visités ». Localement, cela redéfinit totalement l’offre proposée, comme en Sicile (31 indépendants pour 7 hôtels du groupe) ou à Bangkok (37 hôtels indépendants pour 7 hôtels du groupes Accor Hôtels). Au total, 9 destinations sont proposées, principalement des grandes villes et grandes régions touristiques comme la Côte d’Azur. Parallèlement, des partenariats se mettent en place avec des compagnies aériennes comme Qatar Airways en 2017 quand Accor lance sa réservation « Vol plus hôtel » au moment où il s’associe à la SNCF pour développer la marque « Orient Express ».

Le groupe TUI, leader mondial du tourisme, a opté pour une concentration verticale, c’est à dire être présent sur les différents secteurs de l’activité touristique : agences de voyage et tour-opérateurs, transports et hébergements. Ainsi, il compte 200 agences et propose 10 marques d’hôtels et clubs dont Marmara et Lookéa. Ces hébergements sont thématisés et ciblés selon les clientèles. Il y a aussi des propositions de circuits avec Nouvelles Frontières ou Voyages Transat comme des produits « sur-mesure ». Au total, 57 voyagistes dans le monde appartiennent au groupe dont Corsair International France. Il fait voyager 30 millions de pers/an.

Face à cela, on trouve des groupes de taille moyenne mais surtout une multitude d’agences de voyage et de tour-opérateurs comme des indépendants dans l’hébergement. Ce monde des Très Petites entreprises (TPE) et des PME représente près de 2 millions d’entreprises dans l’Union Européenne. En France, leur chiffre d’affaires atteint 315 000 pour les secteurs caractéristiques de l’activité, sachant que le café et la restauration sont comptabilisés [Mémento du tourisme, 2016]. Plus de 9 000 agences emploient 34 000 salariés à temps plein soit 3,7 salariés en moyenne. La structure de la micro-entreprise avec le gérant comme seul actif est assez courante dans ce monde. Enfin, les « parcs d’attractions et autres services récréatifs », à la charnière entre tourisme et loisirs, représentent 31 700 entreprises pour 30 500 salariés. Là, les parcs d’attraction sont près de 4 000 avec plus de 18 000 employés soit 4 à 5 salariés/structure.

Par ailleurs, la révolution numérique a bouleversé la chaîne d’acteurs du tourisme et les relations entre fournisseurs, producteurs et distributeurs en ont été particulièrement changées. En effet, les portails Internet permettent le lien direct entre fournisseurs et clients via des moteurs de réservation. Les futurs voyageurs ne passent plus forcément par les producteurs et agences de voyage, ce qui conduit au recul de ces intermédiaires. On parle alors d’une désintermédiation. Dans le même temps, des agences en ligne ou des fournisseurs ayant leurs propres sites permettent de refaire exister des intermédiaires. Il y a donc désintermédiation d’un côté et réintermédiation de l’autre. Certaines agences en ligne essaient de se positionner sur toutes les étapes du voyage pour capter la clientèle. La présence des pages « destination » sur le site montre qu’il ne s’agit pas seulement de distribution. Ces agences sont nombreuses et certaines dominent le marché du e-tourisme. Sur le marché français, il s’agit de voyages-sncf.com avec 6,7 millions de visiteurs uniques, booking.com avec 5 millions et Air France et Blablacar avec près de 2 millions/mois en avril-juin 2014.

Le taux de pénétration du e-tourisme a progressé rapidement. En 2015, il était de 40 à 50% en Europe et aux Etats-Unis, autour de 30% en Asie et en Europe de l’Est et au-delà de 20% au Moyen-Orient et en Amérique Latine (Global Online Travel Overview, 2016). Alors que le monde de la réservation online est encore récent, on retrouve les mêmes dynamiques qu’ailleurs. Ainsi, depuis quelques années, se constituent des grands groupes avec Priceline, Home Away, TripAdvisor et Expédia suite à des logiques de fusions/acquisitions. En 2015, Expédia a racheté HomeAway et en 2017 a pris une part majoritaire sur plateforme SilverRail, ajoutant la réservation de billets de train à ses activités. Le secteur est dynamique et la mise en place d’un « googlécosystème touristique » montre que d’autres innovations sont à venir dans la préparation, le déroulement et les souvenirs du voyage.

