Chapitre 1. Les archives du désordre.

Rébellion : touche d’abord l’affectivité du lecteur et déclenche, avant toute réflexion, une suite d’images immédiates liées au bruit, à la fureur, au déchaînement de pulsions instinctives et sauvages : poings tendus, sang qui coule…

1. Ce que disent les mots

Le lexique émotif

Jean Nicolas insiste sur la différence entre les formulations strictes employées par la justice et le vocabulaire employé par la population qui utilise des mots plus légers pour parler de rébellions, d’émeutes ou de révoltes pour de simples faits de bousculade ou d’accrochage. Il faut utiliser les termes du temps avec soin qui ne suffisent pas à définir l’ampleur et la gravité des événements. Il s’agit donc de hiérarchiser les termes :

au premier niveau les termes de « rumeur », « bruit », « murmure » : Diderot définit rumeur comme « un bruit général et sourd excité par quelque mécontentement dans une ville, une maison ». il définit également le murmure comme un « bruit sourd, une plainte sourde : on dit le murmure des peuples ». Bruit peut quant à lui désigner tout type d’incident public de dispute, d’altercation ou bagarre risquant de dégénérer, et non pas seulement un simple son auditif. Exemple d’un trouble survenu à Caen en 1725 : le Parlement reprend le lexique populaire et relate « les plaintes et les gémissements se font entendre, les murmures et les menaces leur succèdent, le peuple le plus fidèle paraît séditieux ».

A ces termes s’ajoutent les mots « confusion », « alarme », « effervescence », « fermentation », « agitation » ou encore « mouvement », qui renvoient au mécontentement collectif qui précède actes collectifs. Exemple de la « disette des grains » en Angoumois en avril 1770 : « des alarmes et même de la sensation parmi le peuple ».

Dans les mouvements d’opinion hors délit, on trouve également les termes de « trouble », « tumulte », « désordre », voire « tapage », « carillon » ou « mutinerie », qui révèlent des comportements inhabituels d’individus se regroupant et dont l’attitude caractérisée par les cris et la violence est en rupture avec le quotidien. Exemple d’une affaire de blé à Rennes en septembre 1765 : « le terme d’émeute est trop fort ; il y a eu ici quelque murmure et quelque tumulte, mais qui n’a pas été considérable ».

Le langage de justice.

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