Cette fiche de lecture très dense porte sur plusieurs chapitres du manuel de Charlotte Ruggeri sur les territoires en France. Les chapitres concernent des thèmes classiques de l’approche géographique de la France: l’aménagement du territoire, la construction des infrastructures, les systèmes productifs, les littoraux, la protection de l’environnement, la contestation des politiques nationales d’aménagement. Le tout forme un outil qui condense plusieurs thématiques utiles pour préparer efficacement les concours de l’enseignement.
Chapitre 2 : Aménager les espaces français
Dans quelle mesure les évolutions, spatiales et institutionnelles de la France permettent d’en appréhender la construction en tant que territoire aménagé ?
Aménagement du territoire : « une action menée par l’État sur le territoire national » (X. Desjardin 2016).
3 éléments fondateurs depuis les années 1950 :
- des principes : recherche d’un équilibre dans l’organisation spatiale et volontarisme politique
- des pratiques : planification, décentralisation
- des valeurs : équité territoriale, efficacité économique
Historiquement apanage de l’État dans le contexte des Trente Glorieuses, d’autres acteurs se sont progressivement affirmés (collectivités territoriales, privés) si bien que l’auteur utilise l’expression « aménagement des espaces français », plus large, pour mieux les intégrer.
Toute action volontaire d’un groupe social pour organiser et transformer un espace : organisation spatiale, équipements, développement éco, diminution des inégalités sociospatiales, protection des patrimoines…= « espaces ».
A. Découper et mailler le territoire français
Différents échelons = héritage historique + objectifs différents
Point « Espace et territoire »
« espace » désigne une portion de réalité cartographiable
« territoire » qualifie un espace approprié, administrativement (politique, juridique) ou par des pratiques, représentations, valeurs
Pour « faire territoire » nécessité d’identification par un acteur par des pratiques de marquage, d’activités.
1. Commune, département et région : un trio historique en recomposition
→ Passage d’un découpage reposant sur une logique religieuse (ex : paroisses) et d’ancien régime (provinces) à la logique rationnelle de la Révolution qui fixe 3 échelons : communes, canton, département.
→ 1er Projet de la Constituante le 29 sept 1789 découpant la France en 81 carrés de taille identique (72km de côté) nommé alors « contrée » (composée de 9 districts contenant chacun 9 cantons),
= idée d’un découpage égalitaire.
→ Projet final de 1790 et 83 départements, complète la création des municipalités en 1789 (≈ 40 000), principe de l’élection des administrateurs, noms neutres souvent en référence à la géographie, leurs limites évoluent peu jusqu’à aujourd’hui , mais le nombre de communes baisse (fusions).
→ 1950’=> prise de conscience de la taille modeste des départements (face aux Länder), nécessité d’un échelon régional (1955 « Programmes d’action régionale », 1964 création des Préfets de région, 21 puis 22 régions, statut de région pour la Guadeloupe-Martinique-La Réunion en 1982).
→ Problème de la taille des régions (et de leurs compétences) se pose toujours à lier au contexte national (État unitaire centralisé/ État fédéral ou régional des voisins) qui explique les critiques contre les projets de réforme (comité Balladur 2009, loi NOTRe 2015).
2. De la commune à l’intercommunalité : repenser la géographie française
→ 1990’=> mise en place de l’intercommunalité qui répond à de multiples questions : morcellement, taille, gestion, réalités quotidienne des populations…
2.1. Genèse et principes de l’intercommunalité
→ 1890 SIVU pour l’électrification des communes en les regroupant.
→ 1959 SIVOM mise en commun de plusieurs services (électricité, eau, gaz, déchets).
→ 1992 Communauté de commune et Communauté de villes => EPCI (Établissement public de coopération intercommunale).
→1999 Loi Chevènement : Communauté urbaine, Communauté de communes, Communauté d’agglomération + Métropole en 2010.
On distingue les « intercommunalités de gestion » (mise en commun de services, réalisation d’équipements locaux) et les intercommunalités de projet » (développement local) + distinction budgétaire entre « intercommunalités associatives » (budget associatif) et « intercommunalités à fiscalité propre » (recettes fiscales directes).
Les deux grands types de groupements intercommunaux
| Groupements associatifs à contribution budgétaire | Groupements associatifs à fiscalité propre | |
| Type |
Syndicats intercommunaux Syndicats mixtes |
Communautés de communes
Communautés d’agglomération Communauté urbaines Métropoles |
| Finalité | Intercommunalité de services | Intercommunalité de projet |
| Périmètre | Libre | D’un seul tenant et sans enclaves |
| Objectifs | Économie d’échelle
Meilleure qualité de services Rentabilisation d’équipements |
Projet commun de développement du territoire
Économies d’échelle Meilleure qualité de services Rentabilisation d’équipements |
| Compétences | Libre choix des communes | Obligatoires, optionnelle ou facultatives |
| Ressources | Contributions budgétaires | Fiscalité
Dotation globale de fonctionnement |
2.2. Évolutions et débats autour de l’intercommunalité
→ 2010 Rattachement obligatoire à une intercommunalité pour 2013 (diminution SIVU et SIVOM =5833 en 2023 au lieu de 13 400 en 2014).
→ 2014 PETR (Pôle d’équilibre territorial et rural), qui remplacent les « pays » de 1995, permettent de regrouper les intercommunalités pour faciliter la coopération (268 en 2023).
=> couverture intercommunale presque totale à l’échelle du territoire (« révolution intercommunale » Borraz et Le Galès, 2004) qui suscite des débats :
- question de l’identité, l’appropriation ou le sentiment d’appartenance « incomplet ».
- question de la gouvernance locale par rapport aux fusions (encouragées)
=> perte de maîtrise de la compétence urbanisme pour les maires des CC fusionnés dans des CA (voir exemple).
L’exemple de la trajectoire de Moussy-le-Neuf (Seine et Marne), de 1973 à 2015 le maire était président de la CC du « Pays de la Goële et du Multien » (12 communes, 29 509 habitants sur 100 km²) devenue « Plaines et Monts de France » en 2013 (34 communes et 64 142 habitants sur 261 km² ). Puis la communes a été rattachée (avec d’autres) à la CA « Roissy Pays de France (à cheval sur le 77 et le 9, 42 communes, 350 406 habitants sur 340 km²)…le maire devenant simple conseiller.
2.3. De la fusion des communes à la commune-communauté : le maintien d’un échelon communal face à l’intercommunalité ?
→ 2023 = 34 945 communes, diminution en raison des fusions, en moyenne population et superficie x 3 après fusion.
→ Élargissement progressif à des communes + grandes (ex : Les Sables-d’Olonne + Château-d’Olonne + Olonne-sur-Mer).
La fusion ne peut se substituer à l’intercommunalité.
→ 2019 possibilité d’un statut particulier de « commune-communauté » (1 commune = 1 EPCI).
les différents EPCI en 2022
| Type | Seuils | Nombre d’EPCI | Forme
de coopération |
Compétences | Nombre de communes regroupées | Population |
| Métropole | + de 400 000 | 21 | Très forte | Très larges (celles des départements et régions)
ex : LYON (voir exemple) |
911 | 18 273 350 |
| Communauté urbaine (CU) | + de 250 000 |
14 |
Forte | Larges, compétences obligatoires : aménagement et développement économique-social-culturel ; équilibre social de l’habitat, politique de la ville ; protection et mise en valeur de l’environnement ; gestion des services collectifs)
+ compétences optionnelles |
658 | 3 138 765 |
| Communauté d’agglomération (CA) | + de 50 000
autour d’1 ou x communes centres de + de 15 000 |
227 |
Souple |
Compétences obligatoires : aménagement, développement économique, habitat, politique de la ville
+ compétences optionnelles : voirie, assainissement, l’eau, cadre de vie, équipements sportifs ou culturels, action sociale |
7526 | 23 777 483 |
| Communauté de commune (CC) de base |
Pas de seuil |
992 |
Souple |
25797 | 21 867 973 | |
| Communauté de commune (CC) à fiscalité unique | entre 3500
et 50 000 |
|||||
| 4 communes isolées | 6460 |
L’exemple de la Métropole de LYON née de la fusion de la CU de Lyon et du CG du Rhône en 2015 (cf MAPTAM 2014) . Elle regroupe 59 communes, 1,4 millions de personnes en 2023 sur 538 km². Métropole en 1969 (CU) et 55 communes mais aire urbaine s’était considérablement étendue depuis sur 500 communes et 4 départements. Concrètement le dpt du Rhône existe toujours mais le CG n’exerce ses compétences qu’en dehors du périmètre de Lyon métropole, qui intègre donc celles de l’ancienne CU et du dpt.
3. Simplifier le millefeuille territorial ?
→ Acte I de la décentralisation et Loi Deferre 1982-83 + 1992 intercommunalité.
→ Acte III et 2014 MAPTAM et NOTRe 2015 et l’idée de substituer au couple « commune/département » le couple « intercommunalité/région » mieux adapté à son temps (ex : mobilités).
Loi NOTRe, passage de 22 à 13 régions est un compromis entre identités régionales et impératifs politico-administratifs ( fusions abandonnées, question des anciennes capitales conservant des statuts particuliers [emplois en jeu] et principe d’addition et non de restructuration # l’objectif initial de « pertinence territoriale » + simplification peu évidente pour la population).
=> statu quo des départements (qui devaient disparaître) pose question (redistribution des compétences déjà effectué)
=> oppositions locales (référendums cf Alsace)
= réforme étatiste, approche top-down !
Décentralisation/Déconcentration : transferts compétences+décision locale/implantation autorités administratives dans territoires.
→ Cas particuliers et nvx statuts :
- villes de Paris, Lyon, Marseille divisées en arrondissements et aux compétences élargies.
- Collectivités Territoriales Uniques (Corse 2018, Alsace 2021) et autonomie et compétences élargies.
- CTU Outre-Mer (Martinique, Guyane, Mayotte).
=> « statuts sur mesure ou à la carte »…souvent au détriment du département
4. Une mosaïque de statuts dans l’Outre-Mer
4.1. Des statuts liés à l’histoire coloniale de la France
→ Aspects historiques : colonies/protectorats + principe de l’Exclusif et compagnies à charte.
→ Aspects économiques : cultures d’exportation, esclavage, canne à sucre, coton, tabac, café, vanille, banane + matières 1ères (or, nickel, phosphate) + pêche hauturière.
→ colonisation pénale en Guyane 1852 et NC en 1867.
=> rapports de domination, attendre 1946 pour statut administratif équivalents aux territoires métropolitains !
4.2. Des statuts différenciés : fin de l’opposition DOM/TOM
→ 1946 : départementalisation + « TOM » sauf Wallis (protectorat).
→ 1956 : les TOM peuvent créer des assemblées et avoir des gouvernements élus.
→Après 1958 statuts évolutifs et différenciés (ex : St-Pierre-et-Miquelon)
=> autonomie augmentée :
- Polynésie = drapeau, hymne, monnaie ; RF : fonctions de souveraineté telle que défense, fonction publique et l’enseignement.
