Cette fiche de lecture est réalisée à partir du manuel Atlande, L’âge Des Révolutions – France, Etats-Unis, Saint-Domingue, Irlande, Pays-Bas Autrichiens Et Provinces-Unies (1770-1804). Elle mêle plusieurs chapitres du manuel (historiographie, repères et thèmes) pour proposer une synthèse complète sur Saint-Domingue durant l’âge des révolutions, afin de correspondre au mieux au sujet de l’agrégation interne. Elle se termine par une chronologie succinte.

Cette fiche peut être accompagnée de :

La révolution haïtienne des esclaves de Saint-Domingue, L’Histoire – n°531, mai 2025

Historiographie et révolution à Saint Domingue

Saint Domingue absente de l’historiographie des révolutions atlantiques.

Pourtant les contemporains ont conscience de l’importance de l’événement.

Difficulté de relier les chaines des événements de part et d’autre de l’Atlantique (chronologies décalées), d’autant que la société esclavagiste et très différente de la société d’ordres (donc les désignations politiques habituelles sont souvent caduques).

Question en débat : les insurrections et révoltes des esclaves sont-elles le fruit de facteurs endogènes et internalistes (approche de Malick W. GHACHEM) ou sont-elles les échos des événements qui se déroulent en Europe (Laurent DUBOIS) ?

Apport essentiel des historiens spécialistes de l’histoire coloniale qui sont les premiers à proposer des études sur les événements révolutionnaires aux Antilles (Gabriel DEBIEN en 1953) car faible appropriation de ces thèmes par l’historiographie traditionnelle de la Révolution française.

Tournant dans les années 1990, notamment Yves BENOT, La Révolution française et les colonies, 1988, met l’accent sur l’importance de la question coloniale pendant la Révolution française et les débats dans les assemblées révolutionnaires.

La question tend à devenir centrale ; pour la 1ère fois en 2004 les trois révolutions de l’Atlantiques sont associées dans une question de concours.

Élargissement de cette notion de « révolutions atlantiques, proposée pour la première fois en 1955 (mais en excluant saint Domingue). Récemment les Atlantic Studies (Bernard BAILYN, 2005) dépassent la simple étude des idées et décloisonnent les approches nationales et les périodes, David ARMITAGE la voit comme une histoire triple : une histoire des relations, une histoire comparative ou une histoire d’un lieu particulier dans un contexte atlantique. Ces études montrent qu’il est fondamental d’intégrer à la réflexion l’impact des guerres et de la circulation des idées à l’échelle Atlantique.

Les ouvrages parus depuis 2010 insistent sur l’affirmation d’une identité nationale haïtienne comme facteur central, bien plus que l’impact des événements survenus en France.

Contexte

A. Saint Domingue, l’Hercule colonial

Colonie depuis traité de Ryswick en 1697. env. 700 sucreries, env. 3000 caféières (puis cotonneries, indigoteries)

  • Les Blancs : env. 30 000 en 1789 distinction entre « Grands Blancs » souvent absentéistes qui dominent vie politique et sont les interlocuteurs du pouvoir royal, les employés (diversité des fonctions : procureur, régent, maitre raffineur…), les « Petits Blancs » (mal intégrés : marins, voyageurs de passage…). Particularité de ce territoire où la société d’ordre n’implique aucun avantage pour la noblesse. Développement d’un « esprit frondeur » / autonomisme du colon qui s’oppose à l’administration royale (liberté commerciale, antimilitarisme…) -> révolte de la Croix aux bouquets en 1768 contre le service de milice obligatoire et augmentation des impôts -> répression -> clé de compréhension de l’attitude des colons en 1789.
  • Les libres de couleur : env. 30 000 en 1789. Affranchis ou descendants d’affranchis, selon le code noir (1685) ils ont les mêmes droits que les libres. Rôle maintien de l’ordre. Possèdent 20% des esclaves de l’île. Peu un peu discriminés, cependant qq réussites sociales remarquables.
  • Les esclaves : env. 500 000 en 1789. Flux constants, 50% de la traite atlantique est envoyée à Saint Domingue (1783-91). Appelés « créoles » si nés dans la colonie ou « bossales » si nés en Afrique. Distingués aussi les « esclaves agricoles » (les + nombreux), les « esclaves à talent », les « raffineurs » et les « esclaves domestiques ». Possibilité pour certains d’être affranchis (comme Toussaint Louverture) ou d’acheter leur liberté. Le marronage est récurrent tant à cause des conditions de survie qu’à cause de l’importance de la liberté. Peur de la révolte chez les propriétaires, la maréchaussée créée en 1733 réprime les désordres.

B. Les transformations du monde Atlantique 1770-1780

Le mouvement abolitionniste

En France les Lumières déconstruisent l’argumentaire esclavagiste (Montesquieu, L’esprit des lois, Diderot…). « Lent et difficile cheminement d’une prise de conscience » (MESNARD, 2023). En 1788 création de la Société des Amis des Noirs avec des membres illustres (Condorcet, Lafayette…).

En Angleterre, plusieurs faits divers (affaire du Zong…) + militantisme + Grand Réveil protestant conduisent à une contestation de plus en plus répandue de l’esclavage jusqu’à son abolition en 1807.

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