En 2015, le « e-tourisme » représente 32% du chiffre d’affaires du e-commerce en France. Loin derrière arrivent habillement et chaussures, textiles de maison avec 10% du total. L’achat en ligne de voyage atteint un panier moyen supérieur aux autres types d’achat avec 258€. Internet s’est ainsi imposé dans l’univers du voyage puisque, selon l’enquête The 2014 Traveller produite par Google, il est autant « source d’inspiration » pour les voyages que les parents et amis (56% respectivement) et est devenu la 1ère source d’information pour l’organisation du voyage devant les parents, les amis et les collègues.

2) Gouvernance des destinations

Les territoires doivent composer avec ce marché qui évolue sans cesse et se recompose, comme ils doivent composer avec l’offre non marchande et/ou illégale. Dès lors, gérer une destination et assurer une bonne gouvernance qui permette le développement, la promotion et la renommée d’un lieu est très difficile tant les acteurs sont nombreux et les échelons administratifs mobilisés et mobilisables importants. Dans la destination, tous les types d’acteurs du système touristique sont présents ce qui montre à la fois le poids du marché, le rôle des pouvoirs publics comme la diversité des postures des touristes, entre autonomisation de la pratique et utilisation massive des produits proposés. Cela montre aussi comment se construit le projet touristique selon les destinations (couple altérité/familiarité), comment se réalise l’assemblage et quelles sont fonctions co-produites et auto-produites. Photocopie schéma p.120

Par ailleurs, face à la concurrence et au marché, mais aussi face à la diversité des instances en charge du développement touristique, certains États lancent des programmes pour améliorer la gouvernance des destinations et leur visibilité internationale. Tels peuvent être lus les « Contrats de destinations » recevant appui technique et financier de l’État français et d’Atout France : « La stratégie Destination France 2010-2020 et les Assises du tourisme ont souligné la nécessité, dans un contexte concurrentiel intensif et un environnement économique complexe, de consolider les destinations et marques existantes et d’en faire émerger de nouvelles, structurées, et à forte visibilité internationale » (atout-France.fr). L’idée est de construire une stratégie partagée et coordonnée. Cette démarche intégrée est prévue sur plusieurs années. Les signataires sont à la fois les collectivités territoriales et leurs organismes touristiques mais aussi les acteurs du transport, de l’hébergement et des sites comme de grands équipements touristiques. Il s’agit de produire un véritable management de la destination [BEDE et SPINDLER, 2017]. En juillet 2016, 20 contrats de destination étaient lancés, répartis en 5 thèmes (offre patrimoniale, écotourisme, oenotourisme et gastronomie, montagne et ressourcement, sports et détente). Chacun a un objectif précis.

FOCUS : Quelques exemples de contrats de destination.

« Le contrat de destination « Tarn et Garonne » a vocation à développer le tourisme d’itinérance, par la structuration d’une offre de parcours touristique à dimension européenne, la mise en place d’un réseau de sites et de services de qualité, accueillants et solidaires, et l’organisation du réceptif et de l’information autour de produits numériques innovants.

Le contrat destination « Alsace » a pour objectif de développer le tourisme d’affaire, en favorisant l’accueil de congrès, conventions, séminaires et évènements d’entreprises, nationaux et internationaux, afin de renforcer la visibilité de la destination, notamment à l’international.

Le contrat destination « Centenaire de la Grande Guerre » associe l’État, 10 collectivités et les associations partenaires, ainsi que 14 entreprises, acteurs de la partie française de la ligne de front occidental, afin de faire émerger une offre touristique d’excellence à visibilité internationale, basée sur découverte de l’offre de mémoire de la Première Guerre Mondiale.

Le contrat destination « tourisme de mémoire en Normandie » impulsé par l’État avec une vingtaine de partenaires publics/privés vise à créer une offre touristique innovante et adaptée autour de cette thématique, de développer la fréquentation des sites et de faire de la Normandie une région porteuse des valeurs de paix, de réconciliation et de liberté ».