- Nouvelle-Calédonie = difficile car oppositions Kanaks/Caldoches sur fond d’exploitation du nickel => drame d’Ouvéa 1988…Accords de Nouméa 1998 (droit de créer des lois + citoyenneté Nouvelle-Calédonie + transferts de compétences + scrutins d’autodétermination en 2018/2020 et 2021 où le non l’emporte toujours). En 2024 violentes contestations après le projet de réforme électorale finalement abandonné…
- Mayotte : rattachée aux Comores elle devient une COM en 1974, départementalisation en 2011.
→ 2003 révision de la Constitution = établissement des DROM et COM + Nouvelle-Calédonie et Terres australes et antarctiques françaises aux statuts particuliers.
Cette révision introduit une distinction entre territoires qui appliquent l’identité législative avec des adaptations possibles (DROM) et ceux qui appliquent la spécialité législative voire l’autonomie (COM).
Les territoires ultramarins et l’Union européenne
| Régions (françaises) ultrapériphériques de l’UE
(RUP) |
Types d’aides reçues |
|
Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Martinique, Mayotte, Saint-Martin |
Fonds européens (FEDER, FSE, FEADER, FEAMP)
Programmes d’options spécifiques à l’éloignement et l’insularité (POSEI) INTERREG (programmes transfrontaliers) |
| Pays et Territoires d’Outre-Mer associés à l’UE (PTOM) | Types d’aides reçues |
| Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Saint-Barthélémy, Saint-Pierre-et-Miquelon, TAAF, Wallis-et-Futuna | Fonds européen de développement (FED) |
L’exemple des Terres australes et antarctiques françaises, un atout avant tout maritime et scientifique
- pas de population permanente, pas d’électeurs ni d’élus, gestion par un Conseil consultatif.
- ZEE de 2 300 000 km²
=> occupation et mise en valeur différente, présence militaire + Traité de Washington 1959 Terre-Adélie + grande réserve naturelle.
B. Aménager les espaces français
1. Un État volontariste et ambitieux (Années 1950-1980)
→ Agencer et ordonner l’espace national n’est pas nouveau, cf Vauban, mais une nouvelle conception apparaît dans l’Entre-deux-guerres et les aménagements résidentiels (cités Sellier), mais il faut attendre J.-F. Gravier en 1949, Paris et le désert français, pour une prise de conscience et la même année E. Claudius-Petit, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme fonde une direction à l’aménagement du territoire dans son ministère.
2 objectifs :
- construction de grands équipements hydrauliques, barrage du Chevril à Tigne en 1953 et en 1955 création de la Compagnie d’aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc
- desserrement industriel de Paris (taxation à l’installation en région parisienne, incitation en dehors).
→ Âge d’or dans les années 60, DATAR en 1963 qui doit mettre en œuvre le rééquilibrage de la croissance dans le pays.
=> permet l’effacement de l’opposition Paris/« Province » + l’opposition France industrielle et dynamique et riche à l’Est de ligne Le Havre-Marseille/France rurale agricole et pauvre à l’Ouest
=> politiques concernant l’aménagement urbain, transports, agriculture, tourisme
=> Rôle central de l’État en situation de monopole (du savoir et de l’expertise [ingénieurs des Ponts et Chaussées], des finances, de la conception et maîtrise d’ouvrage [normes et règles]).
→ 1963 : 8 métropoles d’équilibre qui doivent polariser leur espace régional et accueillir des aménagements industriels ou de transport, la polarisation étant un concept central à l’époque, ces pôles privilégiés étaient censés drainer et redistribuer la croissance et le développement…
- politiques de rénovation rurale (Bretagne, Massif Central)
- politiques de développement de la montagne (Plan Neige) et du littoral (mission Racine)
- politiques de protection (PNR 1967)
=> bilan : politiques pensées à l’échelle du territoire français et 2 périmètres d’application en fonction des politiques de zonage ou de polarisation : les espaces à valoriser (montagnes, l’Ouest) et les principales villes.
L’exemple des villes nouvelles
Paul Delouvrier est chargé par De Gaulle de mettre en ordre un territoire francilien manquant d’organisation et de cohérence (grands ensembles mal équipés et mal reliés). Mise en place du Schéma d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris (SDAURP) en 1965 qui doit réaliser de nvx pôles urbains, organiser l’urbanisation le long d’axes préférentiels (vallées de la Seine et de la Marne), étendre Paris pour absorber la croissance démographique, desserrer les activités du centre vers la périphérie parisienne, construire des transports collectifs et améliorer le réseau routier.
→ 1968 chantiers à Evry, Cergy-Pontoise, Marne-la-Vallée, Saint-Quentin-en-Yvelines, Melun-Sénart + Villeneuve-d’Asq (Lille), Le Vaudreuil (Rouen), L’Isle-d’Abeau (Lyon), Rives de l’Étang de Berre et Fos (Marseille).
2. L’affirmation d’acteurs locaux (1980’s-1990’s)
→ Contexte de la crise économique, l’industrie lourde périclite (bassin charbonniers, métallurgie, chimie)
=> chômage et reconversion deviennent des enjeux majeurs au Nord-Est.
Le Sud a commencé sa reconversion vers les nouvelles technologie et industries légères à haute valeur ajoutée (aéronautique au Sud-Ouest, recherche et haute technologie vers Lyon-Grenoble, agronomie et universités pour Montpellier = « revanche des Suds » de + en + attractifs (climat).
→ 2 politiques :
- pôles de conversion ciblant 3 secteurs en difficultés (sidérurgie, chantiers navals, charbonnages) en 1984 et aides multiples (création, reconversion, réaménagement des friches, plans sociaux).
- technopôles : regroupent sur un site entreprises, centres de recherche et universités/gdes écoles => parc d’activité de hte tech (Sophia-Antipolis vers Nice) ou bien « technopole » à l’échelle de la ville comme Montpellier.
L’exemple de Sophia-Antipolis, du technopôle à la technopole
Projet de Pierre Laffitte, directeur de l’Ecole nationale des Mines de Paris en 1969.
=> « délocaliser le quartier latins aux champs » et mettre en œuvre une « fertilisation croisée » entre les entreprises, les centres de recherche et les établissements supérieurs. Soutien/État et acteurs locaux (département, Chambre de commerce et d’industrie des Alpes-Maritimes, communes), mise en place d’un syndicat mixte (SYMISA), Charte d’Athènes. Puis installation grands groupes (IBM, Texas Instrument) et « effet Côte d’Azur » + marketing territorial : 170 entreprises, 60 établissements de recherche et formation, 35 000 emplois et 5 000 étudiants sur une véritable agglomération. Toutefois manque d’ancrage de certaines entreprises (Air France, Texas Instrument), peu d’étudiants (15 000 dans la Silicon Valley), saturation des infrastructures de transport et foncier qui flambe.
→ Rôle de L’UE/CEE : FEDER 1975
→ Rôle nouveau des collectivités territoriales après 1982-83, les communes rédigent leurs Plan d’occupation des sols (POS) [PLU] et coopèrent avec les autres CT et l’État les projets d’aménagement via des contrats.
Pour les régions mise en place des Contrats de plan Etat-Région (CPER) et projets cofinancés (84-88 et 89-93).
=> politique de coopération multiscalaire
3. Aménager ou ménager les espaces ? (1990’s-2020’s)
→ Redéfinition objectifs et vocabulaire de l’aménagement et mondialisation et développement durable.
=> compétitivité comme mot d’ordre : DIACT (Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires) en 2009.
=> Loi LOADDT en 1999 (Loi d’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire)
=> même principes et politiques pour espaces spécifiques (zones de revitalisation rurale, contrats de site) + politique de projets et pôle de compétitivité et pôles d’excellence rurale (appels à projet en 2004).
→ Présence toujours central de l’État : LOADT en 1995 (Loi d’orientation sur l’aménagement et le développement du territoire) et LOADDT de 1999.
Prise d’importance des acteurs locaux (82/83, 2003, 2010) , surtout intercommunalités et régions, mais X. Desjardins parle de « réforme permanente de l’action publique décentralisée » car déception constante tant les attentes sont fortes en termes de moyens et de compétences.
Conclusion
Les politiques d’aménagement reposent sur les mêmes actions de zonage et de polarisation afin d’assurer équilibre et cohérence territoriale, mais conflits-échecs-déséquilibres marquent le manque de considération accordé aux populations et à certains impératifs environnementaux.
Chapitre 4 : Structurer et ouvrir le territoire par les réseaux de communication
Dans quelle mesure les infrastructures de transport en France reflètent un souhait de désenclavement et de maillage qui s’inscrivent dans une volonté d’égalité territoriale tout en révélant et en accentuant les inégalités ?
A. Les grandes phases de l’aménagement des transports
> le temps : vitesse, fréquence, régularité = enjeux de l’efficacité d’un moyen de communication.
> réflexion de l’aménageur sur l’emprise dans l’espace de l’infrastructure et sa durabilité dans le temps.
> contradiction : abolition du temps # équité territoriale
1. Un réseau centralisé sur Paris
→ XVIIe importance/commerce (Colbert) + centralisation Paris (routes royales, routes « de poste ») et gros progrès au XVIIIe et Ponts et Chaussées + marchandises par bateaux.
→ XIXe chemin de fer, loi d’organisation réseau en 1840 « l’étoile Legrand » et terminus parisien obligatoire.
1870 Plan Freycinet= construction de 17 000km (37 400km en 1914, 46 200 en 1932), il encadre aussi les réseaux fluviaux (et gabarit homogène) = concurrence entre ces deux modes de transports.
Contraction du chemin de fer durant l’Entre-deux-guerres, déficits des compagnies et progrès de l’automobile.
Gabarit : dimension maximum offert par une voie navigable (petit entre 249 et 649 tonnes, intermédiaire entre 650 et 1 499 et grand entre 1 499 et 3 000).
Écartement : espace séparant les deux rails, le standard en France est de 1 435 mm # d’autres pays (Espagne).
2. La grande vitesse, une ambition étatique
→ Le réseau routier : 1960 Plan Directeur Routier afin de privilégier les liaisons et Paris puis 1971 Schéma Directeur des Grandes Liaisons Routières pour réduire les disparités régionales (relier Paris aux métropoles d’équilibre et celles-ci aux villes moyennes de + de 50 000 hab) et autoroutes et nationales (de 10113km à 4 108km d’autoroutes entre 1970 et 80, et x3 également pour les nationales)… maillage qui progresse mais réseau toujours en étoile centré sur Paris (et Lyon), ralentissement et chocs pétroliers 73-75.
→ Seconde phase dans les 80’s : 1986 Schéma Directeur des autoroutes, de leurs prolongements et des grandes liaisons d’aménagement du territoire =>équité territoriale et connexions transfrontalières et enjeux environnementaux.
=> décongestionner certains axes (ex : alléger le sillon rhodanien) et nvx axes ( Paris – Orléans – Clermont-Ferrand – Languedoc / A5 vers Troyes et Dijon et vers A6)
=> total 1 million de km de routes dont 11 600 autoroutes, constructions encore en cours mais contestations…
L’exemple du Plan routier breton
Symbole des politiques des années 60 (cf Massif Central), CELIB (Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons) en 1950 présidé par René Pléven, ministre proche de C. de Gaulle et permet l’adoption du PRB en 1968 et son lancement dès 1969-70 et voies express gratuites pour favoriser le développement agricole breton = 3 axes (Caen > Brest, Nantes > Brest et une liaison entre l’axe Nord et Rennes) + des axes secondaires. En 1970 l’État est relayé par la région Bretagne qui complète les axes existants.
