Attention, ce cours de licence 3 ne couvre pas l’unique question du capes, mais s’étend bien au-delà en amont. Mais il me semblait important de le partager avec la communauté des clionautes car il permet de comprendre les mécaniques à l’oeuvre avant le début de la question. En effet, les révoltes antérieures à 1640 sont révélatrices des espoirs et des motivations des populations qui avant Louis XIV ont toujours plus ou moins eu gain de cause. S’il s’agissait pour la grande majorité de révoltes antifiscales plus que de contestations politiques à proprement parler, elles sont le terreau sur lequel ont germé les grandes mobilisations des XVIIe et du XVIIIe siècles. En outre, elles permettent d’observer les mécanismes de rétablissement de la paix et de l’ordre dans une monarchie qui oscille entre répression et pardon.

Ce cours a pour objectif principal les « révoltes populaires », titre contestable puisqu’il montre également la présence de notables parmi les rebelles, mais aussi d’ecclésiastiques et de bourgeois. Il permettra de s’interroger sur les question suivantes : dans quelle mesure la dynamique rébellionnaire est-elle d’essence plébéienne ou bien communautaire ? Le moteur de la révolte est-il la lutte entre des classes sociales ou entre des communautés unies par delà ces différentes classes contre l’État ?


Introduction.

Historiographiquement, à l’époque des grandes études sur les sujet (années 1960-1970), l’objectif était d’étudier les révoltes comme révélateur d’une société pour les uns une société d’ordres, pour les autres une société de classes. Puis les historiens ont tenté de comprendre la révolte de l’intérieur pour en dégager les logiques internes, en lien avec les mutations socio-politiques de la fin du XXe siècle. Le renouveau des études sur la question est en lien direct avec l’impact durable de mai 68 sur le monde intellectuel et aux turbulences des années 70, puis plus récemment aux phénomènes de violences collectives des « banlieues ». De plus, les grandes études rébellionnaires étaient centrées sur le peuple et schématisaient les élites et le pouvoir, alors que le milieu des années 70 a été marqué par un renouveau des études sur les noblesses et les bourgeoisies, ouvrant alors sur leur rôle dans les révoltes. Il s’agissait aussi, avec le renouveau de l’histoire politique, d’étudier les processus de rétablissement de la paix civile et de l’ordre public.

De quoi parle-t-on ?

Denis Richet classe « révolte » en trois groupes : les « grandes crises » avec les Guerres de Religion et la Fronde, les « séditions antifiscales » du XVIIe siècle, et « le grand refus des humbles ». Dans les années 1970, les premières avaient été étudiées de longue date, les secondes battaient leur plein et les dernières étaient encore peu connues, ce qui montre que le fait rébellionnaire épousait les inflexions historiographiques du XXe siècle : l’étude des puissants prenait le pas sur celle du peuple. Aujourd’hui le paysage s’est complexifié, d’où un retour vers le vocabulaire.

« Révolte » semble émerger autour de 1500. Venu de l’italien « rivoltare » (se retourner contre), il se distingue de fait de rébellion dont l’origine est martiale (reprendre la guerre, le combat).

« Insurrection » est issu de « sub recto » qui signifie « se mettre debout » et désigne une révolte dotée d’armes dont la visée est politique. L’insurrection est la phase initiale de la révolution.

« Sédition », de « sed itio » signifie « aller à part » et renvoie à la séparation du corps social et politique. Il a donc une forte connotation politique, et c’est un mot en usage du côté des autorités qui jugent que la sédition est une contestation violente de leur autorité.

« Désordre » est un autre mot utilisé par les autorités, qui leur permet de nier la dimension politique des mouvements de contestation, d’en faire des épisodes de violence brute et désorganisatrice venant troubler l’ordre public.

« Soulèvement » exprime un phénomène moins inquiétant, une levée mue par une force d’un en-dessous social, ce qui implique une action volontaire, réfléchie et fruit d’un profond mécontentement sous-jacent.

« Tumulte » vient de tumeur et se situe à mi-chemin entre soulèvement et émeute. Il exprime le mouvement, et désigne quelque chose de spontané renvoyant à l’image du peuple dénué de raison qui agit sans discernement, sauvagement.

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