Source : www.entreprise.gouv.fr/tourisme, consulté le 11 oct. 2017

Ainsi se construisent les destinations/lieux touristiques. Toutes les situations sont possibles qui rendent compte à la fois des logiques internationales, du cadre national et des postures locales avec le volet culturel propre à chaque région du Monde. Ainsi, au Mexique, l’exemple de l’arrière-pays Maya dans la péninsule du Yucatan montre comment un espace rural aux portes de la Riviera Maya et de Cancùn tente de s’insérer dans le marché national et international.

Photocopie schéma p.120

Ici, il faut ajouter le rôle (parfois très fort) des instances gouvernementales et/ou fédérales. Cette relation entre acteurs endogènes et exogènes au système local débouche sur 3 scénarios différents de développement.

D’une part, près de la ville de Valladolid, des touristes fréquentent les 2 cénotes de Dzinup dès les années 1990 où quelques aménagements et équipements détenus par les natifs du village permettent leur accueil. Là, depuis le début du 20ème siècle, 2 clans (les Pootes et les Chanes) s’opposent. En 1990, le propriétaire des cénotes les vend aux Chanes, suite à des conflits avec les Pootes qui décident ensuite de les revendre à un entrepreneur en 2003. Commencent alors plusieurs années de tensions et de conflits violents qui débouchent sur un accord en 2007 : le site sera géré par le Secrétariat du tourisme qui propose un projet d’aménagement. Celui-ci ne sera réalisé qu’en 2011 et sera administré par CULTUR (= organisme public de l’État du Yucatan). Mais les conflits rejaillissent car le prix de location des locaux artisanaux aux habitants est jugé trop élevé. Finalement en 2016, CULTUR cède pour 20 ans, la gestion à Toh Beh expeditions (entreprise privée). Ce village incarne l’exemple d’une « mainmise du gouvernement puis d’une entreprise sur les ressources naturelles et touristiques du village » [JOUAULT, 2016].

D’autre part, les villageois de Tres Reyes et Patchen ont passé un contrat avec l’agence Alltournative pour l’aménagement d’un cénote et son usage comme le partage des gains. Tyrolienne, canoë, cérémonie avec h-men… sont proposés aux 50 000 touristes venus en 2012. Cette intégration au marché permet une fréquentation élevée et des retombées économiques fortes vues les recettes perçues par personne. Photocopie schéma p.122

Enfin, Yotzonot représente un développement touristique contrôlé par les sociétés locales. La mise en tourisme s’appuie aussi sur la valorisation d’un cénote situé à 10km du site de Chichen Itza. L’initiative vient d’un fonctionnaire de la Commission nationale pour le Développement des Peuples Indigènes qui propose aux habitants de participer au programme de tourisme alternatif. 60 habitants sur près de 300 acceptent l’idée du projet et 27 le mettent en place après avoir obtenu la concession du cénote par les autorités villageoises. En 2006, il est nettoyé et son exploitation officielle débute en 2007. En 2009, 5 hommes et 12 femmes fondent la Société coopérative à responsabilité limitée de capital variable Zaaz Koolen Haa qui les emploie toute l’année. En 2014, ils ont accueilli plus de 26 000 touristes. Outre la création d’emplois, cela permet aux jeunes de poursuivre leur scolarité au-delà du cycle secondaire et aux femmes seules dont les maris travaillent sur la Riviera Maya, d’améliorer leurs revenus.

3) Le tourisme, un poids lourd de l’économie

Au total, l’ensemble de ces acteurs et leurs stratégies ont contribué à faire du tourisme une richesse économique de premier plan à l’échelle mondiale. L’édition 2017 du WTTC (World Tourism et Travel Council) annonce que la contribution directe du tourisme et des voyages au PIB mondial est de 1 940 milliards d’€ en 2016 (5,5% du total) et la contribution totale serait de 6 840 milliards d’€ (15% du total).

Ces chiffres, calculés à partir de 185 États recensés, montrent de saisissants contrastes entre les Etats-Unis, en tête du classement, avec plus de 400 milliards d’€ de recettes directes et Sao Tomé et Principe, classé dernier, atteint moins de 10 millions d’€.