→ Le TGV : contexte de déclin du CF et vieillissement/saturation de certains axes + chocs pétrolier/ routes.
=> le train devient une option stratégique + exemple du Shinkansen en 1964.
=> 1967 propositions d’un axe Paris-Lyon mais multiplication des questions-contestations : environnementales, politiques (le maire de Dijon voulant son interconnexion) et aménagistes (sillon rhodanien déjà tb desservi et Air Inter)…début travaux 1976 inaugurée dès 1981 et achevée en 1983.
=> succès, temps de transport %2 (250 km de moyenne) et trafic d’Air Inter diminution 30 %…puis fermeture
=> modèle français car mixte # Japon, les TGV circulants aussi sur les voies classiques, facilitant son extension.
= TGV Atlantique 1989-90, TGV Nord 1993 (Thalys et Eurostar), Est 2007 (LGV Est-Européenne) puis 2011 (LGV Rhin-Rhône) + 2017 LGV Sud Europe Atlantique vers Bordeaux et LGV Bretagne-Pays de la Loire, 2018 contournement vers Nîmes et Montpellier…
3. Des inégalités d’accessibilité persistantes
=> question de l’accessibilité et de l’enclavement encore une réalité pour certains espaces.
Facteurs de l’accessibilité limitée : politiques liées à l’aménagement du territoire (2015 des élus bretons rappelèrent que Rennes étaient à 1h30 de Paris et LGV…mais à 2h20 de Brest) ; conditions topographiques, climatiques (montagne, insularité) liées à l’absence de volonté politique d’aménagement du territoire (Pyrénées : liaisons et Espagne insuffisantes et très polarisées sur les littoraux = 2003 tunnel du Somport désenclave vallée d’Aspe mais pas d’autoroute Nd-Sd Pyrénées centrales).
+ O.M. : enclavement et éloignement, importance des liaisons aériennes + facteurs précédents = AT difficile
ex : route littoral La Réunion souvent coupée par les éruptions du Piton de la Fournaise et saturée alors que l’intérieur de l’île très peu desservi (seule la route des plaines traverse entre Saint-Pierre et Saint-Benoît).
=> Nouvlle route du littoral sur pilotis
En Polynésie liaisons entre îles uniquement par bateau ou avion (liaisons + ou – fréquentes).
B. Des réseaux qui favorisent un accroissement des mobilités
1. Des mobilités dominées par le transport routier
→ 89 % mobilités (84 % voiture) et 87 % du fret en 2021, % bus et car diminution après embellie des loi Macron 2015.
+ réseau routier très dense (16 000 km / 1 million d’hab et 176 km d’autoroutes / 1M)
+ habitude de la concession via des société d’économie mixte concessionnaires d’autoroutes, SEMCA, (Vinci Autoroutes, APPR, Sanef…) et question de la renationalisation…
→ augmentation des autres modes de transport : fluvial augmentation 10 % (augmentation croisiéristes, dont 2,5M à Marseille en 2023), ferroviaire augmentation 11 % urbain ou interurbain, aérien intérieur et liaisons low cost ou bas coûts avant forte diminution et covid -50 %.
2. Des réseaux de transport mondialisés
=> porte d’accès à la mondialisation et transport de marchandises et de personnes + intégration du territoire dans les réseaux, pôles et interfaces liant échelles régionales et mondiales.
→ réseau fluvial et maritime stratégique pour exports/imports + Northern Range (Le Havre) et ports concurrents et complémentaires (spécialisation). Pour LH gros aménagements pour accueillir + de portes-conteneurs et + grands (2006 terminal Port 2000 et 6km de quais et vastes terminaux pour HAROPA port [port du LH, Rouen et Paris depuis 2012)+ importance de l’hinterland (A29, la Seine).
Globalement ports français en retrait/ ports européens et mondiaux.
Le Havre 70e place en 2022 et Rotterdam 10e, Anvers 12e ; HAROPA = 3,1 millions d’EVP / 15,3 millions pour Rotterdam.
→ Transport aérien a choisi le modèle du hub (concentre et redistribue) qui repose sur le principe des alliances aériennes = d’offrir + de correspondances et liaisons possibles, SkyTeam pour Air France et CDG (3e aéroport européen 67 millions en 2023, pôle multimodal) + collaboration avec d’autres : Delta, China Southern permettant d’avoir des hubs supplémentaires.
3. Des mobilités polarisées
→ aéroport Roissy-Charles de Gaulle pôle d’échanges primordial, + gare TGV et RER et carrefour routier échangeur = pôle multimodal permettant aux voyageurs des déplacements intermodaux.
→ concentration des infrastructures autour de ces lieux polarisés que sont les hubs aéroportuaires et gares et nécessité de réaménagements urbains afin d’en faciliter l’accès voir photo de l’intro).
=> effets structurants du transport (impacts économiques, sociaux, environnementaux et territoriaux) mais la recherche récente montre qu’ils ne sont ni automatiques ni systématiquement positifs, il faut en effet une préparation à l’arrivée de l’infrastructure pour que ses effets soient visibles et positifs.
- Projet d’EuroRennes, nv quartier d’affaires autour de la nvlle gare LGV de 2017, créer un pôle multimodal et 2e ligne de métro + 1400 logements, 300 000 m² de commerces et services et 125 000 m² de bureaux.
- Celle de Montpellier-Sud-de-France en 2019 n’est que peu fréquentée et le tramway prévu n’y arrive toujours pas [arrivée en octobre 2025], on doit prendre une navette pour rejoindre la gare St-Roch ou Montpellier ; exemple qui témoigne de projet surdimensionnés ou pensés de manière territorialisée.
4. Des réseaux de communication, entre accessibilité et équité
→ Contexte d’accroissement des échanges de données et d’informations, les réseaux numériques (Internet haut début, téléphone mobile, 5G) facilitent les communications et les échanges économiques.
→ Inégale connexion des espaces français, bonne à l’échelle nationale (523 communes en zone blanche en 2022 et 3 % de la population non couverte par la 4G, 2/3 de la population ayant la 5G en 2025). Mais en réalité couverture des zones les plus denses, riches et urbanisés, par les opérateurs = lancement d’un plan New Deal Mobile pour l’améliorer, le géographe Gabriel Dupuy parle de fracture numérique !
C. Les réseaux de transport au XXIe siècle, entre enjeu environnementaux et sociaux
=> l’équité toujours centrale mais l’enjeu environnemental a pris de l’importance depuis 20 ans, au départ avec l’inscription du développement durable puis les questions de transition écologique et de changement global.
1. L’impact environnemental des transports
→ Transport routier le + polluant cf alertes fréquentes en région parisienne-grenobloise-vallées alpines + mesures limitant l’usage de la voiture et circulation alternée et/ou gratuité des transports en commun.
→ Nécessité de revoir les pratiques de mobilités : sur Paris-Lyon la voiture n’est que le 2e plus polluant après l’avion, le train est bien moins polluant + distinguer les transports individuels des collectifs
+ impact élevé des transports par bateaux sur l’environnement marin même si – de rejets, pb des navires de croisières et Marseille port parmi les + pollués d’Europe + naufrages (Erika 1999).
En France les transports = 30 % des GES dont 92 % pour le trafic routier.
→ nuisances sonores véhicule : pollutions (CO2 et particules fines) = diminution santé/bâtiment/cultures/écosystèmes
+ monopole dangereux de la voiture sur les autres modes (vélo, marche)
+ modification paysages/infrastructures (imperméabilisation sols, remembrements, coupure rurales ou urbaines; ex : contournement Strasbourg A355, tronçon 24 km pour décongestionner traverse forêts de Kolbsheim et Grittwald = menace écologique)
+ question de la pérennité du système de consommation de pétrole dans la contexte du changement global.
2.Repenser les pratiques de mobilité
2.1. Une question de modes de transports
→ favoriser l’électrique ou l’hybride (mais pb de la recharge) passage de 1,9 % d’immatriculations en 2019 à 16 % en 2023.
→ Concernant les marchandises, retour au bateau et fret repensé = livraison par barge via la Seine pour Franprix depuis 20212 à partir du port de Bonneuil-sur-Marne qui rejoint en 3h clui du Bourdonnais à proximité de la Tour Eiffel, qui permet aussi d’éviter le pb du « dernier km »,l’acheminement vers le point de livraison, et donc d’éviter la congestion routière dans Paris. Cela peut également permettre la revalorisation d’anciens sites existants mais délaissés. Loi d’Orientation des Mobilités (2019) prévoit néanmoins (en plus d’aides) de fermer 20 % du réseau dans les parties les moins fréquentées et les moins compétitives.
2.2. Une question de pratiques : modes de transports dits doux, mise en place de politique avant tout locales
– le tramway : mobilité soutenable pour la population, renforce l’interconnexion et moyens de T déjà présents (bus, trains, métro) et représente une stratégie de régénération urbaine entraînant souvent une requalification de quartiers, augmentation foncier et attirant activités. Renaissance dans les années 2000 après lente disparition après 1945 (augmentation voiture individuelle), seules Lille, Marseille et Saint-Étienne l’avait conservé. Le 1er retour à Nantes en 1985 puis dans une 30ne de ville à Paris, Lille, Strasbourg, Bordeaux, Toulouse + une dizaine de projets.
– le vélo : revient dans les années 2000 en ville et politiques favorisant son utilisation et pistes cyclables.
= selon le baromètre de la FUB (Fédération des usagers de la bicyclette) qui prend en compte divers critères (km de pistes, place face aux autres modes, facilité de déplacements et stationnement) Grenoble, Strasbourg et Rennes sont les mieux placées. Certaines villes perdent des places (Bordeaux, Paris à cause de la saturation en dépit des aménagements et de l’augmentation des km et de leur fréquentation).
=> l’utilisation de ces aménagements doit s’accompagner de campagnes publicitaires, de mesures incitatives, de prix attractifs et d’infrastructures denses afin que les moyens de transoprt doux soient une alternative viable.
Ex : systèmes de vélos en libre-service dans + de 80 communes contre 7 en 2007, 5000 à Lyon, 14 000 à Paris dont 1/3 électriques.
+ augmentation récente grâce aux Cies de free-floating (flotte libre) et vélos sans stations fixes (15 % des villes) qui s’est étendu aux trottinettes.
=> mais conflits et autorités si pas d’autorisations, spatiaux quand ils/elles sont laissé(e)s n’importe où + question du recyclage et des abandons.
= mise en lumière des évolutions récentes des mobilités = nvx acteurs favorisant la précarisation des conditions de travail et des conflits croissants autour des trottoirs.
2.3. Une question d’acteurs : qui s’accompagne de nouveaux modèles ou modalités de gestion de l’infrastructure ou du service de mobilité = conséquences variées sur les espaces concernées
→ L’arrivée des compagnies low-cost a provoqué des changements majeurs dans la géographie aérienne et le transport intérieur et européen. Après l’arrivée d’Easyjet et Ryanair les Cie historiques crées leurs filiales (Hop pour Air France). Leurs coût sont + bas car choix d’aéroports – fréquentés (Beauvais), 43 % du trafic en France contre 35 % en 2019.
+ modèle diffusé à d’autres modes de transport : TGV et 2013 Ouigo au départ de gares moins centrales et qualité de services moindre comme pour l’aérien, 16 villes en 2016 à 74 en 2023. Pour l’autocar loi Macron 2015 de 1,5 million à 9,3 en 2022.
