Et le monde créa l’Occident – Une nouvelle histoire des mondes anciens propose une nouvelle approche de la longue période ancienne. Elle refuse l’idée d’un affrontement entre civilisations autochtones et opposées et soutient le rôle des relations commerciales et culturelles, tout en intégrant l’histoire des femmes dans son récit. Le récit vivant et passionnant, qui s’appuie largement sur l’archéologie, dépoussière l’histoire antique et médiévale en mettant en lumière le croisement des civilisations proche-orientale, africaine, indienne et chinoise, d’échanges commerciaux, d’influences techniques, culturelles ou religieuses, d’inventions qui circulent à l’échelle mondiale (Cliothèque).
Introduction
Dans Et le monde créa l’Occident, Josephine Quinn propose un développement critique bienvenu sur la notion de « civilisation » qui remet en perspective les savoirs occidentaux, malheureusement toujours très eurocentrés. La « civilisation occidentale » serait le résultat d’un Progrès continu débuté en Grèce et à Rome, qui s’est diffusé en Europe puis en Amérique du Nord. Le peuplement blanc de nouveaux territoires a accompagné ce processus de civilisation et de progrès scientifique, économique, industriel, politique… sur de nouveaux espaces. L’américanisation du monde depuis 1945 n’est qu’une étape supplémentaire d’un processus plurimillénaire d’expansion de l’occidentalisme, toujours considéré (par des théoriciens très sérieux et nostalgiques d’un passé considéré comme prestigieux) comme le sommet de la hiérarchie des cultures du monde. C’est aussi ce que notaient Jerry Bentley (« Cross-Cultural Interaction and Periodization in World History », The American Historical Review, 101, 1996, p. 749-770), William McNeill (« World History and the Rise and Fall of the West », Journal of World History, 9, 1998, p. 215-236 – traduit dans « Histoire mondiale : l’essor et le déclin de l’Occident », Le Débat, 154, 2009, p. 90-108).
Dans « Historiographical Traditions and Modern Imperatives for the Restoration of Global History », Patrick O’Brien revient sur les historiographies de différentes parties du monde. A la fin du développement sur l’historiographie européenne depuis Hérodote, il conclut : « after that other significant conjuncture in world history and historiography, the Great War of 1914-18, triumphalism was maintained by reconfiguring Europe to embrace European settlements overseas in North America, Australia and the ‘white’ countries of Latin America, within the conceptually fluid and ill-defined space of a ‘civilization’ referred to as ‘Western’ or simply ‘the West’. As a heterogeneous, social, ethnic and culturally constructed entity, considered as an evolving collectivity of peoples within the frontiers of several competitive nation states, it is true that ‘the West’ has declined in power with decolonization and the economic rise of ‘the Rest’ after the Second World War. Nevertheless, in geopolitical, technological and economic terms, the position of this constructed entity vis-à-vis the rest of the world has remained formidable enough to sustain Hegelian presumptions of superiority in histories and social sciences with pretensions to offer reliable explanations and assessments of observed (and measured !) conditions of civilizations, nations, cultures, regions, societies and communities on a world-wide scale right down to the present day » .
Les anthropologues tels que Jack Goody ou John Hobson dénoncent l’usage, depuis longtemps et qui a donné une abondante bibliographie, de la « théorie de la modernisation ». La modernisation est le processus de changement social par lequel les sociétés moins développées acquièrent des caractéristiques communes aux sociétés plus développées. Pour Edouard Tannenbaum, « during the past 100 years and for the forseeable future, modernization is the dominant force in the world » (History of World Civilizations, Wiley, 1973). Il divise les sociétés en deux camps : les traditionnelles et les modernes. Dans la théorie de la modernisation, le monde moderne a évolué à partir de l’Antiquité, passant au féodalisme puis au capitalisme. Ce schéma de développement était accessible à toutes les civilisations, mais l’Orient, l’Afrique et l’Amérique n’ont pas su l’appliquer.
Devenue célèbre dans les années 1950 et au début des années 1960, la théorie de la modernisation a justifié la croyance naïve selon laquelle les Etats-Unis désintéressés aideraient le reste du monde à accéder la richesse, au progrès et à la démocratie. La théorie de la modernisation a complété et justifié l’idée naïve des Américains selon laquelle les États-Unis désintéressés aideraient le reste du monde à la richesse, au progrès et à la démocratie. Etre « moderne », c’est être « avancé », occuper un échelon supérieur sur l’échelle du progrès vers un monde meilleur et plus satisfaisant. En 1968, le politologue américain Daniel Lerner allait encore plus loin : « Modernization is the process of social change whereby less developed societies acquire characteristics common to more developed societies » . En 1973, Edward Tannenbaum considérait que « during the past 100 years and for the forseeable future, modernization is the dominant force in the world », ce qui impliquait une distinction entre les sociétés modernes et les sociétés traditionnelles, qui n’avaient pas encore eu la chance d’entrer dans la modernité, mais qui le feraient certainement au cours des prochaines années .
Plus récemment, les publications scientifiques de Francis Fukuyama, Samuel Huntington et Niall Ferguson ont rappelé que ces regards occidentalocentrés n’ont pas disparu avec le Cultural Turn…

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