Photocopie carte p.124

Pour la contribution totale, les montants vont de 35 millions pour Kiribati et plus de 1 500 milliards pour les Etats-Unis. La moyenne est à 8,5 milliards d’€ et la médiane à 1 milliard. Dans un cas comme dans l’autre, une vingtaine de pays concentrent une part importante des recettes mondiales : les 5 premiers cumulent entre 48% et 51% du total, les 10 premiers 65% du total, et les 20 premiers représentent 75% des recettes directes et totales. Les Etats-Unis, la Chine, l’Allemagne et le Japon sont en tête puis vient la France pour la contribution directe (90 milliards) ou le Royaume-Uni pour la contribution totale, la France étant 6ème avec 221 milliards. L’Inde est très bien placée pour la contribution directe (7ème place avec 71 milliards) et la contribution totale (8ème place avec 209 milliards) comme le Mexique, le Brésil et la Thaïlande, devenant de ce point de vue des pays touristiques comme l’Italie ou l’Espagne. Cela s’explique par la part des dépenses touristiques des nationaux. Sous la médiane, se trouvent essentiellement des pays d’Afrique subsaharienne (Gabon, Guinée, Mali ou Bénin), du Moyen-Orient, d’Europe centrale, d’Asie centrale ou d’Océanie (Kiribati, Iles Salomon).

La part de la contribution directe du voyage et du tourisme aux PIB nationaux est aussi très contrastée. Pour les États insulaires touristiques ou très touristiques en tête du tableau, on dépasse les 13% pour contribution directe avec plus de 20% pour les Seychelles, les Antilles néerlandaises, Aruba, et plus de 30% pour les Iles Vierges Britanniques et plus de 40% pour Seychelles. Photocopie carte p.125

Macao et Belize participent aussi à ce groupe (27% et 14%). Cela traduit une économie peu diversifiée. Ensuite, selon la structure des activités de chaque État et l’intensité comme l’ancienneté de leur développement touristique, le voyage et le tourisme contribuent à 7 à 8% du PIB pour le Mexique, la Tunisie, la Grèce, 4 à 5% pour l’Italie, Hong Kong et l’Espagne, 3-4% pour l’Inde, le Royaume-Uni, la France et le Kenya, et 2-3% pour la Chine, les Etats-Unis et l’Afrique du Sud. Le Canada, les Pays-Bas et l’Indonésie, destinations touristiques connues, évoluent à 1,8 alors que la Russie est à 1,3%. La Papouasie clôt la liste avec 0,7% en 2016. La contribution totale du tourisme au PIB montre des décalages encore plus forts avec la Papouasie où les voyages et le tourisme représentent 1,9% du PIB et les Iles Vierges Britanniques 96%. Le PIB de 3 pays dépend exclusivement du tourisme (supérieur à 80%) : les Maldives, Aruba, et les Iles Vierges Britanniques, ou il produit plus de la moitié de la richesse nationale pour 5 autres : Anguilla, Macao, les Seychelles, Antigua et Barbade, les Indes Néerlandaises. Ce niveau élevé de contribution des voyages et du tourisme au PIB caractérisent la plupart du temps des espaces insulaires et/ou de petits États et/ou des États peu touristiques comme la Gambie (22% du total) mais se trouvent aussi quelques destinations connues où le tourisme prend une place significative : 26% à Maurice, 21% en Thaïlande, 18% pour Grèce et Maroc, 16% pour Hong Kong et 14% pour Espagne. D’autres grandes destinations touristiques internationales se situent autour de 8-9% comme les Etats-Unis ou la France. 38 pays sont entre 2 et 5%.