→ Contexte de décennies où l’État a mené une politique de libéralisation du transport de personne et de réduction des services publics : 2015 suppression des trains de nuit (sauf 2 liaisons) et en 2018 le rapport Spinetta sur la SNCF encourageait les fermetures de petites lignes peu rentables
+ retour en arrière depuis 2020 dans le contexte de la transition écologique et réflexion autour du fret avec la suppression de la ligne Perpignan-Rungis en 2019 ou la ligne Volvic-Le Mont Dore en 2020. En 2024 on compte 8 lignes de trains de nuits (800 000 voyageurs 2022, le double de 2019, vers Toulouse-Nice-Birançon-Albi-Argelès-sur-Mer-Ax-les-Thermes-Cannes et Lourdes), réouverture vers Berlin en 2023.
→ Ubérisation (vtc, vélos, trottinettes), service à la personnes (livraison) = utilisation de la voirie et de l’espace public stt les trottoirs => l’ubérisation relève d’une logique de privatisation des espaces publics = espace convoité = monétisation de cet espace qui est pourtant gratuit => nécessité de régulation, management, cf appli cartographiant les usages des trottoirs de certaines villes (OpenCurbs) pour Paris seulement en France.
L’ubérisation apparue dans les années 2010 est un processus économique mettant en relation des prestataires de services et des personnes via des plateformes numériques : voitures et chauffeurs (Uber), location de modes de transport (Bird), de logement (Airbnb), de service à la personne (Deliveroo). Ce système se distingue par sa sous-traitance : certaines tâches reposent sur ses utilisateurs. Ces firmes sont nées dans la baie de San Francisco et sont surnommées les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber).
3. Vers une justice mobilitaire ?
→ La question de la transition écologique se heurte souvent aux enjeux socio-économique (crise des Gilets jaunes 2018-2019 et passage à 80km et augmentation prix carburants + les ronds-ponts lieux de rassemblement traduisant la dépendance à la voiture individuelle stt des ruraux et périurbains).
→ cf « Justice spatiale » (Morange et Quentin 2018) la « Justice mobilitaire » (Mimi Scheller 2018) se pense à 3 échelles (ville, nationale et mondiale) nécessité de croiser x critères pour l’évaluer (corps, genre, race, classe).
A l’échelle de la ville prise en compte de 3 sous-échelle : celle du « corps », soit la capacité à se repérer et à utiliser les modes de transport (accessibilité personnes à mobilité réduite) et utilisation des outils numériques de + en + omniprésents dans les mobilités.
Exemple de l’étude de Claire Tollis sur le rejet des mobilités « intelligentes » dans le Nord (Loos-en-Gohelle) par impossibilité d’utiliser le matériel nécessaire ou indifférence.
A l’échelle de la rue, l’enjeu est de penser un accès pour tous sans contraintes et obstacles (ex : harcèlement de rue) ; A l’échelle urbaine = observer les politiques favorisant une alternative au transport routier globalement nocif pour les populations (santé, environnement) comme la gratuité des transports publics.
À l’échelle nationale = lors du passage des frontières et des migrations
A l’échelle mondiale = contexte du changement global déplacements et modes de consommation reposent sur des flux, provoquent des inégalités (ressources) et entraîne une vulnérabilité en termes climatiques.
Conclusion
Politiques précoce de transport = structuration territoire + facilitant mobilités et échanges
=> développement forte expertise (TGV Alstom, aéronautique Airbus) + augmentation intégration européenne et mondialisation
+ augmentation mobilités et flux => effets négatifs (gigantisme T.maritime, augmentation transpoirt aérien, impacts environnementaux et climatiques)
+ concept de justice mobilitaire aide à repenser politiques de transport pour plus d’équilibre social, économique et environnemental mais les modèles hérité du « tout routier » et du « tout aérien » restent encore dominants.
Chapitre 5 : Des espaces productifs inscrits dans la mondialisation
Site Toyota à Onnaing (Valenciennes) en 2016. Implantée en 2001 et employeur majeur de la région (4000 emplois), Toyota y a concentré la fabrication de la Yaris pour l’Europe, puis Israël, Canada et États-Unis ; choix lié aux avantages du site : autoroute A2, proximité de la frontière belge et du Tunnel sous la Manche mais aussi des ports de la Northern Range pour écouler la production.
Sur quels espaces, activités et acteurs s’appuie la mondialisation en France et quels en sont les effets spatiaux ?
La mondialisation provoque une réorganisation économique et spatiale profonde (conquête de nouveaux marchés, émergence de nouvelles activités, accessibilité, innovation et compétitivité).
A. L’économie française, une économie intégrée à la mondialisation
1. Mondialisation intégration régionale, deux paradigmes essentiels
Terme apparu dans les 60’s et banalisé dans les 80’s, « globalisation » d’après l’anglais globalization.
1.1. La mondialisation, un processus ancien
On distingue 7 phases, des « mondes avant le monde » (GRATALOUP, 2019) aux Grandes découvertes puis aux temps des empires d’échelle mondiale qui caractérise alors son aspect dyssimétrique (obtenir des biens introuvable en Europe et projeter son modèle) et logiques de prédation et de diffusion ; puis la formation d’un espace mondial d’échange mi XIXe à 1914 avant un repli temporaire à cause des guerres mondiales ; un retour des logiques mondialisées et une financiarisation croissante dans le contexte des décolonisations et des révolutions technologiques ; et enfin l’avènement d’une société monde nécessitant des cadres-lois-institutions-règlements dans un contexte de contestations.
La mondialisation est un nouvel échelon pour penser les espaces, leur gestion sans forcément se substituer aux échelons locaux. Elle repose sur des réseaux et des flux de + en + rapides et nombreux, elle constitue un changement d’échelle, fait émerger un nouvel espace d’échange en tension avec les configurations spatiales préexistantes, elle entraîne la création de nvlles institutions et oblige les États à repenser leur territoire, favorise l’effacement des frontières.
Flux : déplacements de personnes, de biens, d’informations, de données ou de valeurs monétaires entre des lieux différents, quel que soit le mode d’acheminement adopté.
Réseau : ensemble de relations aux connexions plus ou moins complexes, on distingue les réseaux matériels (voiries), des réseaux immatériels (flux de données).
1.2. De la mondialisation à l’intégration régionale
Après 1945 naissance d’organisation régionales (CEE 1957), accélération 90’s et organisation de nature différente (zone de libre échange, union douanière, marché commun, union économique et monétaire), elles reposent sur la coopération intergouvernementale.
=> complément à la mondialisation, permettent de faire entendre sa voix face aux géants de la Mondialisation (EU, Chine) + elles sont les interlocuteurs privilégiés des institutions mondiales (FMI, BM, OMC).
2. La France mondialisée
2.1. La France, puissance mondiale moyenne
7e PIB 2024, 4e exportateur de biens et de services 2021, 10e qui attire IDE 2022, peu de très grandes FTN (seul Total dans le top 20 [20e] en 2023).
Poids politique (Conseil de sécurité, G7, G20), puissance militaire, accueil évènements internationaux (soft power)…
Poids culturel = influence (exception culturelle française) : cinéma (38 millions de spectateurs dans en 2023)! Mais perte de vitesse, diminution dans les classements au profit de l’Asie, Am Sud et Golfe.
2.2. Un moteur de la croissance européenne : CECA 1951, Traité de Rome 1957 + couple franco-allemand à 27
→ UE = 1er investisseur d’IDE, et 2e destination.
→ 3e PIB mondial 16 milliards de $ 2022
→ force de son commerce communautaire (8/10 1ers partenaires de la France sont membres de l’UE).
B. Les espaces productifs français dans la mondialisation
=> Mondialisation = polarisation des espaces, elle favorise les points d’entrée et de sortie (ports, aéroports, métropoles)
=> logique de hiérarchisation qui renforce les dynamiques existantes.
1. Evolution et mutation des espaces productifs
1.1. Entre effacements et recompositions, l’évolution du tissu économique française
→ début en France vers 1830, en 1926 le secteur industriel devient le 1er employeur du pays, prégnance des secteurs textile et alimentaire jusqu’à la fin du XIXe, petite industrie, souvent artisanale.
→ Fin XIXe = grands groupes (transports) + meilleur maillage réseau ferré = augmentation échanges à l’échelle nationale ainsi que des exports/imports de matières 1ères et produits manufacturés sur certains espaces (Paris, Lyon Marseille, le Nord et l’Est)
→ Après 1945, reprise rapide prise en main par l’État (nationalisation Renault, EDF, GDF) et commande publique + logique d’aménagement du territoire => apogée et 5,9 millions d’emplois industriels en 1975.
→ 80’s diminution du secteur secondaire, tertiarisation (déjà 11,2 millions 1975, 1er employeur), société de consommation.
= 1975 augmentation chômage, précarisation de l’emploi + augmentation de l’emploi qualifié + augmentation féminisation surtout dans le tertiaire.
→ Crise = diminution demande = augmentation concurrence = difficultés sidérurgie, métallurgie, extraction houillère, chantiers navals, textile = désindustrialisation, crises-grèves-disparition du tissu productif (Lorraine, Champagne-Ardenne, NPC, Saint-Étienne) ainsi le secteur de la sidérurgie passe de 155 000 en 1975 à 49 000 en 2009.
Affirmation des secteurs de l’électronique, nucléaire, aéronautique à l’Ouest et Sud-Ouest.
→ Secteur primaire recule fortement, 750 000 emplois en 2016, perd 3 %/an depuis 1975.
Mutations profondes et émergence de l’agroalimentaire dans le BP, Est, Nord y atténue la désindustrialisation
= 14 % des emplois industriels du Grand Est et 15 % des Hauts-de-France et primordial dans l’Ouest
= 1er secteur industriel français en valeur ajouté, loin devant la chimie et l’automobile.
→ secteurs dynamiques à la production : transports, industrie chimique, industrie plastique ; à l’export : aéronautique, chimique, agroalimentaire.
→ Paysages : concentration (Sochaux) ou diffus dans le périurbain ou le rural (Ouest : Choletais, Vendée).
L’exemple du groupe PSA à Sochaux-Montbéliard : site très étendu, 150 hectares, depuis 1910 longtemps la plus grande usine de France, employant 40 000 durant les Trente Glorieuses (40 % de la population de Montbéliard), diminution depuis années 80 et externalisations. Aujourd’hui 7 000 emplois et 400 000 voitures/an, la population de Sochaux n’étant plus que de 4 000 habitants !
=> réduction de l’emprise spatiale et rachat de 23 hectares en 2015 par l’intercommunalité pour des entreprises sous-traitantes puis 50 hectares en 2019. Les suppressions d’emplois continuent et transferts vers le site PSA de Vesoul.
1.2. Requalifier et repenser les espaces productifs : effets spatiaux de la mondialisation
Friches = triple enjeu (économique car espaces improductif, environnemental et pollutions éventuelles, urbain car lieux du développement économique urbain).
– potentiel urbain qui n’est pas le même dans les grandes agglomérations (Paris, Lyon) que dans le nord et l’Est => politiques de requalification plus tardives (Centre Pompidou-Metz en 2010, Louvres-Lens 2012).
