Pierre Serna montre qu’il faut considérer les républiques sœurs dans le contexte de la rivalité franco-britannique et la guerre européenne. C’est en fait parce qu’il y a la guerre en 1792 et la « patrie en danger » que les Français ont besoin d’étendre les frontières pour éviter une invasion. La victoire de Neerwinden en mars 1793 et celle de Fleurus en juin 1794 leur donne l’occasion de créer un glacis à partir des Porvinces-Unies. C’est ensuite le souhait du général Napoléon Bonaparte et du Directoire qui en font une réalité tangible en Europe.
Contexte général et cadrage historiographique
La période concernée s’étend de la création de la République batave (janvier 1795) jusqu’à l’effondrement de la République napolitaine (juin 1799).
Pendant ces années, plusieurs républiques apparaissent sur la carte européenne, sous la tutelle d’une « république-mère » belliqueuse (la Première République française) en guerre contre l’Autriche, puis contre l’Angleterre.
L’historiographie a longtemps présenté ces États comme de simples républiques importées de France, imposées pour satisfaire les généraux français. Elles auraient constitué une ceinture d’Etats vassaux autour des « frontières naturelles » des Alpes et du Rhin, dans une stratégie cynique du Directoire.
Pour Jacques Godechot (1959) : rupture historiographique majeure. Il défend l’existence d’un mouvement révolutionnaire s’est déclenché des deux côtés de l’Atlantique. Celui-ci a poussé les sociétés à se soulever contre leurs dirigeants au nom des droits individuels et de la souveraineté nationale, incarnés dans des constitutions écrites. Jacques Godechot soutenait que la France post-Terreur était en grande partie responsable de la diffusion de cet idéal dual, individuel et sociétal, à travers l’Europe après 1795. Animée par une énergie renforcée par ses victoires militaires, la France républicaine exporta son modèle à travers l’Europe grâce à ses victoires militaires.
Jacques Godechot a apporté un changement majeur de cap à l’historiographie française et a fait de l’exception française la norme pour une Europe républicanisée. Les républiques calquées sur la constitution de l’An III prospérèrent parce qu’elles furent soit accueillies par des patriotes émancipés, soit imposées dans des régions encore plongées dans l’obscurité obscurantiste par les forces religieuses contre-révolutionnaires. La France donna sa constitution, ses lois, ses clubs politiques et sa presse, son système de recrutement d’un citoyen-soldat, et son administration rationnelle, et offrit sa protection, même s’il y avait un lourd prix à payer, étant donné que la France restait en guerre et faisait face à la pression de la crise économique endémique.
Le débat n’avait pas beaucoup évolué au moment du bicentenaire de 1789. Mais depuis, nous avons assisté à une multiplicité de changements, à la fois politiques et historiques : la chute du mur de Berlin, la crise internationale, l’essor des pays émergents et de l’histoire globale, le nouveau focus sur l’histoire coloniale (désormais omniprésent dans les questions conceptuelles soulevées par la Révolution française), le tournant skinnérien dans l’analyse du républicanisme moderne, la redécouverte du Directoire et de ses potentialités interpersonnelles décisives pour saisir la logique intérieure de la Révolution. Il est sûrement temps de réinterpréter l’expérience des républiques sœurs, qui les traite à part de la Révolution française, comme un phénomène au-delà des frontières françaises qui unissait les peuples frères dans un moment républicain commun. Le terme « républiques sœurs » peut lui-même être perçu comme une sorte d’anachronisme.
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