On peut affiner la connaissance de ces recettes par plusieurs critères. D’une part, le WTTC propose la répartition des dépenses entre tourisme et voyage d’affaires pour chaque pays. Globalement, le tourisme et les loisirs représentent près de 3 200 milliards alors que les « affaires » n’atteignent pas les 1 000 milliards d’€ montrant la large dominance du premier sur le deuxième. Selon les régions et les pays du Monde, la répartition entre les deux rubriques évolue fortement car le tourisme représente 10% des recettes au Lesotho et presque 100% dans la plupart des États océaniques, la moyenne est à 75% et la médiane à 73%. Autour de la médiane, on trouve des pays très touristiques dont la composante « affaires » occupe dorénavant une place significative dans les dépenses comme l’Italie ou la Belgique (26%). En Tunisie, en Argentine et aux Etats-Unis, elle tourne autour de 30%. Mais l’important est de voir les pays où les dépenses des affaires font jeu égal avec le tourisme voire l’emportent : dans 16 pays, elles représentent entre 40 et 50% des dépenses. Tous sont des pays peu touristiques à l’exception notable du Canada et du Royaume-Uni mais aussi de Singapour, ville-État où les affaires sont à l’origine de la fréquentation du lieu avant qu’une logique touristique fondée sur le shopping ne se mette en place. Enfin, 20 États ont des dépenses « affaires » supérieures au tourisme. 17 sont des pays d’Afrique subsaharienne, c’est à dire des pays peu touristiques.

Ces chiffres des dépenses donnent une lecture globale d’une population touristique qui pourrait apparaître comme homogène. En réalité, des différences s’observent selon les catégories socio-professionnelles, les nationalités et les classes d’âge. Ainsi, certains segments de clientèle sont particulièrement importants comme les retraités. Une enquête de la Direction générale des entreprises en 2014 rapporte que les retraités français de 62 à 89 ans dépensent 22 milliards d’€ sur l’année contre 43 milliards pour les 25-61 ans, ce qui représente 1/3 du total et leur dépense moyenne par voyage est un peu supérieure aux actifs : 406€ contre 356€. Parmi ces retraités, ce sont les 62-71 ans qui sont les touristes les plus importants car ils assurent près de 70% des dépenses de cette catégorie, même si ces dernières augmentent avec l’âge : 400€ pour les 62-71 ans, 420€ pour les 72-81 ans et 435€ pour 82 ans et plus. Pour tout le monde, les vacances d’été constituent un poste de dépense sur lequel les populations jouent la modulation. Ainsi, en 2015, si 18% en moyenne (35% en Italie) y renoncent, 39% souhaitaient faire des économies sur ce budget alors que 32% ne voulaient pas y renoncer (42% des Autrichiens). Au final, le budget des vacances d’été s’élève à 2 200€ pour les Européens avec des variations marquées entre les Espagnols à 1 900€ et les Autrichien à 2 700€ tandis que les Etasuniens avoisinent les 1 800€ et les Brésiliens dépassent légèrement les 900€.

Au niveau des territoires, le tourisme contribue aussi à enrichir les destinations par la consommation touristique intérieure (CTI) : «La CTI mesure la partie de la consommation des visiteurs résidents et non résidents (touristes, excursionnistes) qui a été acquise par les visiteurs auprès de fournisseurs français de services (et de biens de consommation), au cours ou en vue des voyages qu’ils ont effectué dans l’année considérée, en France ou à partir du territoire français » [Mémento du Tourisme, 2016]. Elle montre le poids économique de cette activité. Elle représente 159 milliards d’€ courants en 2015 contre 140 en 2010. 140 milliards correspondent à la dépense touristique et 19 milliards viennent des hébergements touristiques non marchands. La structure de la dépense touristique montre l’importance de quelques postes : transports, hébergement et activités sur place… Mais la richesse touristique est aussi en partie liée à la taxe de séjour perçue qui contribue à l’aménagement et à la gestion des lieux. En France, on comptait 64 millions d’€ en taxe de séjour et taxe forfaitaire en 2014. La région Rhône-Alpes arrive en tête avec 12 millions d’€ collectés, devant l’Île de France (8,8 millions) et l’Alsace (4,9 millions). Localement, les conséquences économiques du tourisme peuvent être fortes. Selon le Syndicat mixte de la Grande Dune du Pilat, le site génère 11 à 13 millions d’€ de retombées directes et 132 emplois et près de 170 retombées indirectes et près de 1 000 emplois. Cela produit 4 millions de nuitées. Dans cette région, l’économie balnéaire représente 331 millions d’€ contre 35 pour la filière ostréicole et 26 pour la pêche professionnelle.