– zones de conversion 1967, PAT (Prime d’aménagement du territoire) et 14 territoires éligibles en 1984, soutien de l’UE ; contractualisation dans les 2000’s et contrats de sites en 2003 entre les collectivités locales et l’État-DATAR pour revitaliser certains sites (Longwy en Moselle, Noyelles Godault NPC) ; programme des 148 territoires d’industrie en 2018 pour soutenir les espaces déjà bien industrialisés qu’on pense pouvoir relancer comme la vallée de l’Arvce en Savoie, Figeac dans le Lot ou Saint-Avold en Moselle = aides ponctuelles dans le temps et l’espace.
2. Un espace mondialisé et polarisé
2.1. Un territoire dominé par la métropole parisienne
L’étude des bassins d’emploi de l’Insee (2020) permet d’identifier 2 grands types d’espaces :
- les métropoles
- les espaces littoraux et frontaliers
9,5 millions d’emplois se concentrent dans les + grandes agglo, regroupent cadres et fonctions dites métropolitaines (18%), (6,8 dans une 50ne de villes de taille moyenne et 8 % des cadres et fonctions métropolitaines).
Ssuivent les espaces et moins d’emplois et + spécialisés (Littoraux dans le tourisme et régions industrielles)
= degré d’insertion au système monde, cf S. Sassen = les + grandes villes sont les têtes de pont de la mondialisation (2001).
→ La métropolisation est un révélateur des mutations post-industrielles mais n’explique pas tout de la localisation des activités, il y a 2 grandes catégories d’emplois :
- ceux dont la localisation est fonction du coût de la main d’œuvre (ex : textile), du volume de la production, de l’offre/coût transports (cf avantages comparatifs) = forte concurrence, délocalisations.
- ceux qui concernent des activités à forte valeur ajouté (ex : RetD) avec nécessité d’innovation et distinction => recherche la qualité et qualification de la main d’oeuvre. + densité et qualité des connexions et les espaces mondiaux.
→ poids prépondérant de Paris et de l’Île-de-France, maintenir sa position de 2e métropole euro, elle accentue son hyperspécialisation dans le tertiaire et les emplois qualifiés, développement à l’échelle métropolitaine.
=> 40 % des chercheurs, siège social d’1/3 des 500 + grandes entreprises mondiale, 31 % PIB hexagonal, 5 pôle de compétitivité (5/55).
→ croissance inégale, essor petite et grande couronne qui concentrent la création d’emploi autour de pôles tels que La Plaine Saint-Denis (180 000 emploi, 38 000 entreprise, 40 000 étudiants), le Grand Roissy (250 000 et aéroports et parcs d’expositions [Villepinte et Le Bourget]) et Marne-la-Vallée (150 000, Parc + universités).
=> besoin de renforcer intégration métropolitaine et régionale = Grand Paris Express (GPE, 200km et 68 gares).
Grand Paris Express : déceptions, grands besoins à l’Est et les 1ères réalisations privilégient l’Ouest et le Nord, il ne répondrait qu’à 3 % des besoins de déplacement de la région, pas de rééquilibrage des dessertes locales et déséquilibre entre les localisation des zones d’emplois et les lieux de vie peu pris en compte (ligne 17 et 18 traversent des zones d’emplois peu résidentielles), risque de gentrification autour des nouvelles gares (Clerval 2024).
→ Paris concentre activités les + rares attachées aux institutions politiques, financières, culturelles + le luxe autour du quartier central des affaires (2e-8e-9e-16e-17e) et de La Défense ; 1 emploi/2 = cadre. Le quartier central des affaires = pôle d’emploi le + grand (500 000, soit 30 % des salariés de Paris et 10 % de ceux franciliens) ; secteur de la finance, assurance-conseil, administration, hôtellerie-loisirs.
La Défense = 180 000 spécialisés dans la finance-assurance (1/3 des emplois) et le conseil (16%).
L’exemple de La Défense, penser un quartier d’affaires pour Paris
Plus vaste quartier d’affaire d’Europe; c’était un quartier ouvrier et industriel (mécanique, auto), en 1958 l’EAPAD (Établissement public d’aménagement de La Défense) et Charte d’Athènes projet de 850 000 m² de bureaux et immeubles identiques (42m sur 24m, 100m de hauteur). RER A en 1960 et tours NOBEL et Aquitaine ; changement de cap architectural années 1970 et crise = projet relancé dans les années 80 (Centre commercial des 4 temps), Grande Arche 1983 qui relance les constructions avec diversification (hôtel) et ouverture culturelle (expositions sur l’esplanade). Aujourd’hui 560 hectares, 71 tours (bureaux, logements, commerces), 180 000 emplois + 25 000 répartis sur Courbevoie-Puteaux-Nanterre-La Garenne-Colombes. Projets d’agrandissement récents critiqués dès 2005 (déconnexion du quartier trop monofonctionnel).
2.2.Les limites des politiques de polarisation
Aplication du modèle parisien sur des systèmes régionaux d’innovation qui seraient moteur de la compétitivité et de l’attractivité.
→ pôles de compétitivités (2004) sur le modèle des systèmes productifs locaux, surtout les clusters.
Les Systèmes Productifs Locaux concentrent sur un territoire délimité des unité de production de type PME ou industries, spécialisées dans un secteur d’activité, autour d’un métier ou d’un type de produit ; unités concurrentes et complémentaires qui s’appuient sur des dispositifs de formation.
= efforts sur des espaces jugés compétitifs et attractifs (#fragiles) et aides/subventions : allègements fiscaux, crédits ministériels ou d’autres agences et institutions publique pour l’innovation.
→ Limites : nombre trop élevé pour le principe de polarisation, certains peu performants (= labellisation temporaire depuis 2019, 8 sur la 5e phase 2023-2026) en 2012 seuls 20 pôles étaient jugés très performants / 35 performants et 16 peu. Exemple de la réussite du pôle grenoblois Minalogic (microélectronique et nanotechnologie) 400 adhérents dont 300 entreprises, sinon les plus performants se situent dans les grandes métropoles.
=> au final pas de choix stratégique (soutenir des pôles puissants ou des secondaires?)
=> continuation de la politique de compensation et de rééquilibrage
=> résultats mitigés, manque d’expertise locale poussée dans la labellisation
2.3. Entre limites et contestations, penser des espaces productifs autrement que par la mondialisation financière :
→ limites de la mondialisation et conséquences Covid-19 (pénuries et fragmentation du processus de production)
=> débat relocalisation et réindustrialisation
=> obstacles : ex l’industrie pharmaceutique = le temps (3 à 5 ans pour ouvrir des usines) + coût supérieur + acceptabilité du risque (chimique).
= piste de la diversification des sources d’approvisionnement privilégiée
→ Critiques de la « dubaïsation », de l’uniformisation des pratiques et des espaces issue de la mondialisation
= opposition au projet EuropaCity, centre commercial à côté de Roissy CDG déjà bien doté, on désirait offrir aux voyageurs étrangers des galeries d’art et une piste de ski intérieure au détriment de terres agricoles fertiles…
+ cf Gare Montparnasse et Gare du Nord, centre commercial des Terrasses du port à Marseille, Bord’eau Village sur les rives de la Garonne.
Conclusion
La mondialisation dessine une géographie de la France centrée sur les plus grandes métropoles, les interfaces littorales et les nœuds autoroutiers et aériens, avec toutes les différenciations, inégalités et uniformisations que cela peut produire.
Chapitre 8 : Les littoraux, entre pressions et protections
Comment concilier le développement économique des littoraux, leur ouverture au public et la protection de ces espaces parfois fragilisés et vulnérables ?
– 17 500 km de côtes + large ouverture sur tous les océans
– 12 % de la pop, 272 hab/km² = x2 densité moyenne, + forte croissance démographique
– changement de perception => interfaces dynamiques et puissantes (démographiques et économiques)
– contexte mondialisation et de littoralisation
=> logiques d’appropriation contradictoires (ouverture, exploitation, protection) = conciliation entre diff enjeux
A. La France, un pays littoral
1. Le littoral, un espace difficile à définir
→ « espace d’interface ou de contact entre la terre et l’étendue maritime, océanique ou lacustre ».
Sens physique : bande de terre = estran
+ intégration de l’arrière pays + les installations et mises en valeurs humaines relevant de l’exploitation des espaces et ressources maritimes ou des besoins quotidiens des pop de ces espaces.
=> espace de contact # trait de côte ! + aménagement-activités-organisations spécifiques
et dynamiques propres (marées, houle, courants) + risques spécifiques (tempêtes, submersion)
2. Des littoraux denses et attractifs
→ 1212 « communes littorales » (bordent un océan, mer, étang salé, lac de + 1000ha) ; 42 % en Corse, 18 % en Bretagne et une gde partie en OM.
=> forte densité de pop : 272 hab/km² , et disparités régionales
→ +41 % pop littorale (36,5 % France) entre 1960 et 2010 (+1,8M, soit 83 hab/km²), augmentation constante/1 siècle
+ augmentation des logements de 1960 à 90 + 86 % sur les littoraux (57 % sur le reste du territoire) = résidence secondaires
→ Conséquences négatives => augmentation foncier littoral (+ 35 % contre 25 % ailleurs entre 2018 et 2023! * Bretagne +44 % et de 40 % sur a côte atlantique).
+ ex de la côte basque post Covid, +1 % pop/an : autres facteurs de la augmentation des prix et plateformes de location, l’installation de pop + aisées ainsi que la présence déjà nombreuse de résidences secondaires : 50,4 % à Guéthary, 44 % à Ciboure => pénurie de logements (+BTP ne suit pas)
=> mesures : obligation pour les loueurs saisonniers en zone tendues de produire un bien locatif à l’année sur la même commune + encadrement des loyers dans 24 communes en 2024 !
B. Une mise en valeur ancienne et diversifiée des littoraux
1. Aménager le littoral pour l’exploiter
→ ressources halieutiques, maritimes ou littorales = écosystème particuliers
- marais maritimes (sel) entre Loire et Gironde (Vendée, Poitevin, Aunis, Saintonge) et exploitations industrielles en Camargue (bassins appelés oeillets) par le groupe Salins (Aigues-Mortes, étang de Berre, Dax, Batz-sur-Mer = Sel de la Baleine) et exploitations + artisanales + qualitatif + touristiques (Guérande)
=> indus et arti = 5 millions d’euros/an = activité mineure pour les littoraux français
- conchyliculture (Atlantique et Manche) et ostréiculture et mytiliculture (svt même côtes)
= huîtres élevées et affinées dans des parcs à huitres ou des bassins (claires de Marennes-Oléron) ou sur estran (tables, tréteaux…).
= moules sur bouchots (Baie du Mont-Saint-Michel = BM-st-M) ou filières (Etang de Thau).
