Le Webdossier de L’Histoire de Juin 2021 rassemble une série d’articles dont la lecture est jugée indispensable aux candidats de l’Agrégation. Cette fiche de lecture ne propose que quelques-uns de ces articles. Leur point commun est de mettre en avant la civilisation achéménide. Pierre Briant (« Remarques critiques sur la question d’histoire de l’Antiquité », Hypothèses, 19 avril 2021) insiste sur la nécessité de sortir de l’hellénocentrisme pour étudier au même niveau le monde grec et le monde perse. Nous avons déjà insisté sur la nécessité de changer de regard historiographique dans un autre travail (en adoptant une approche d’histoire globale, ICI). Le lecteur trouvera donc ici l’introduction du Webdossier ainsi que quelques travaux sur la culture et l’organisation politique et administrative de l’empire achéménide, et des réflexions sur le regard ambigu que les Grecs ont porté sur leur « ennemi naturel et héréditaire » (Hérodote). 

« Introduction « Le monde grec et l’Orient, 404-200 av. J.-C. », Hervé Duchêne (2021)

« Xénophon et l’odyssée des « Dix-Mille » », Philippe Gauthier (juin 1985)

« Achéménides, le premier empire-monde », Pierre Briant (juin 2019)

« A la cour du Roi des Rois », Pierre Briant (janvier-mars2009)

« Les Barbares ont un pays : la Perse », Dominique Lenfant (mai 1999)

Introduction « Le monde grec et l’Orient, 404-200 av. J.-C. » par Hervé Duchêne (2021)

Hervé Duchêne insiste tout d’abord sur une mise en garde : tel qu’elle est formulée, la question d’agrégation peut poser le piège de l’orientalisme. Or, ce serait une grave erreur de ne considérer le sujet que du seul regard du « colonisateur gréco-macédonien ». Le mythe du Barbare perse vaincu et soumis au conquérant Alexandre, qui crée ensuite un empire universel permettant la naissance d’un Homme Nouveau, est créé dès l’Antiquité, avant d’être réactivé par les Européens au XIXe siècle. C’est en particulier l’image de l’Achille-Alexandre qui est au cœur de l’œuvre de Johann Gustav Droysen (1878), reprise en partie par Edouard Will et Claude Mossé dans Le monde grec et l’Orient un siècle plus tard (1975).

Pourtant, cette vision est une « construction intellectuelle », mise à mal depuis longtemps. Il n’y a pas « deux » mondes : l’un civilisé, l’autre barbare. Il y a deux civilisations différentes, qui ne s’opposent pas en tout. Bien au contraire, les rencontres et les interactions entre les cultures sont nombreuses, bien avant la conquête de l’empire achéménide : fondation de cités grecques en Asie Mineure, développement des gymnases, mariages mixtes, associations des élites indigènes à la vie de cour, prisonniers de guerre, butin et tribut, médecine, installation de vétérans, diffusion des langues… Le Grand Roi intervient à plusieurs reprises dans les affaires des poleis toujours en lutte pour l’hégémonie, et des mercenaires athéniens ostracisés vont parfois combattre dans les armées perses.

La définition de « l’Orient » est complexe. Il faudrait considérer une frontière en mouvement, en un temps où le pouvoir des rois est constamment remis en cause. La lettre de cadrage ne donne qu’une idée de son extension maximale : de la péninsule grecque et de la Cyrénaïque à l’Asie centrale et à la vallée de l’Indus. Le cadre géographique de l’empire perse, de la Grèce elle-même, puis de l’empire d’Alexandre et des royaumes hellénistiques, est « à géométrie variable ».

Le terme Anabase est important et sa compréhension est capitale pour le sujet. Il résume en effet l’esprit de la question au programme. L’Anabase signifie la « montée à l’intérieur des terres », qui ne doit pas être restreinte à l’idée de « colonisation ». La première, selon Hervé Duchêne, est celle que vécut Xénophon en tant que mercenaire au service de Cyrus le Jeune, luttant pour le trône contre son frère Artaxerxès et mort à Counaxa en 401 av. J.-C. Cette aventure est marquée du sceau de la retraite. La deuxième anabase est celle que conduit Alexandre et que raconte Arrien dans le livre qui porte ce titre. C’est une expédition des confins, mais aussi un voyage de retour à Babylone. La troisième campagne est celle d’Antiochos le Grand, parti à la reconquête des satrapies orientales entre 212 et 205 av. J.-C. Sept années glorieuses occupées à reprendre les terres conquises par son arrière-grand-père, fondateur de la dynastie séleucide. Moins pour restaurer une autorité, car il fallut très vite de nouveau l’abandonner. Moins pour satisfaire un rêve de grandeur impériale que pour rouvrir un accès aux richesses venues du bout de la Terre.

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