4) Emplois et activités : logiques et caractéristiques

Au niveau mondial, le WTTC 2017 mesure aussi la contribution directe du tourisme et des voyages à l’emploi avec près de 109 millions, soit 3,6% du total mondial. En y ajoutant les emplois indirects et induits, on atteint plus de 290 millions soit près de 10% du total. Selon les régions du monde et des pays, la situation particulièrement contrastée. Photocopie carte p.128

Pour les emplois directs, les chiffres varient d’1 million pour Kitts et Nevis à plus de 25 millions pour l’Inde avec une médiane de 110 000 où se placent Cuba, le Costa Rica et la Belgique. Parmi les États disposant des emplois directs les plus nombreux, les principales destinations internationales sont présentes comme les Etats-Unis (5,5 millions), le Mexique (4 millions), la Chine (2,5 millions) et la France/Italie (1,2 million chacun). Pour les emplois totaux, les valeurs oscillent entre 5 millions pour le Surinam et 40 millions pour l’Inde. On retrouve encore en tête les Etats-Unis (14 millions), le Mexique (8,5 millions), la Chine (7millions) mais aussi le Japon et le Royaume-Uni (plus de 4 millions), l’Italie et la France (2,8 millions) comme l’Espagne (plus de 2,5 millions). A l’image des recettes, la répartition des emplois est concentrée sur quelques pays. Les 5 premiers rassemblent 46% des emplois directs, les 10 premiers presque 60% et les 20 premiers 71%. Pour les emplois touristiques totaux, les résultats sont les suivants : 37% pour les 5 premiers, 52% pour les 10 premiers et 67% pour les 20 premiers. Les entreprises du tourisme assureraient 2 millions d’emplois dans l’Union Européenne dont la majorité serait constituée de micro, petites et moyennes entreprises et ils représenteraient 5,2% du total. En 2013, les hébergements et les services de restauration représentent 10 millions d’emplois (5% du total européen).

La place des emplois touristiques directs et totaux dans l’ensemble des emplois nationaux montre les mêmes logiques que décrites précédemment. Photocopie carte p.128

Pour les emplois directs et totaux, cela évolue de 0,5% à 1,6% (République démocratique du Congo) à plus de 31% et 89% (Aruba). La moyenne est à 5,5% pour les premiers et 14% pour les deuxièmes et la médiane est à 3,5% et 9,2% respectivement. Ici aussi, les États insulaires caracolent en tête. Les pays touristiques où l’emploi direct occupe une place importante dont la Croatie et la Grèce (10-11%), le Mexique et le Portugal (8%), le Maroc (7%), les Etats-Unis, la France et l’Italie (3,5 à 5,5%). Ensuite le volume de la population active comme l’intensité du développement touristique expliquent la place moindre des emplois directs : 3% au Brésil, en Egypte, au Canada et en Chine. En Turquie, grande destination touristique, les emplois directs ne constituent que 1,8% des emplois. Pour les emplois touristiques totaux, le diagnostic est identique.

Selon les secteurs d’activités, le nombre d’emplois est inégal. Une approche globale n’existe pas mais la situation pour quelques États peut être proposée. Ainsi, en France, les secteurs d’activités sont principalement la restauration traditionnelle (près de 363 000 salariés), les transports non urbains (avions, trains, autocars… près de 270 000 salariés), la restauration rapide (plus de 187 000 salariés), les autres services récréatifs (plus de 56 000 salariés). Dans Mesure de l’emploi dans les Industries touristiques, l’OMT propose en 2014 plusieurs cas. La comparabilité est difficile car les méthodologies diffèrent et ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités, mais les informations produites permettent de voir quelques points communs et divergences.

Photocopie tableau p.129

Ensuite les emplois du tourisme présentent quelques grandes caractéristiques. La principale en est sans doute des conditions de travail difficiles : « de nombreux emplois dans le secteur du tourisme sont saisonniers, à temps partiel, peu rémunérés et subalternes. En 2013, 1/3 des emplois dans les logements et nourriture de l’Union Européenne étaient saisonniers. En outre, de nombreux employés du secteur du tourisme ont des heures de travail irrégulières et travaillent le dimanche, le soir et la nuit. Tous ces facteurs contribuent à une rotation rapide du personnel » (Parlement européen, 2013). La saisonnalité est aussi une caractéristique essentielle du tourisme. Sans connaître le chiffre mondial, on peut l’approcher là aussi par pays ou par régions. Ainsi, elle concerne 38% des emplois touristiques au Canada et les temps partiels représentent 19% (OMT, 2014). En France, la part des emplois saisonniers constituent souvent un volume de postes importants mais inégal selon les régions.