=> 15 000 ha dont 90 % domaine public maritime et 69 % huîtres, 144 000 t en 2020 (stt Poitou-Charentes)
+ problèmes et conflits d’usage : ex Baie du Mont-st-Michel (2014 autorisation moules sur filières mais oppositions communes et pop [dégradation du paysage, impacts négatif tourisme à Coulomb et Vivier-sur-Mer +dégradation milieu et mécanisation])
→ dvpt activités agricoles et aménagements: poldérisation (assèchement, drainage, endiguage des marais Poitevins dès le Moyen-Âge)
= paysages particuliers : moulins, canaux, digues, espaces de culture céréalière et maraîchères et fourragère + pâturages/ ovins (Baie du Mont-st-Michel)
=> remis en cause auj : projet de dépoldérisation en Baie de Somme autour de la Ferme de la Caroline
=> différence et terre-plein à vocation indus (Port 2000 au Havre / aéroport de Nice, Monaco, Sète)
2. Des interfaces portuaires ouvertes sur le monde
→ Différents types d’aménagements en fonction des activités pratiquées : pêche (65 en France, Boulogne-sur-Mer, Bretagne 50 % du tonnage), marchandises (Haropa, 11 ont le statut de grand port maritime = Etb publics, intégration façades maritimes), industriels (ZIP années 60’s), militaires (Toulon, Brest) voyageurs et croisière (Calais 20 % trafic, augmentation trafic national, boom des croisières à Marseille + réaménagement du port de Fort-de-France car 14ère zone mondiale des Caraïbes), plaisance (nvlles formes portuaires et marinas et complexes résidentiels conçues en même temps que les infrastructures portuaires).
=> réseau très dense et bien relié aux axes de communication (stt Mslle-Fos et Le Havre-Rouen-Paris et vallées séquaniennes et rhodaniennes) mais toujours interfaces secondaires à l’échelle mondiale voire euro.
3. Des littoraux devenus touristiques
« mise en tourisme » des littoraux = chgt de perception + diffusion du réseau de chemin de fer.
3.1. De l’hivernage à l’invention du bain de mercredi
Au Sud villégiature hivernale = pratique de l’hivernage des Britanniques sur côtes méditerranéennes françaises au 18e = Cannes et Nice, arrivée de pop aisée au XIXe cf Stéphen Liégeard « La Côte d’Azur » 1887
=> croissance démographique de ces villes (Nice passe de 14 à 48 000 hab entre 1815 et 1860) + augmentation capacité d’accueil (de 5000 en 1860 à 200 et 300 0000 en 1913 et 1930 à Nice).
Au nord = pratique du bain de mer en eaux froides à des fins thérapeutiques
Précédé et facilité par l’invention des stations thermales en montagne au 18e, bain de mer se diffuse dès 1820’s (Boulogne-sur-Mer, Dieppe, Etretat, Arcachon, Pornic) et se Multiplication vers 1850 (Saint-Malo, Biarritz, Trouville) et même en Méditerranée (Antibes-Juan-Les-Pins).
→ naissances de paysages et formes urbaines = construction de villas sur la Côte d’Azur par les 1ers hivernants par manque de logements
+ dvpt en dehors de la ville ancienne puis création de lieux dédiés au tourisme (Cabourg 1853, Arcachon 1857) + intégration au réseau ferroviaire qui les alimente
+ organisation autour de deux pôles (casino et hôtels / gare en retrait)
+ modèles radioconcentrique (Cabourg) ou en damier (hippodamien : Deauville), voire mixte (La-Baule-Les-Pins)
→ question du lien entre commune originelle et station touristique
3.2. Des espaces du tourisme de masse
1ères semaines de congés payés 1936 + augmentation motorisation = dvpt transport de masse
=> DATAR 63 => mise en valeur littoraux languedocien, aquitain et corse.
+ pratiques nvlles (bronzage, bain de mer en eau chaude) = augmentation attrait côtes sableuses
→ Pb bétonisation littoral fragile (lagune, dunes) + mauvais équilibre / esp.Naturels (1 Parc nal rég : La Narbonnaise).
+ pb standards touristiques 60’s dépassés = vacances logements (appart secondaires), # besoins actuels.
= Solutions : locations étudiantes mai-sept (La Gde-Motte), durabilité des aménagements (Mimizan et At durable touristique depuis 2013 piloté par le GIP du Littoral aquitain) + question de l’érosion et changement global.
C. Des espaces impossible à protéger ?
=> 12 % pop sur 4 % territoire => pression démographique, urbaine, touristique, récréative, environnementale.
1. Les littoraux, des espaces trop attractifs ?
→ augmentation urbanisation : stt méditerranée 80’s (surtout de Marseille vers côtes italienne) et littoral ouest auj + certains outre-mer.
=> Méditerranée : conjonction d’impératifs (touristiques, économiques, portuaires)
politiques locales d’urbanisation favorables 80’s (faiblesse intercommunalité et Scham directuer stt communaux)
enjeux environnementaux et paysagers au second plan
2. Les littoraux français face au changement climatique
→ montée des eaux (+4,3cm entre 2008 et 18, F très exposée, 1,4 M, 850 000 emplois et 864 communes menacés + axes de com)
+ érosion pour 1/4 des côtes => Littoraux aux côtes basses (Languedoc, Aquitaine, Nord : Dunkerque 500 000p. au dessous nv mer cf inondation 2023 et 24)
+ recul de 50m des côtes aquitaines d’ici 30 ans (Le Signal à Soulac-sur-Mer évacué 2014 =érosion et des tempêtes successives).
+ stt OM : 80 % des communes mahoraises littorales et submersions x2 si augmentation 5 à 10 cm (Pacifique et Indien)
→ Réponses timides : plan littoral de lutte contre l’érosion et la disparition des plages par l’Occitanie (Marseillan, Pallavas-les-Flots, La Grande-Motte). Peu de solution à part l’abandon et relocalisation (ex Biscarosse).
3. Protéger, sauvegarder ou sanctuariser
→ 1973 rapport de Michel Piquard sur l’aménagement du littoral française
=> 1975 : Conservatoire du littoral : acquisitions portions de côtes pour protection (1600km , 13 % du linéaire, 203 000 he et 750 sites en 2023) stt zones vierges, très peu urbanisées, esp de gde valeur comme forêts-dunes-marais.
+ sanctuarisation mais maintien d’une ouverture au public selon les cas (Dune du Pyla consolidée, Pointe du Raz restaurée pour canaliser les flux et éviter dispersion et piétinement).
+ Coopération et ét. publics : Office nat. des forêts =>Aquitaine et Landes
+ loin de l’objectif 1/2 du littoral par manque de financement (3000 ha/ an au lieu de 5000 ha)
→ Loi Littoral 1986 pour territoires + urbanisés « relative à l’aménagement et à la protection et la mise en valeur du littoral » (valable aussi pour les littoraux lacustres de + de 1000 ha et communes d’estuaires) 975 communes.
Trois missions :
- préserver espaces rares et sensibles,
- gérer conso espace/urbanisation et aménagement du territoire,
- ouvrir littoral au public
Quelques règles :
- urbanisation en continuité et préexistante (seuil 200m)
- rivage inconstructible sur 100m (sauf préexistant et si nécessaire à l’exploitation des ressources maritimes)
- protection stricte des espaces et milieux naturels (les plus caractéristiques du patrimoine naturel et culturel)
- interdiction des routes sur le rivage (+ de 2km)
- Plages libres
=> Effets visibles après 90’q = conflits d’aménagement (stt Médi), positifs pour le territoire.
2018 débat sur son assouplissement (Loi ELAN, Evolution du Logement et de l’aménagement et du numérique) sur la continuité (à L’Ouest habitat dispersé)=> permet urbanisation des dents creuses mais encadrée.
→ Insuffisance de la loi, conflits de gouvernance locale, « arsenal juridique contraignant »/collectivité locales.
=> 2000’s coopérations locales pour repenser la mise en valeur et la protection des littoraux et GIZC (Gestion intégrée des zones côtières) = associer plusieurs acteurs autour d’un projet de territoire, obj : maintenir les acti littorales tout en protégeant ces espa nat. et les paysages.
= Loi Littoral + GIZC = politique de compromis
Conservatoire du Littoral = préservation des espaces
=> complémentarité + besoin de protection adaptées et différenciées selon contextes géo.
Conclusion
Littoraux français cristallisent enjeux d’aménagement et de pressions liés à l’ouverture maritime et de faits économiques qu’ils offrent et aux ressources diversifiées qu’ils recouvrent.
+ Importance exagérée à l’échelle du territoire
+ Importance dans la mondialisation mais sélectivité de la mise en valeur
+ similitudes et le tourisme de montagne (précocité, polarisation, pol volontariste d’aménagement localisés)
+ faiblesse de la protection = adaptations (Port-Cros et Calanques cf chap 10)
Protection et mise en valeur possible mais pb politique = arbitrer entre compromis et sanctuarisation
Chapitre 10 : Protéger les espaces français
Dans quelle mesure les politiques de protection fçaises restent dominées par la recherche d’un équilibre entre protection, ouverture et dvpt économique alors que cette conciliation semble de plus en plus délicate ?
Au début 60’s prime au quantitatif, dvpt du qualitatif après fin 60’s et apparition des notions de protection des espaces naturels, d’environnement, d’écologie = 1971 ministère de l’Environnement => « pour quels espaces la qualité de l’environnement joue-t-elle en faveur de leur développement ? »
=> passage d’une dialectique « aménagement-dvpt éco » à « aménagement-protection des espaces » ?
=> + Développement Durable fin 80’s, puis « transition écologique » et « anthropocène »
+ 90’s => prise de conscience de la vulnérabilité des espaces F (cf inondations 88 Nîmes et 92 Vaison-la-Romaine)
A. Aléas et risques en France : un espace vulnérables
AMONT = Risque <-> ALÉA <-> AVAL => CATASTROPHE
1. Risque, aléa et vulnérabilité
| Classe | Catastrophe naturelle | Catastrophe technologique |
| 0 : Incident | Aucune personne blessée
Dégâts évalués à moins de 300 000 € |
Aucune victime
Dégâts évalués à moins de 50 000 € |
| 1 : Accident
|
Une à plusieurs personnes blessées
Dégâts évalués entre 300 000 et 3 millions € |
Un décès
Dégâts évalués entre 50 000 et 100 000 € |
| 2 : Accident grave | 1 à 9 décès
Dégâts évalués entre 3 et 30 millions € |
2 à 5 décès
Dégâts évalués entre 100 000 et 500 000 € |
| 3 : Accident très grave | 10 à 99 décès
Dégâts évalués entre 30 et 300 millions € |
6 à 19 décès
Dégâts évalués entre 500 000 et 2 millions € |
| 4 : Catastrophe | 100 à 999 décès
Dégâts évalués entre 300 millions et 3 milliard € |
20 à 49 décès
Dégâts évalués entre 2 et 10 millions € |
| 5 : Catastrophe majeure | 1 000 décès ou plus
Dégâts évalués à plus de 3 milliard € |
50 décès ou plus
Dégâts évalués à plus de 10 millions € |
– L’aléa = conjonction d’un phénomène physique, de sa fréquence, de son intensité et de sa dimension spatiale.
– la vulnérabilité : la perception et l’exposition à l’aléa et au risque, elle évolue et révèle la fragilité d’une population ou d’un espace et sa capacité ç surmonter les catastrophes (résilience).
