Le Webdossier de L’Histoire de Juin 2021 rassemble une série d’articles dont la lecture est jugée indispensable aux candidats de l’Agrégation. Cette fiche de lecture ne propose que quelques-uns de ces articles. Les autres sont fichés ICI. Nous avons synthétisé ici différents textes qui mettent à jour les réflexions et les débats autour de la figure d’Alexandre le Grand, le conquérant de l’empire achéménide, depuis sa naissance en 356 avant J.C. et sa formation en Macédoine, jusqu’aux routes que l’armée macédonienne emprunte à travers l’empire perse jusqu’à l’Indus à partir de 334 avant J.C., et la mort du roi à Babylone en 323 avant J.C.  Le but est de synthétiser les informations concernant la figure et les représentations d’Alexandre le Grand au IVe siècle avant J.C., en replaçant l’enfant, l’adolescent, le soldat, le roi et le conquérant dans son contexte historique.

« Alexandre parmi les siens », Hervé Duchêne ( octobre-décembre 2011)

« Les tombes des rois de Macédoine livrent leurs trésors », Bernard Holtmann ( novembre 1990)

« Le mystère Alexandre le Grand », Paul Faure (juin 1983)

« Alexandre, le roi du monde », Pierre Briant (mai 1995)

« Alexandre à l’assaut du Proche Orient », Pierre Briant (janvier-mars 2004)

« Les routes d’Alexandre », Joël Schmidt (avril 1980)

« Alexandre, successeur des Achéménides », Pierre Briant (janvier-mars 2009)

« Le partage de l’Empire », Maurice Sartre (octobre-décembre 2011)

 

Ces quelques notes de présentation peuvent être accompagnées de la lecture d’autres ouvrages proposés par la bibliographie du sujet parue dans Historiens & Géographes, parmi lesquels:

  • Roger Caratini, Alexandre le Grand, Hachette, 1999
  • Olivier Battistini et Pascal Charvet (dir), Alexandre le Grand: Histoire et Dictionnaire, Bouquins, 2004
  • Nicholas Hammond, Le génie d’Alexandre le Grand, Economica, 2002
  • Pierre Briant, De la Grèce à l’Orient: Alexandre le Grand, Gallimard, 2005 (1e édition 1987)
  • Jacques Benoist-Méchin, Alexandre le Grand, Perrin, 2009
  • Joël Schmidt, Alexandre le Grand, Folio, 2009
  • Pierre Briant, Alexandre. Exégèse des lieux communs, Gallimard, 2016
  • Laurianne Martinez-Sève, Atlas du monde hellénistique (336-31 avant J.C.), Autrement, 2017
  • Olivier Battistini, Alexandre le Grand. Un philosophe en armes, Ellipses, 2018

 

Les cartes insérées ici sont toutes extraites de l’Atlas du monde hellénistique des éditions Autrement.

 

« Alexandre parmi les siens », Hervé Duchêne (octobre-décembre 2011)

Hervé Duchêne revient aux découvertes archéologiques réalisées depuis les années 1970 en Macédoine pour donner un nouveau portrait d’Alexandre dans son environnement quotidien.

C’est à Aigai qu’a grandi Alexandre. La cité est demeurée, malgré la concurrence de Pella, le lieu où étaient célébrés les grands événements royaux et où ont toujours été inhumés les défunts. Certes, dès le début de l’époque hellénistique, le cœur administratif et politique du nouveau royaume se trouve à Pella, et Aigai ne brille plus que par le souvenir de son passé/

L’ensemble palatial monumental d’Aigai a été découvert près de l’actuelle ville de Vergina. Le palais d’Aigai/Vergina est certes plus petit que celui de Pella. Il a été réalisé sous le règne de Philippe II au moment où le roi de Macédoine consolidait les remparts de la cité. En 1977, des tombes royales ont été découvertes, puis un théâtre, un gymnase et plusieurs inscriptions en 1982.

Alexandre est né à Pella en juillet 356 avant J.C. Philippe II règne depuis trois ans. Adolescent, ce dernier a rencontré Olympias, la nièce du roi des Molosses (un peuple d’Epire), qu’il épouse, et qui lui donne Alexandre. Mais Philippe a été marié plusieurs fois, avec plusieurs macédoniennes, et avec la Thrace Méda. Les multiples mariages s’inscrivent dans une tradition dynastique macédonienne : ils scellent des alliances politiques ou militaires ; ils doivent garantir une descendance. Une ou deux années avant Alexandre, est né Philippe Arrhidée. De santé fragile et de caractère débile, cet aîné n’a jamais été un rival pour Alexandre. Philippe considère d’ailleurs son fils cadet comme son véritable héritier.

Des songes auraient précédé la venue au monde d’Alexandre, avant d’accroître la gloire du jour de sa naissance. Olympias aurait couché avec des serpents et la foudre se serait abattue sur elle, avant qu’elle ne partage le lit de son mari. Philippe aurait également rêvé qu’il marquait d’un sceau portant l’empreinte d’un lion le ventre de sa femme. Alexandre, enfant d’exception, descendrait aussi d’Héraklès par son père, et d’Achille par sa mère.