Photocopie graphique p.130

En PACA, il y eut 174 000 contrats salariés et 30 000 missions d’interim entre novembre 2011 et octobre 2012. Cela représenterait 15 900 équivalents Temps Pleins. 57% sont dans l’hébergement et la restauration et 13% dans les commerces. Cela concerne surtout l’été avec 1/3 du total puis vient la saison d’hiver (près de 3 000). Ce sont des emplois peu qualifiés : 1/3 étaient serveur, aide cuisinier et employé d’étage et mal rémunérés (INSEE, 2016).

Puis ce sont des emplois très féminisés. Ainsi en 2015, le Parlement européen écrivait : « l’industrie du tourisme joue aussi un rôle important dans l’emploi des femmes. Le taux de participation des femmes à la main-d’œuvre du tourisme dans l’Union Européenne à 28 (en 2013) était plus élevé que dans l’ensemble de l’économie de l’Union Européenne (46%), avec 56%. Leur emploi était particulièrement élevé dans les agences de voyage et voyagistes, suivi du secteur de l’hébergement et de la restauration ». Cet extrait fait écho au Global Report on Women in Tourism publié par l’OMT en 2010 qui permet de généraliser le propos à d’autres régions du Monde. Aujourd’hui des stratégies et des politiques cherchent à renforcer l’égalité homme/femme en leur permettant d’avoir accès à l’entreprenariat, à l’éducation pour occuper des postes à responsabilité. Car le tourisme semble un secteur facilitant cette équité : les femmes employeurs dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration sont 10 points au-dessus des autres secteurs et on atteint 16 points pour les femmes installées à leur compte.

Photocopie tableau p.131

Enfin, les jeunes et les étrangers sont 2 catégories de population aussi surreprésentées dans ces métiers. Ainsi en Irlande, les employés du tourisme ont, en moyenne, 3 ou 4 années de moins que les employés des autres secteurs, mais la médiane oscille entre 5 et 7 ans. En France, sur les quelques 600 000 salariés de la restauration et de l’hébergement, 186 000 ont entre 15 et 24 ans et 220 000 entre 25 et 34 ans soit près de 70% du total. Ces emplois sont typiquement les premiers exercés l’été ou pendant congés scolaires/universitaires. Plus tard, ils permettent aussi d’avoir une activité rémunérée tout en disposant d’1 temps vacant du travail assez conséquent. Dans toutes les stations, les serveurs et serveuses comme le personnel d’accueil sont souvent jeunes car ce sont des métiers difficiles dans la relation-client. Quant aux étrangers, ils représentent 10 à 12% des salariés du tourisme en France. Souvent, la maîtrise d’une langue est un atout important pour des structures ou des destinations qui accueillent des clientèles internationales.

Le tourisme est la mise en œuvre d’un projet touristique fondé sur des pratiques. Pour sa réalisation, le touriste peut recourir à certains prestataires et en mobilisera forcément d’autres pour son acheminement comme son séjour et ses activités de loisirs ou culturelles. Toute une chaîne d’acteurs s’est progressivement constituée jusqu’à former aujourd’hui une constellation d’intervenants redéfinie par la révolution numérique.

Dans les destinations, les États et les collectivités territoriales œuvrent à l’accueil des touristes nationaux comme étrangers. L’enjeu est d’en recevoir davantage tant cette activité est source de recettes et d’emplois dans un contexte mondial où le tourisme apparaît, plus que d’autres secteurs, pourvoyeur de richesse. Pour cela, selon leur moyen d’action et leur budget, ils mettent en place des projets d’aménagements ou d’équipements et structurent l’offre de leur territoire comme la communication ou la promotion.

Tout cela a débuté dès milieu du 19ème siècle avec la constitution d’un marché touristique enrichi progressivement par l’action politique, le tourisme devenant un enjeu d’intégration spatiale et sociale pour les gouvernements. Quel monde touristique résulte de l’ensemble de ces dynamiques ?