→ Affirmation du concept en France dans les 70’s et enjeux environnementaux + risque zéro + augmentation risques indus
+ augmentation exposition et urbanisation + mise en valeurs de certains espaces (industriel, agricole ou récréatif) = augmentation coût économique
2.La France un espace vulnérable
2.1. Les aléas naturels, des révélateurs de vulnérabilité : l’atmosphère, l’hydrosphère, la lithosphère et la biosphère
→ climatiques portant sur les températures et précipitations, caractère inhabituel de ces phénomènes, temporalité brève (tornade) et spatialement localisé ou impacts spatiaux étendus (tempêtes), OM cyclones et ouragans, peut affecter des espaces étendus sur une longue durée (sécheresse, vague de chaleur ou de froid…).se conjugue et d’autres éléments (vent => incendies)
+ crues et inondations, temporalité variable (crue du Rhône 2003 # épisodes cévenols fulgurants)
+ avalanches (pente, enseignement), de neige dense, de poudreuse ou les ruptures de plaques en lien et vent
augmentation vulnérabilité/avalanches (même si saisonnière) à cause de la mise en valeur même de ces espaces (70 1 chalet de l’UPCA emporté fait prendre conscience de cette vulnérabilité, mais infrastructures favorisent le risque avec pentes fortes = risque avalanches et boues torrentielles + pratiques déraisonnables et hors piste [2016 emporte un groupe scolaire aux Deux Alpes]).
+ érosion et colmatage des côtes sous l’effet des tempêtes et de la houle = potentiels risques
2.2. Les aléas anthropiques, des espaces sous pression humaine : aléas industriels et technologiques
Un évènement accidentel sur un site indus ou nucléaire entraînant des conséquences pour le personnel ou les populations environnantes (rupture du barrage de Malpasset dans la vallée de l’Argens en 1959 et 400morts !, explosion d’une usine de pétrochimie à Feyzin près de Lyon en 60 et 18 morts, AZF 2001 30 morts, Lubrizol 2019).
3. Protéger les espaces face aux aléas et aux risques
- Prévision => connaissance fine des espaces concernés et des types de risques + mise en place surveillance
- Prévention => sensibiliser les population et réglementer
- Protection => aménagements spécifiques
3.1. Des politiques de protection tardives et peu contraignantes ?
– 1860’s Loi de restauration des terrains de montagne, reboisement des versants, paravalanches
→ protection ancestrale (digues, levées de terres )…sentiment de sûreté dangereux (rupture des digues lors des inondations d’Arles 2003 ou de Xynthia 2010). Lenteur à prendre conscience dangers des grandes inondations (cf intro) = 1994 Atlas des zones inondables + cartographie des PPR crés en 1995 (succèdent aux PER, Plan d’exposition des risques de 1982).
=> PPRN (risques naturels) édictés par l’Etat après enquête locale : application à l’échelle communale (mvt de terrain, avalanches, tempêtes, incendies de forêts, séismes, volcanisme), réglementent l’occupation des sols (>PLU). Ils délimitent des zones selon l’exposition + prescription en matière d’urbanisme, construction, gestion + mesures de prévention et sauvegarde de constructions existantes.
+ 1976 sites SEVESO + 2003 PPRT (risques technologiques) délimitant 4 zones (dangers « très graves », « graves », « significatifs » et « indirect »)
– 14 000 PPRN, 3/4 inondations-submersion, 40 % des communes (il en faudrait 2/3 selon l’État)
– 388 PPRT (90 % approuvés)
+ 2004 PSC (Plan communal de Sauvegarde) = organise actions des acteurs si évt majeur (coordination et information)
* PPR= lancés par le Préfet, svt vécu comme une contrainte par les collectivités locales (voire ingérence)
=> multiplication des conflits = ralentissement de la mise en ouvre, svt liée à la valeur foncière (cf PPRI de Vaison-la-Romaine contesté par les élus locaux et retardé de 1 an!).
Problème de l’urbanisation en général, sur le littoral en particulier (2015 inondations Alpes-Maritimes)
Question de la surveillance du territoire, assez efficace pour volcanisme (Institut physique du globe de Paris), et pour les aléas clim (Méteo France), incendies de forêts (ONF et Méteo France). Important pour la sensibilisation…
La vulnérabilité de cette zone au risque de submersion révèle l’inadaptation des dispositifs préventifs généraux. Pourtant, l’État s’est doté d’outils préventifs contraignants, à travers les PPRI qui en représentent depuis 15 ans l’un des éléments les plus structurants et opérationnels. Or, sur les 864 communes littorales de l’hexagone exposées au risque de submersion marine, à peine plus de 5 % avaient un PPRI approuvé au moment de l’épisode Xynthia. Sur le secteur qui nous occupe, le PPRI de l’estuaire du Lay avait fait l’objet d’un arrêté préfectoral du 7 juin 2007 pour l’application par anticipation sur les communes de la Faute-sur-mer et de l’Aiguillon-sur-mer. Cependant, sa mise en place ne s’est pas faite sans heurts : “la délibération du conseil municipal de la Faute sur Mer adoptée le 10 novembre 2009 à l’unanimité des élus présents (13 sur 15 ce jour-là) demande un report de 3 mois de l’enquête publique relative au PPRI. Cette enquête publique est incontournable pour pérenniser le PPRI qui prévoit de restreindre l’urbanisation dans la commune” (Libération, lundi 8 mars 2010, page 14). Par ailleurs, la commune concernée n’a pas adopté de Plan Communal de Sauvegarde (PCS) obligatoire depuis la loi du 13 août 2004. La question de la responsabilité des élus locaux est donc posée.
Source : Xynthia : leçons d’une catastrophe », Cybergéo, Chauveau E. et al., 2011
3.2. Construire une culture du risque
Très faible en France, nécessité de développer une éducation au risque (1/4 vit dans une zone inondable) et 3 éléments : l’information, des exercices de préparation et de simulation, une préparation pour les acteurs clés (Paris semaine d’exercices en mars 2016 afin de tester et mettre en place le plan Sequana : peur d’une crue majeure [crues de 2016,18] entraînant fermetures d’infrastructures…).
=> Importance de la mémoire du risque ici, la faible récurrence entraînant uns sentiment de sécurité dangereux
=Antilles : mémoire et culture du risque (ouragan) mieux partagées et système de prévention et alerte efficaces menée par l’Organisation météorologique mondiale et 3 seuil « vigilance jaune » (être attentif et s’informer), « orange » (se préparer, faire des réserves) et « rouge » (se confiner).
Politique de protection svt conflictuelle, choix d’une pol. territorialisée et contraintes zonées
B. La France face aux enjeux environnementaux du XXIe siècle
1. Les principes de la politique environnementale françaises
→ France et anglo-saxons marqués par conception que la nature est une création divine que les êtres humains contribuent à détruire (cf Emerson ou Thoreau) à lier aux découvertes scientifiques fin XIXe et début XXe et apparition des concepts d’écologie, de biocénose puis de biosphère et d’écosystèmes (20’-30’) => prônent idée d’un équilibre de la nature rompu par les hommes =>expliquent le choix des espaces protégés ( vides ou peu denses, paysages exceptionnels ou victimes de défrichement et déboisements).
→ 70’s max notion de milieu (milieu naturel) = approche écocentrée ou biocentrée
Après 70’s notion d’écosystème introduit les relations entre nature et société humaines
Puis notion d’environnement : s’interroge sur les interrelations complexes entre sociétés humaines et nature.
=> écosystème et environnement => approches anthropocentrées
Dans 80’s et 90’s : dvpt durable puis transition (écologique, environnementale) + Anthropocène
=> articulation des échelles (local/global) + pense sur un temps long = approches systémiques
=> 3 types d’approches :
- préservationnisme qui s’approche de la sanctuarisation, peu appliquée en France (réserves intégrales des PN)
- conservationnisme, très appliquée en France, inclut les sociétés à des degrés divers (PN, réserves nat)
- utilitarisme/ressourcisme, exploitations des ressources nat et actions réparatrices pour compenser (ex Loi Littoral)
2. La politique environnementale française, une politique timide ?
2.1. Une politique environnementale tardive…
Retard par rapport aux anglo-saxons, on a privilégié le patrimoine historique mis en péril/guerres, loi 1930 sur les sites et monuments naturels, PN 1960, politique de compromis 60’s (soustraire certains espaces de nature à l’activité humaine, ou d’en limiter les effets).
→ Loi de 1960 sur les PN et 3 zones distinctes : réserves intégrales (rares et très contraignantes), zone centrale (habitat et acti réglementées) et la zone périphérique (zone de transition et restrictions + souples).
Evolution et loi 2006, assouplissement et augmentation interactions entre zones : la zone centrale devient « coeur du parc » et la z péri « aire d’adhésion » où les communes peuvent décider ou non de signer la charte du parc (nouveauté) qui devient un projet de territoire et donne + de poids aux coll locales dans les instances de gestion.
= 8 % territoire !
→ PNR 1967 + souples : redynamiser les espaces ruraux, en faire des espaces récréatifs pour les pop urbaines à proximité, dvpt local prime sur la protection même si risque de déclassement et perte de label PNR (Marais poitevin entre 1997 et 2004).
Le projet d’un PNR émane des communes en partenariat et dpt et région, une fois la charte rédigée elle est soumise à approbation/communes adhérentes après enquête publique et consultation du ministère puis mise en fonction avec structure de syndicat mixte, entrée en vigueur de la charte pour 15 ans.
= 58 PNR 9,5 M ha = 17 % territoire, finalement svt outils de requalification et de promotion (marque Valeur parc)
2.2. ….et critiquée
Trop timides par manque de volonté politique, de moyens financiers oui de respect des restrictions.
→ augmentation PN mais même ,budget, gestion des PN par l’OFB (Off Fçs de la Biodiversité) qui gère aussi les aires marines, Natura 2000 et les réserves de faune sauvage mais il intègre l’Office naturel de la chasse qui ne respecte pas des réglementations euro (liste chassables ex : l’oie cendrée) + budget en baisse continuelle.
→ Bilan maigre à l’échelle euro (ex de l’Ours, vers les 2010 la France est pointée du doigt comme ne respectant pas ses engagements de réintroduction, ne permettant pas un vrai renouvellement de la pop d’ours, le réseau ours [ROB] brun qui dépend de l’OFB estime que le nombre actuel d’ours est insuffisant pour assurer la pérennité de l’espèce, sans compter les ours tués et divers conflits…)
→ Pb de la fréquentation des espaces protégées, l’OFB estime que 8,5 M de personnes visitent les PN chaque année, 10 M selon les Réserves naturelles.
= partie intégrante des mission de ces espaces protégés, cette sensibilisation (1/4 des visiteurs de réserves sont des groupes scolaires) mais risque de la surfréquentation et des dégradations : PN des Calanques et Port-Cros, les réserves nat. Corses, svt lié au surtourisme (ex de la réserve de Scandola, patrimoine mondial de l’Unesco surfréquentée en été selon les asso de déf de l’Envt).
=> question des quotas, de celui du paiement d’un droit d’entrée (cf PN Etats-Unis) mais # pol. française ctr un accès payant à la nature (pourtant qui financerait l’OFB…).
2022 système de réservation Calanques pour celles les + fréquentées, Port-Cros et sur les îles Lavezzi (Res nat. Des Bouches de Bonifacio) application de quotas (6000/jour accèdent à l’île de Porquerolles PN Port-Cros).
→ pb des pol. environnementales qui pourraient s’apparenter à du greenwashing (verdissement, écoblanchiment) ou écologie de façade, donnant une image environnementale acceptable d’un territoire, et pub ou entreprise mais éloignée de la réalité.