Ce sont là des visions macédoniennes. A Athènes, les conceptions sont bien différentes, et souvent hostiles. L’orateur Démosthène décrit Philippe II comme un barbaros, un être brutal, esclave du vin et des plaisirs sexuels. La Grèce du Nord était en-dehors de la civilisation. Son héritier ne vaudrait pas mieux. Démosthène l’a rencontré en 346 avant J.C. : Alexandre avait 10 ans, et chantait à la cithare lors d’un banquet, pour séduire un adolescent.

Les historiens savent que plusieurs chroniques contemporaines ont existé, puisqu’elles ont inspiré les écrits de Plutarque, Diodore de Sicile, Arrien et Justin, quelques siècles plus tard. Ces chroniques n’ont pas été conservées. Mais 3 thèmes semblent avoir organisé le récit de la formation du jeune Alexandre : l’influence de l’épopée, l’importance de la culture philosophique, l’apprentissage de la guerre.

Léonidas, un parent de la reine Olympias, a été chargé de la première éducation d’Alexandre. Léonidas était un pédagogue sévère, obligeant son élève, chaque jour, à une marche tôt le matin, et à des repas légers. Soucieux de former le caractère de son élève, il inspectait les coffres et les vêtements de l’enfant pour y retirer les cadeaux glissés par sa mère.

L’esprit du jeune Alexandre était formé à l’épopée homérique par Lysimaque, un Grec d’Acarnanie. Les résultats semblent avoir été mitigés. Philippe fait alors appel à Aristote, originaire de Chalcidique. Le philosophe devient alors le précepteur d’Alexandre. Après s’être quittés, les deux hommes ont continué d’échanger une correspondance.

Philosophiquement, Alexandre est aussi marqué par la pensée des cyniques. Sa volonté de rencontrer Diogène à Corinthe en 336 avant J.C. est un fait important. Il apprécie aussi le théâtre, qu’il découvre auprès de Sophocle et d’Euripide. Mais il préfère les exercices équestres. La fameuse histoire de Bucéphale en témoigne. Un Thessalien avait amené à Philippe ce cheval acheté pour une somme considérable. On présente l’étalon dans la plaine de Vergina. Personne ne peut monter sur Bucéphale et dompter son tempérament. Alexandre réussit à le faire, parce qu’il a observé que l’animal avait peur de son ombre et qu’il fallait le tourner face au soleil.

Les historiens d’Alexandre mettent en scène le prince combattant. Les actes rapportés du jeune homme préfigurent déjà les exploits du combattant, dans une lecture téléologique. En 340 avant J.C., à 16 ans, Alexandre dirige les affaires du royaume, alors que Philippe part en expédition contre Byzance. Peu après, Alexandre fait sa première expérience de la guerre en affrontant un peuple Thrace. Après la victoire, il fonde Alexandropolis, la plus ancienne de toutes les Alexandries du futur empire macédonien.

Adolescent déjà, Alexandre aurait reçu en ambassade des envoyés perses, et les aurait questionnés sur leur pays. En 338 avant J.C., il participe à la bataille de Chéronée aux côtés de son père, et apporte de la victoire grâce à la cavalerie.

Cette victoire précède d’un an la brouille du fils avec son père. Philippe ne supporte pas le mariage d’Alexandre avec Cléopâtra, la nièce d’un noble macédonien, valeureux chef d’armée. Ils se disputent au cours du repas qui suit le mariage. Philippe sort son épée et se précipite sur son fils mais, pris de vin, tombe par terre. Alexandre aurait répliqué : « Mon père veut aller d’Europe en Asie, mais il ne peut se traîner d’un lit de banquet à un autre ».

Alexandre part alors pour l’Illyrie. C’est Démarate, un Grec de Corinthe, qui fait revenir Alexandre à la cour. Jaloux que l’on cherche à unir son demi-frère (Philippe Arrhidée) avec la fille du satrape de Carie, Alexandre tente de conclure à son profit cette alliance. Philippe II est furieux et exile tous les compagnons d’Alexandre. C’est la deuxième rupture entre le père et le fils. Cet événement aurait conduit Alexandre et sa mère à soutenir Pausanias, qui assassine Philippe dans le théâtre d’Aigai en 336 avant J.C. C’est du moins l’avis de Diodore de Sicile. Pour Aristote, l’assassinat ne serait pas né d’une conspiration, mais de la vengeance personnelle d’un garde du corps qui venait d’être humilié par le roi.

Alexandre aurait en tous les cas diligenté une enquête sur la mort de son père, ce qui lui a permis d’éliminer plusieurs prétendants et rivaux au trône. Ayant ensuite procédé avec grand soin aux funérailles de son père, il se fait proclamer roi et successeur de Philippe. Il n’a que 20 ans.

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