= concept qui expose le fossé entre les pratiques non respectueuses de l’Envt et l’affichage officiel (le site de l’ADEME repère et lutte contre ces pratiques).
Ex : les obligations vertes de 2017.
Conclusion
Politique de protection française confrontée à une dialectique visant à arbitrer entre protection, ouverture au public et développement local. Les PN génèrent des conflits récurrents sur les pratiques autorisées (cf ours dans les Pyrénées et loups dans le Mercantour) ou autour des usages récréatifs (Calanques).
Toutefois la France rattrape son retard en matière de protection, des espaces vulnérables aux aléas ou protégeant les patrimoines naturels et culturels. En revanche le manque de moyens persiste alors que dans le même temps les espaces protégés se multiplient ce qui remet en cause ses objectifs (2 % surfaces terrestres protégée en 2020 non tenu) dans le contexte du changement global.
Chapitre 11 : Contester, c’est s’approprier le territoire ?
Ouverture et contestation projet EuropaCity (IDF), centre commercial proxi CDG= illustre tensions autour terres agri idf : groupe Imochan voulait 700ha agri (centre com de luxe et attractions), 4e centre commercial du territoire…abandonné 2019/ GVT (même si projet gare GPE tjrs d’actu + autre projet en préparation sur Triangle de Gonesse).
Dans quelle mesure la multiplication et la diffusion des conflits territoriaux sont révélatrices d’une évolution du rapport au territoire ?
AT = apanage de l’État (qui organise et structure le système d’acteurs intervenants) dans un contexte de consensus (équiper et aménager les espaces durant les Trente Glorieuses) => contestations faibles/ignorés (barrage du Chevril) apparaissent et 68 + soutien des élus locaux aux grands projets.
+ Auj tout est différent, x contestations voire conflits : longs et tendus (NddL) ou ponctuels et peu organisés.
= prise d’importance de ce mouvement + diversification des motifs et des profils des acteurs
A. Le conflit et la contestation, des modes d’appropriation territoriale récents
1. Le tournant des années 1970
→ Barrage du Chevril et expropriation mais l’État le présentait cme facteur de progrès… relayé/médias.
Idée de défense du patrimoine (# de la nature) historique ou d’un village : démolition des halles de Baltard en 1971, construction de tours à proxi du Quartier latin (T Montparnasse), destruction d’une partie du Marais (Centre Pompidou).
Différents projets d’infrastructures de transport (percement de radiales dans Paris : avenue d’Italie, cc du pont vers l’Île de Ré).
→ Conflit primordial à l’été 1972 # cc terrain militaire dans le Larzac – – > 10 ans => protection de la nature !
+ appropriation du territoire « travailler et vivre au pays » = échelle locale devient un argument # l’État
+ succès = mythe (cf film Tous au Larzac de C Rouaud 2011).
+ autres projets contestés (Bretagne et Alpes) # centrales (Plogoff et Creys-Malville [centrale Superphénix]), lutte pacifique en Bretagne et soutien du maire (argument paysager et proximité Pointe du RAz), violente en Isère (1 mort manifestant).
=> conflits symboliques des années 70 car les seuls de cette ampleur.
2. La généralisation des années 1980
Multiplication, diversification des motifs et acteurs impliqués, augmentation audience discours écologistes (Les Verts 1984) + contexte de crise éco qui fragilise des l’État en pleine décentralisation…
+ évolution du rapport au territoire (néoruraux, préoccupations environnementales, identité régionale) = le lien entre pop, terri et sentiment d’appartenance placent les pop au cœur de ces enjeux.
→ 2 types de conflits à partir des années 80 (différences scalaire et temporelle)
– conflits de territoire (« conflit de projet ») : sur un projet avant sa construction, s’interrogent sur les conséquences pour le territoire concerné (suppositions)
= Conflit concret, lié à un projet spécifique, basé sur des effets territoriaux perceptibles.
– conflits de territorialisation : conflit d’appropriation, repose sur les perceptions opposées d’un même espace, révèle les divergences des acteurs sur un terri et un projet,
= Conflit idéel et symbolique, concerne les représentations-valeurs-imaginaires du territoire, va au-delà de la simple contestation d’un projet.
=> le passage du conflit de territoire au conflit de territorialisation se fait par montée en généralité, le conflit de territorialisation dépassant le cadre personnel, permet aux acteurs impliqués de s’interroger sur leur vision de l’espace et pas uniquement à leur attachement personnel à cet espace.
+ l’opposition de type NIMBY est devenue trop simpliste (intérêts personnels et enjeux très locaux) d’où l’utilité des concepts précédents.
B. Géographie des conflits territoriaux en France
1. Entre « grands projets inutiles » et enjeux environnementaux, une multiplication des conflits territoriaux
→ Les infrastructures de transports : souvent il s’agit de création de nouvlles infrastructures routières (A69 Tarn) soit des extensions d’infrastructures existantes (celle du port de Port-la-Nouvelle dans l’Aude, l’agrandissement de l’aéroport de Rennes).
+dénonciation de nuisances (aéroport Bâle-Mulhouse)
+ retour ou maintien de services et d’infra : maintien des dessertes TER (Toulouse-Brive), train de nuit
→ Les grands équipements urbains : et artificialisation ou destructions d’esp. nat ou agri. Ce sont les grdes aires urbaines qui voient les conflits se multiplier en IDF (centre d’hébergement sur le TEP de Ménilmontant), à Toulouse (Tour occitanie), à Nantes (quarter Doulon-Gohard).
+svt conflits autour de friches urbaines et diff vision de l’espace…(Lille friche Saint-Sauveur de la SNCF projet d’aménagement et logements, piscine olymp et commerces # des collectifs proposaient un espace vert).
+contestations des inégalités hypothétiques, demande de justice spatiale (dans le cadre du projet de réaménagement du quartier de la gare Matabiau la Tour Occitanie doit accueillir bureaux, hôtel, commerces, restos et appart ht de gamme => forme de gentrification, exclusion des + modestes).
+ projets liés à de grands évènements cf JO 2024.
+ projets commerciaux (3e le + représenté mais pas uniquement urbain, cf centres logistiques Amazon)
=> conflits territoriaux (# un aménagement) # conflits d’usages (pratiques divergentes d’un même espace)
2. Au delà de l’aménagement, des territoires du conflit
→ l’espace est au cœur des conflits d’aménagement : sa gestion, son aménagement, sa perception
= support, mobile et enjeu des conflits d’aménagement.
+ conflits de territorialisation svt liés à des mouvements d’occupation ( pas une nouveauté mais un retour cf Larzac)
=> ZAD (Zone à Défendre), ces occupations permettant le passage d’un conflit de territorialisation à des espaces voire des territoires du conflit (le conflit devient l’origine de l’occupation de l’espace et produit de nvlles formes de délimitation, d’usages et de forme d’habiter…).
+ construction d’un « nouveau régime de territorialité » et appropriation « existentielle » ou familière des espaces occupés, les occupants devenant des « militants-habitants ».
L’exemple de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : projet qui date des 60’s (métropoles d’équilibre) = remplacer celui de Château Bougon (Nantes-Atlantiques) au sud-ouest de la ville. En 1974 la Zone d’Aménagement Différé aéroportuaire sur 1200 ha puis 1650 ha sur 4 communes, projet d’utilité publique en 2008 ( confiée à la filiale de Vinci pour ouverture 2017). Opposition dès lors renforcée et manifestations importantes en 2012 et tentatives d’évacuation, jusqu’à 300 personnes dans la « zone à défendre » pour empêcher le début des travaux.
– 70’s 1ère forme de contestation/ agriculteurs (expropriations, perte de terres agri)
– 80’s quasi inexistante
– 2000’s contestation relancée et radicalisation et élargissement des motifs de contestation = altermondialisme et rejet de la conception du territoire prônée par l’État aménageur + évolution de ce territoire devenu espace périurbain => augmentation foncier agricole + arguments environnementaux (artificialisation de prairies humides riche en biodiversité).
=> conflit socioenvironnemental
= consultation électorale locale organisée/ les autorités…vote contestés
= abandon en 2018, derniers irréductibles expulsés en 2025.
Cas particulier de Bure, pendant longtemps et opposition locale, actions légales jusqu’en 2005 où s’installe une « maison de résistance à la poubelle nucléaire » et 2015 pour une ZAD évacuée en 2018.
=> ici plusieurs formes de conflits et de contestations qui se chevauchent temporellement et spatialement (conflit de territoire, de territorialisation, territoire de conflit ou territoire contestataire [Pablo Corroyer]).
La naissance de la contestation à Bure
L’occupation du bois Lejuc d’août 2016 à février 2018 s’inscrit dans une lutte commencée en 1999 contre le projet Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires à vie longue. Cette modalité de gestion des déchets a été choisie dès les années 1970 par la filière nucléaire française (Blanck, 2017) ; sa mise en place a été beaucoup plus longue dans la mesure où les premières tentatives d’implantation faites par l’Andra dans les années 1980 se sont heurtées à des résistances très fortes (Collectif BureStop 55, 2014). Le territoire retenu en 1999 pour implanter ce qui est présenté officiellement comme un « laboratoire » se situe à la frontière de la Meuse et la Haute-Marne, dans une zone peu peuplée (6 habitants/km²), vieillissante et économiquement fragile. Les caractéristiques socio-démographiques de la zone choisie en font, pour reprendre les termes d’Anahita Grisoni, un exemple idéal-typique des « territoires perdants pensés comme des espaces de relégation à qui il ne reste plus que l’accueil des infrastructures lourdes et polluantes » (Grisoni, 2015). Bénéficiant d’un soutien quasi inconditionnel des élus locaux, l’Andra a mené à bien depuis deux décennies une politique d’acceptabilité sociale mêlant subventions (par l’Andra et, à partir de 2000, par le biais des groupements d’intérêt public Haute-Marne et Objectif-Meuse), achats fonciers (Terres de Bure, 2016) et promesses d’emploi aux acteurs locaux, soit la démarche suivie par la filière nucléaire française dans l’ensemble du territoire depuis les années 1970 (Topçu, 2013).
3. Au-delà des conflits, penser les communs
→ forme de gestion collective d’une ressource, d’un espace ou d’un autre élément par une communauté permettant de sortir de la logique binaire et schématique public/privé ; on peut l’appliquer à des lieux (mouvementd’occupation des places urbaines).
+ projets participatifs : habitat participatif incluant la population (conception, réalisation, gestion des lieux de vie) = 170 projets en 2019 (1400 logements).
+ intéressant pour les espaces urbains, les friches en particulier réappropriées par la société civile (ex : jardins partagés en IDF).
+ application aux ressources (eau, électricité) = limite logiques de privatisation et accès plus égal aux ressources
+ domaine du partage de connaissances (logiciels libres, encyclopédies partagées) = mise à disposition des savoirs.
Conclusion
Les évolutions des contestations et des conflits territoriaux reflètent en partie celles du territoire français : question dur apport entre acteurs publics, acteurs privés et populations + augmentation enjeux environnementaux et réflexion sur les effets de la Mondialisation et la Métropolisation sur les espaces français.
Rejet de uniformisation des espaces
Contestation des atteintes environnementales
Rejet des projets excluants économiquement et socialement
=> autres manières de penser les espaces pas uniquement utopique => annulation de projets emblématiques (Notre-Dame-des-Landes, EuropaCity)







